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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200246

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200246

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200246
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantJURISCAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2022 et 10 mars 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Société d'Etudes en Infrastructures et la société Acier Béton Structures, représentées par la société d'avocats Juriscal, demandent au tribunal :

1°) de condamner le port autonome de la Nouvelle-Calédonie à lui verser les sommes prévues au décompte n° 2 du 30 septembre 2021 pour un montant de 3 119 760 francs CFP majoré des intérêts moratoires pour retard de paiement depuis la date de réception du décompte jusqu'à la date de mandatement ainsi qu'une indemnité de 4% sur le montant total restant dû soit la somme de 311 976 francs CFP et à l'indemniser du préjudice subi en raison de la prolongation des délais d'exécution du marché pour un montant de 33 147 585 francs CFP ;

2°) de mettre à la charge du port autonome de la Nouvelle-Calédonie la somme de 450 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- elles ont qualité pour agir et leurs gérants pour ester en justice, comme cela ressort de leurs statuts ;

- par un marché de maîtrise d'œuvre du 8 août 2017, le port autonome a confié à la société SEI et à la société Gemoce, à laquelle s'est substituée la société AB Structures, la maîtrise d'œuvre du chantier relatif à la construction du poste 8 du grand quai de Nouméa destiné à l'allonger de 250 mètres ; ce marché a fait l'objet d'un avenant n° 3 le 10 mai 2021 aux fins d'augmenter le marché initial de la somme de 5 678 314 francs CFP ; ce marché de maîtrise d'œuvre a fait l'objet d'une résiliation par le maître d'ouvrage le 8 mars 2022 ; parallèlement, le port autonome confiait par un marché complémentaire du 10 mai 2021 la réalisation de prestations au groupement de maîtrise d'œuvre pour des prestations ne figurant pas dans le marché initial et permettant de remédier aux désordres rencontrés ; enfin, par un marché du 25 août 2021 le port autonome a confié au groupement de maîtrise d'œuvre un nouveau marché d'un montant de 7 799 402 francs CFP portant sur des compléments d'études permettant la réalisation de travaux supplémentaires qui a fait l'objet d'un décompte n° 1 au 30 août 2021 et d'un décompte n° 2 au 30 septembre 2021, notifié le 11 octobre 2021 ; ce dernier marché a été résilié le 28 février 2022 et le port autonome a refusé le paiement du décompte n° 2 ; le groupement de maîtrise d'œuvre a alors formé une réclamation préalable le 8 mars 2022 ;

- l'ensemble des prestations prévues par le marché du 25 août 2021 ont été réalisées ;

- elles ne pouvaient donc pas faire l'objet d'un paiement à hauteur de seulement 85 % au lieu de la totalité du montant prévu et ont droit au montant du décompte n° 2 majoré des intérêts moratoires pour retard de paiement ; elles ont aussi droit à une indemnité de 4% sur le montant total restant du marché en application des stipulations de l'article 31 du CCAG applicable aux marchés publics de fournitures courantes et de services du 10 mai 1989 ;

- le marché a été prolongé pour une période de 17 semaines du fait d'un défaut de gestion du maître d'ouvrage et des retards de la société Terrasol pour remettre des éléments de travail, ce qui représente au total un préjudice évalué à la somme de 33 147 585 francs CFP.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le port autonome de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que les sociétés requérantes ne justifient pas de leur qualité pour agir pour ester en justice, que le mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre n'a plus qualité pour agir au nom du groupement en raison de la résiliation du marché, et que le groupement de maîtrise d'œuvre a adressé un mémoire en réclamation le 22 mars 2022, de manière prématurée, avant même que naisse le différend relatif au décompte de résiliation notifié par ordre de service n° 03-22 le 16 juin 2022.

