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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200078

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200078

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200078
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantELMOSNINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2022, Mme A B, représentée par Me Elmosnino, demande au tribunal :

1°) de condamner la Nouvelle-Calédonie à lui verser la somme de 2 738 000 francs CFP en réparation du préjudice subi du fait du rejet de sa candidature au poste de directeur adjoint en charge du pôle actions économiques et de chef de service de la promotion des filières et de la prospective de la direction des affaires économiques du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ;

2°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie le versement de la somme de 300 000 francs CFP sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le principe de recrutement des fonctionnaires pour occuper un emploi permanent a été méconnu ;

- le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a méconnu le principe d'égalité de traitement des fonctionnaires, protégé par l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ; or le refus de candidature qui lui a été opposé n'a pas été motivé par des considérations objectives prenant en compte les mérites de chaque candidat ;

- la responsabilité du gouvernement est engagée à raison de cette illégalité fautive ce qui lui ouvre droit à une réparation intégrale de la perte de revenus qu'elle a subie et des avancements dont elle aurait pu bénéficier ; elle avait des chances sérieuses d'être recrutée, en raison de sa qualité de fonctionnaire territoriale, de son ancienneté, de son expérience professionnelle et de sa manière de servir ;

- elle a ainsi droit à la réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence pour un montant total de 2 500 000 francs CFP et de 238 000 francs CFP au titre du préjudice matériel, tenant à la différence de traitement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2022, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable pour tardiveté dès lors que la décision de rejet de sa demande préalable d'indemnisation a été présentée le 23 novembre 2021 par les services postaux et doit être regardée comme notifiée à cette date, en l'absence de retrait de ce courrier ; or la requérante a contesté cette décision par un recours contentieux enregistré au greffe du tribunal le 9 mai 2022, soit après le délai de deux mois prévu par l'article L. 421-1 du code de justice administrative ;

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître des actes détachables du contrat de droit privé de la personne ayant fait l'objet d'un recrutement ;

- le gouvernement disposait d'une marge d'appréciation pour recruter un agent sur un emploi permanent relevant de l'article 132 de la loi organique d'autant plus que l'agent contractuel recruté présentait un parcours et des compétences plus adaptés que celle de la requérante ; le principe constitutionnel d'égal accès aux emplois publics n'a ainsi pas été méconnu et aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ;

- la loi organique n° 99-209 et la loi 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code du travail de la Nouvelle-Calédonie ;

- la délibération n° 81 du 24 juillet 1990 ;

- la délibération n° 234 du 13 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pilven, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Elmosnino pour la requérante et de Mme C représentante du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, attachée de grade principal du cadre de l'administration générale de la Nouvelle-Calédonie, affectée à la direction des affaires juridiques du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, s'est portée candidate en août 2018 pour le poste de directeur adjoint en charge du pôle actions économiques et de chef de service de la promotion des filières et de la prospective de la direction des affaires économiques. L'administration a toutefois choisi de privilégier un recrutement par contrat à durée déterminée d'un an, reconduit en 2019. Mme B a formé une réclamation préalable le 21 octobre 2021 aux fins d'indemnisation des préjudices subis du fait du rejet de sa candidature pour un montant de 2 738 000 francs CFP, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet.

Sur la demande aux fins d'indemnisation :

2. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.

3. Aux termes de l'article 11 de la délibération du 24 juillet 1990 portant droits et obligations des fonctionnaires de Nouvelle-Calédonie : " 1 - Les emplois civils permanents des administrations publiques et des établissements publics de la Nouvelle-Calédonie sont occupés par des fonctionnaires régis par le présent statut ainsi que par des agents régis par la convention collective des services publics. 2 - Par dérogation au paragraphe précédent, les emplois publics peuvent être pourvus par des non-fonctionnaires lorsque la nature des fonctions ou les besoins du service le justifient dans les cas suivants : () e) pour occuper les emplois visés aux articles 2 et 3 de la délibération n° 234 du 13 décembre 2006 portant dispositions particulières à certains emplois administratifs de direction des collectivités et établissements publics de Nouvelle-Calédonie () ". Aux termes de l'article 2 de la délibération n° 234 du 13 décembre 2006 portant dispositions particulières à certains emplois administratifs de direction des collectivités et établissements publics de Nouvelle-Calédonie : " Les agents exerçant les fonctions suivantes sont rémunérés, comme suit, sur la base des grilles indiciaires ci-dessous : () directeurs adjoints des services de la Nouvelle-Calédonie () Grille E () ".

4. La requérante soutient en premier lieu que sa candidature n'a pas été retenue en méconnaissance du principe de recrutement des fonctionnaires pour occuper des emplois permanents de l'administration. Toutefois, si l'article 11 de la délibération du 24 juillet 1990 citée au point 3 retient ce principe, cet article prévoit aussi, au e) de son point 2, qu'il est possible, pour occuper certains emplois de direction prévus par la délibération du 13 décembre 2006, de recruter un agent contractuel. Le poste de directeur adjoint des services de la Nouvelle-Calédonie faisant partie de ces emplois énumérés par ladite délibération, il était loisible au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de procéder au recrutement d'un agent contractuel en lieu et place d'un fonctionnaire, sans méconnaitre le principe fixé par l'article 11 de la délibération du 24 juillet 1990.

5. La requérante soutient en second lieu que la décision de recruter un agent contractuel méconnait le principe d'égal accès des citoyens aux emplois publics prévu par l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, en se bornant toutefois à alléguer qu'aucune considération objective ne justifiait le recrutement d'un contractuel. D'une part, comme le Conseil constitutionnel l'a précisé dans sa décision n° 2021-7 LP du 1er avril 2021 : " le principe d'égal accès aux emplois publics n'interdit pas au législateur du pays de prévoir que des personnes n'ayant pas la qualité de fonctionnaire puissent être nommées à des emplois qui sont en principe occupés par des fonctionnaires ". Il a précisé que sous la double réserve qu'il appartiendra aux autorités chargées de prendre les mesures d'application de fixer les règles de nature à garantir l'égal accès des candidats à ces emplois et de préciser les modalités selon lesquelles leurs aptitudes seront examinées et aussi de fonder leur décision de nomination sur la capacité des intéressés à remplir leur mission, l'article Lp. 11.1 de la délibération du 24 juillet 1990, reprenant les dispositions antérieures de l'article 11 de cette même délibération, ne méconnaissait pas l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Or, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport au gouvernement établi le 6 novembre 2018 par la direction des ressources humaines et de la fonction publique de Nouvelle-Calédonie, que le parcours de l'agent contractuel retenu répondait mieux que celui de la requérante aux attendus du poste au motif que cette personne occupait déjà un poste de chargée de mission au sein du pôle actions économiques de la direction des affaires économiques et possédait une bonne connaissance du tissu économique et des dossiers en cours. D'autre part, le rapport de présentation des candidatures établi par les membres de la commission de recrutement relevait que le profil de la requérante n'était pas en adéquation avec les attendus du poste. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par l'administration, que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de ne pas retenir sa candidature à la place d'un agent contractuel, serait entachée d'illégalité. Par suite, en l'absence de toute illégalité fautive commise par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, les conclusions présentées par Mme B, tendant à la réparation des préjudices subis du fait de cette illégalité, ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions tenant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Pilven, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

J-E. PILVENLe président,

D. SABROUXLe greffier de chambre,

J. LAGOURDE

cb

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