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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200090

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200090

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200090
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires, enregistrés les 4 mars, 14 mars, 9 mai, 22 juillet 2022 et 7 juin 2023, M. B A, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus opposée à sa demande de communication de son dossier administratif et de son dossier médical du 3 mai 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de lui communiquer ces documents administratifs ;

3°) de condamner l'administration à lui verser la somme de 5 millions de francs CFP en réparation du préjudice subi du fait de ce refus de communication.

Il soutient que :

- il a droit à la communication des pièces de son dossier disciplinaire et de son dossier professionnel comme cela a été demandé par son conseil ;

- il a accepté une médiation qui n'a donné aucun résultat.

La requête a été communiquéee au ministre de la justice qui a seulement produit un mémoire en production de pièces le 10 juin 2022.

Les parties ont été informées que le tribunal est susceptible, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de se fonder dans son jugement sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions indemnitaires formées par M. A sont irrecevables à défaut d'une demande préalable adressée à l'administration, en application des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées que le tribunal est susceptible, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de se fonder dans son jugement sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation des décisions de refus de communication de son dossier administratif sont irrecevables dès lors dès lors qu'elles n'ont pas été précédées de la saisine de la Commission d'accès aux documents administratifs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pilven, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de M. A, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a demandé au ministre de la justice, par courrier du 3 mai 2021, de lui communiquer l'intégralité de son dossier administratif et a, par un autre courrier en date du 10 décembre 2021, demandé une copie de son dossier médical. Ces demandes ont donné lieu à des décisions implicites de rejet. Une procédure de médiation, engagée avec l'accord des parties en septembre 2022, n'a pas eu de suite. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision implicite par laquelle l'administration a refusé de lui communiquer les documents relatifs à sa situation professionnelle et médicale et qu'il soit enjoint à l'administration de lui communiquer ces documents. Il demande aussi que l'Etat soit condamné à lui verser la somme de 5 millions de francs CFP en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. Il n'est pas contesté que M. A s'est abstenu de présenter auprès de l'administration une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation des préjudices subis du fait de l'absence de communication de son dossier professionnel, de nature à faire naître une décision explicite ou implicite et à lier le contentieux, en application des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Dès lors, ses conclusions indemnitaires tendant à la réparation de son préjudice ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 311-1 du code du code des relations entre le public et l'administration, applicables à la Nouvelle-Calédonie en vertu de l'article L. 562-1 de ce code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes des dispositions de l'article L. 311-3 du même code : " Sous réserve des dispositions de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, concernant les données à caractère personnel figurant dans des fichiers, toute personne a le droit de connaître les informations contenues dans un document administratif dont les conclusions lui sont opposées. () ". Les modalités de communication des documents administratifs sont précisées aux articles L. 311-2 et suivants du même code. L'article L. 311-6 de ce code précise que : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : () 2° Portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable ;3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 342-1 de ce code : " () La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux. ". Aux termes de l'article R. 343-3 de ce code : " La commission notifie son avis à l'intéressé et à l'administration mise en cause, dans un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de la demande au secrétariat. Cette administration informe la commission, dans le délai d'un mois qui suit la réception de cet avis, de la suite qu'elle entend donner à la demande ". Aux termes de l'article R. 343-4 du même code : " Le silence gardé pendant le délai prévu à l'article R. 343-5 par l'administration mise en cause vaut décision de refus ". Aux termes de l'article R. 343-5 du même code : " Le délai au terme duquel intervient la décision implicite de refus mentionnée à l'article R. * 343-4 est de deux mois à compter de l'enregistrement de la demande de l'intéressé par la commission. ".

5. Il ressort des dispositions précitées que lorsqu'une demande de communication de documents administratifs a été rejetée par une décision explicite ou implicite de l'autorité administrative, ce refus ne peut être déféré directement au juge de l'excès de pouvoir. L'intéressé doit avoir au préalable saisi de ce refus, dans le délai de recours pour excès de pouvoir ayant couru contre cette décision, la commission prévue à l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration, dite "commission d'accès aux documents administratifs". Dans le cas où, au vu de l'avis exprimé par cette commission, l'autorité administrative compétente confirme son refus de communication, l'intéressé peut déférer cette décision au juge de l'excès de pouvoir jusqu'à l'expiration du délai du recours contentieux décompté à partir de la notification qui lui est faite d'une décision explicite de confirmation de refus de communication.

6. Il ressort des pièces versées au dossier que M. A a formé le 3 mai 2021, puis le 10 décembre 2021 auprès du ministre de la justice et du directeur du centre pénitentiaire de Nouméa une demande de communication de documents relatifs son dossier professionnel et à son dossier médical. L'administration a apporté une réponse par lettre du 14 mars 2022, notifiée le 28 mars 2022, l'autorisant à consulter son dossier et l'invitant à prendre contact avec le pôle RH-rémunérations du centre pénitentiaire de Nouméa pour convenir d'un horaire et d'une date de consultation. En outre, le ministre de la justice, dans ses écritures du 10 juin 2022, précise que la délivrance d'une copie papier de son dossier administratif se fera à titre gratuit, M. A étant un agent de la direction de l'administration pénitentiaire. Enfin il n'est pas contesté que M. A a eu communication de son dossier le 2 novembre 2022 et que la commission d'accès aux documents administratifs a rendu le 28 décembre 2022 un avis concluant que la demande avait perdu son objet.

7. Toutefois, M. A a estimé que le dossier consulté était incomplet, et a demandé à son administration la communication des pièces manquantes, sans succès. Au lieu de saisir à nouveau de ce refus implicite la commission d'accès aux documents administratifs, il a demandé directement au tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie d'annuler ce refus de communication. La circonstance que la communication de dossier à laquelle il a été procédé le 25 janvier 2023 ait fait suite à une première consultation de la commission d'accès aux documents administratifs n'a pu le dispenser de demander à nouveau officiellement à son administration la communication des pièces qu'il estime absentes de son dossier et dans l'hypothèse d'un refus, de solliciter l'avis de la commission à la suite de la décision implicite de rejet de sa demande par l'administration pénitentiaire. Dès lors, la requête qu'il a formée directement devant le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie n'était pas recevable.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la justice.

Copie en sera adressée au centre pénitentiaire de Nouméa.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Pilven, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

J-E PILVENLe président,

D. SABROUX Le greffier,

J. LAGOURDE

pc

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