Il fait aussi valoir que les prestations prévues par l'avenant n° 3 au marché n'ont pas toutes été réalisées ce qui justifie le paiement de 90% du montant prévu pour la mission ACT, que l'indemnité de résiliation de 4% ne peut faire l'objet d'un paiement en l'absence de certitude sur les prix révisés ou non révisés, qu'aucun retard n'est constaté pour le paiement du décompte n° 16, qu'il ne peut lui être reproché aucune illégalité à avoir suspendu le marché pendant 23 semaines ni aucun défaut de gestion pendant 34 semaines et que le retard de 11 semaines entre la notification de l'ordre de service du 10 décembre 2021 et celui du 8 mars 2022 est imputable aux seules sociétés requérantes ; en outre, les bien-fondé de ces demandes indemnitaires portant sur 8 571 149 francs CFP n'est pas établi.

Un mémoire, enregistré le 27 mars à 8h20, heure de Nouvelle-Calédonie, après clôture d'instruction a été produit par le port autonome de la Nouvelle-Calédonie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- la délibération n° 136/CP du 1er mars 1967 portant réglementation des marchés publics;

- la délibération n° 424 du 20 mars 2019 portant réglementation des marchés publics ;

- la délibération n° 64/CP du 10 mai 1989 portant cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de fournitures courantes et de services ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pilven, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Loste, avocats des sociétés requérantes.

Considérant ce qui suit :

1. Le port autonome de la Nouvelle-Calédonie (PANC) a décidé d'engager des travaux de construction d'un huitième poste d'amarrage en prolongement du grand quai de Nouméa, consistant à allonger le grand quai de 250 mètres par la mise en place de remblais en scorie contenus par deux rideaux de palplanches métalliques. A cette fin, il a confié la réalisation des travaux à la société Dumez le 8 août 2017 et la maîtrise d'œuvre du projet, en vertu d'un marché n° 3530-165/P signé le 8 août 2017, à un groupement conjoint constitué par la SARL Société d'études en infrastructures (SEI) et la société Gemoce, aux droits de laquelle s'est substituée la SARL Acier Béton Structures (AB Structures). En raison d'une déformation anormale des palplanches, les travaux ont été interrompus à compter du 10 décembre 2018 de manière à permettre une analyse des causes de cette situation et trouver les solutions à mettre en œuvre. Le port autonome a décidé, par un avenant n° 3 du 10 mai 2021 au marché de maîtrise d'œuvre, la réalisation de travaux supplémentaires, avec notamment la définition d'une nouvelle mission ACT destinée à préparer un avenant au marché de travaux, et par un marché complémentaire de maîtrise d'œuvre du 10 mai 2021, la définition d'un marché complémentaire à confier à la société Dumez de nature à remédier aux désordres rencontrés. Enfin, par un marché du 25 août 2021, le port autonome a confié au groupement de maîtrise d'œuvre un nouveau marché d'un montant de 7 799 402 francs CFP portant sur des compléments d'études permettant la réalisation de travaux supplémentaires qui a fait l'objet d'un décompte n° 1 au 30 août 2021 et d'un décompte n° 2 au 30 septembre 2021, notifié le 11 octobre 2021. Ce dernier marché a été résilié par ordre de service n° 03-22 du 28 février 2022, notifié le 8 mars 2022, par lequel le port autonome a refusé le paiement du décompte n° 2. Le groupement de maîtrise d'œuvre a alors formé une réclamation préalable le 8 mars 2022, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet. Les sociétés requérantes demandent au tribunal de condamner le port autonome à leur verser la totalité des sommes prévues au décompte n° 2 du 30 septembre 2021 pour un montant de 3 119 760 francs CFP majoré des intérêts moratoires pour retard de paiement depuis la date de réception du décompte jusqu'à la date de mandatement ainsi qu'une indemnité de 4 % sur le montant total restant dû soit la somme de 311 976 francs CFP et à les indemniser du préjudice subi en raison de la prolongation des délais d'exécution du marché pour un montant de 33 147 585 francs CFP.

Sur les fins de non-recevoir :

2. Si le port autonome de Nouvelle-Calédonie fait valoir que les représentants des sociétés requérantes n'ont pas qualité pour agir et représenter ces dernières dans la présente instance, il ressort des termes des statuts de ces sociétés que les gérants de ces sociétés ont reçu les pouvoirs les plus étendus pour agir au nom de la société. Par ailleurs, aux termes du premier alinéa de l'article 4 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques, applicable en Nouvelle-Calédonie en vertu du V de l'article 81 de cette loi : " Nul ne peut, s'il n'est avocat, assister ou représenter les parties, postuler et plaider devant les juridictions et les organismes juridictionnels ou disciplinaires de quelque nature que ce soit, sous réserve des dispositions régissant les avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation et les avoués près les cours d'appel " et aux termes de l'article 6 de la même loi : " Les avocats peuvent assister et représenter autrui devant les administrations publiques, sous réserve des dispositions légales et réglementaires ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve des dispositions législatives et réglementaires excluant l'application d'un tel principe dans les cas particuliers qu'elles déterminent, les avocats ont qualité pour représenter leurs clients devant les administrations publiques sans avoir à justifier du mandat qu'ils sont réputés avoir reçu de ces derniers dès lors qu'ils déclarent agir pour leur compte. Aucune disposition législative ou réglementaire applicable en l'espèce ne subordonne la possibilité pour un avocat de représenter un client à la justification du mandat qu'il a reçu. Dès lors la fin de non-recevoir opposée par le port autonome doit être écartée.

3. Le port autonome fait valoir que la résiliation du marché en cause étant intervenue le 28 février 2022, la SARL SEI ne pouvait, à compter de cette date, représenter en qualité de mandataire le groupement conjoint constitué pour l'exécution de ce marché. Toutefois, il est constant que la requête a été présentée par la SARL SEI agissant à la fois en qualité de mandataire du groupement mais aussi en sa qualité de membre et par la SARL AB Structures agissant en qualité de membre du groupement. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par le port autonome ne peut qu'être écartée.

4. Aux termes de l'article 30 du CCAG applicable aux marchés publics de fournitures courantes et de service, issu de la délibération n° 64/CP du 10 mai 1989 : " 30.1. Le marché résilié est liquidé en tenant compte, d'une part des prestations terminées et admises et, d'autre part, des prestations en cours d'exécution dont la personne responsable du marché accepte l'achèvement. Le décompte de liquidation du marché qui contient éventuellement 1'indemnité fixée à l'article 31 est arrêté par décision de la personne publique et notifié au titulaire. () " . Aux termes de l'article 31 du même CCAG : " 31.1. Si, en application de l'article 24, le titulaire peut prétendre à indemnité, il doit présenter une demande écrite, dûment justifiée dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision de résiliation. 31.2. Pour les marchés à quantités fixes dont la durée d'exécution est inférieure à cinq ans, le montant de l'indemnité de résiliation est obtenu en appliquant au montant initial du marché diminué du montant non révisé des prestations admises un pourcentage fixé par le marché ou, à défaut, celui de 4%. Toutefois, aucune indemnité n'est due si la résiliation est suivie de l'attribution, par la personne publique, d'un nouveau marché au titulaire. 31.3. Pour les autres marchés, ladite personne évalue le préjudice éventuellement subi par le titulaire et fixe, s'il y a lieu, l'indemnité à lui attribuer. ". Aux termes de l'article 34 du même CCAG : " 34.1. Tout différend entre le titulaire et la personne responsable du marché doit faire l'objet de la part du titulaire d'un mémoire de réclamation qui doit être communiqué à la personne responsable du marché dans le délai de trente jours compté à partir du jour où le différend est apparu. 34.2 La personne publique dispose d'un délai de deux mois compté à partir de la réception du mémoire de réclamation pour notifier sa décision. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la réclamation. "

5. Le port autonome fait valoir qu'en l'absence de décompte de résiliation, le groupement de maîtrise d'œuvre n'était pas recevable à adresser un mémoire en réclamation dès lors que seul l'ordre de service n° 03-22 rectifié, notifié le 16 juin 2022, était de nature à faire naître un différend au sens des dispositions de l'article 34 du CCAG mentionné au point 4. Il résulte toutefois de l'instruction que cet ordre de service n° 03-22 a été notifié une première fois le 8 mars 2022, autorisant dès lors le groupement de maîtrise d'œuvre à former régulièrement une réclamation préalable dans le délai prescrit et de nature à lier le contentieux. La circonstance que cet ordre de service ait fait l'objet de modifications en raison d'une erreur matérielle et d'une seconde notification le 16 juin 2022 n'a pas pour effet de rendre irrecevable la présentation d'une demande au tribunal administratif le 23 juin 2022 dès lors que le différend né de la réclamation du 8 mars 2022, notifié le 22 mars 2022, a fait l'objet d'une décision implicite de rejet dans le délai de deux mois prévu par l'article 34-2 du CCAG précité, intervenue avant la saisine du tribunal, et fait ainsi obstacle au jour du jugement à ce qu'une fin de non-recevoir tirée du caractère prématuré de cette demande soit opposée aux sociétés requérantes.

6. Les fins de non-recevoir opposées par le port autonome aux demandes de paiement des prestations effectuées dans le cadre de ce marché ou d'indemnisation pour les préjudices subis à l'occasion de ce marché ou du fait de sa résiliation ne peuvent dès lors qu'être écartées.

Sur les conclusions à fin de paiement ou d'indemnité :

7. Aux termes des stipulations de l'article 5.2 du cahier des clauses administratives particulières, applicable au marché n° 3530-245/P du 25 août 2021 : " () 2) Si la personne responsable décide la cessation définitive de la mission du concepteur, sans que ce dernier ait manqué à ses obligations contractuelles, la décision doit être notifiée par Ordre de Service. Le marché est alors résilié à la date de l'Ordre de Service et la fraction de la mission déjà remplie est alors rémunérée sans abattement. Le concepteur a, en outre, le droit d'être indemnisé du préjudice qu'il subit éventuellement du fait de cette décision. Charge à lui d'en préciser le montant et d'en apporter les justifications. 3) Si la personne responsable décide de mettre fin à la mission du Maitre d'œuvre parce que ce dernier se montre incapable de remplir ses obligations contractuelles, le marché est résilié sans indemnité et la fraction déjà accomplie est alors rémunérée avec un abattement au moins égal à 10 % () ".

8. Les sociétés requérantes soutiennent que l'ensemble des prestations prévues au marché n° 3530-245/P ont été réalisées, et que le maître de l'ouvrage ne pouvait procéder au paiement de 85% du montant du marché sans méconnaître l'article 5.2 du cahier des clauses administratives particulières. Si elles précisent que les prestations prévues au marché ont été intégralement réalisées, il n'est pas contesté que, s'agissant de la mission PRO, la DITTT a demandé par mail du 22 octobre 2021 la correction de certains documents de cette phase PRO et a constaté que, par mail du 5 novembre 2021, cette phase PRO n'était toujours pas terminée. Par ailleurs, par ordre de service n° 16-21 notifié le 10 décembre 2021, le port autonome a mise en demeure le groupement de maîtrise d'œuvre de lui remettre les plans du marché de travaux destinés à remédier aux désordres, relatifs à la phase PRO. Les sociétés requérantes n'apportent aucun élément de nature à établir, qu'à la suite de cet ordre de service n° 16-21, elles aient réalisé les prestations demandées. Par suite, leur demande, portant sur le paiement du reliquat de 15% correspondant à la phase PRO doit être rejetée.

9. Aux termes de l'article 8.4 du cahier des clauses administratives générales cité plus haut, dans sa version issue de la délibération n° 58 du 14 janvier 2020 modifiant la délibération n° 64/CP du 10 mai 1989 fixant le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux et aux marchés publics de fournitures courantes et de services passés en application de la délibération n° 136/CP du 1er mars 1967 et de la délibération n° 424 du 20 mars 2019 portant règlementation des marchés publics : " Le mandatement de la somme arrêtée doit intervenir conformément aux dispositions de l'article 71 de la délibération n° 424 du 20 mars 2019 susmentionnée. En cas de contestation sur le montant de la somme due, la personne responsable du marché fait mandater, dans le délai réglementaire, les sommes qu'elle a admises. Le complément est mandaté, le cas échéant, après règlement du différend ou du litige. Le groupement de maîtrise d'œuvre demande le paiement des intérêts moratoires de la somme figurant au décompte n° 16 pour une période de dix jours. () ". Aux termes de l'article 8.5 du même CCAG : " Le défaut de mandatement dans le délai indiqué au 4 du présent article fait courir de plein droit les intérêts moratoires calculés dans les conditions réglementaires depuis le jour qui suit l'expiration du délai susmentionné ". Enfin, aux termes de l'article 71 de la délibération du 20 mars 2019 : " Le délai de mandatement d'un marché public, acomptes et solde, ne peut excéder 30 jours. Le délai de mandatement court à partir des termes périodiques ou du terme final fixés par le marché ou lorsque le marché n'a pas fixé de tels termes à partir de la réception par l'administration de la demande du titulaire ou de la transmission par celui-ci à l'administration de la demande de son sous-traitant. Cette demande doit être adressée à la personne responsable du marché ou à toute personne désignée par le marché par lettre recommandée avec avis de réception postal ou lui être remise contre récépissé dûment daté et inscrit sur un registre tenu à cet effet. "

10. Les sociétés requérantes demandent le paiement des intérêts moratoires pour retard de paiement du décompte n° 2 du 30 septembre 2021 jusqu'à la date du mandatement. Il résulte de l'instruction que le port autonome a réglé les sommes correspondant à 85% de la phase PRO par mandat émis le 21 juillet 2022 et mis en paiement le 27 juillet 2022. La circonstance que cet ordre de service n° 03-22 ait fait l'objet d'une correction, notifiée le 16 juin 2022, ne dispensait pas le maître de l'ouvrage, y compris en cas de contestation sur le montant de la somme due, de faire mandater, dans le délai réglementaire, les sommes qu'il avait admises, en application de l'article 8.4 du CCAG précité. Dès lors, les sociétés requérantes sont fondées à demander le paiement de ces intérêts moratoires à compter de la date de réception du décompte n° 2 jusqu'à la date de demande de mise en paiement le 21 juillet 2022.

11. Aux termes de l'article 31 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de fournitures courantes et de services (CCAG) : " 31.1. Si, en application de l'article 24, le titulaire peut prétendre à indemnité, il doit présenter une demande écrite, dûment justifiée dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision de résiliation. 31.2. Pour les marchés à quantités fixes dont la durée d'exécution est inférieure à cinq ans, le montant de l'indemnité de résiliation est obtenu en appliquant au montant initial du marché diminué du montant non révisé des prestations admises un pourcentage fixé par le marché ou, à défaut, celui de 4%. Toutefois, aucune indemnité n'est due si la résiliation est suivie de l'attribution, par la personne publique, d'un nouveau marché au titulaire () ".

12. Le port autonome ne conteste pas le principe de versement de cette indemnité de résiliation mais fait valoir qu'en l'absence de certitude que le groupement de maîtrise d'œuvre n'aurait pas pris en compte des prix révisés au lieu de prix non révisés, il n'a pas été à même de procéder au calcul de cette indemnité. Toutefois, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté par le port autonome que le solde du marché au moment de la résiliation se montait à la somme hors taxe de 1 103 688 francs CFP. Les sociétés requérantes ont ainsi droit à une indemnité de résiliation toutes taxes comprises se montant à 4 % de cette somme après prise en compte d'une TGC de 6 %. Les sociétés requérantes ont ainsi droit à la somme de 46 796 francs CFP au titre de cette indemnité prévue par l'article 31 du CCAG précité.

13. Aux termes de l'article 7.2.1 du cahier des clauses administratives générales précité : " Les prix sont réputés fermes, sauf stipulation du marché ". Aux termes de l'article 5.4 du cahier des clauses administratives particulières applicable au marché de maîtrise d'œuvre : " En cas de réduction ou d'augmentation notable dans le programme de l'opération du fait du Maitre d'Ouvrage, un nouveau montant d'honoraires sera établi par avenant, sans modifier la rémunération de la partie de la mission déjà exécutée ". Il résulte de ces dispositions que le titulaire d'un contrat de maîtrise d'œuvre est rémunéré par un prix forfaitaire couvrant l'ensemble de ses charges et missions, ainsi que le bénéfice qu'il en escompte, et que seules une modification de programme ou une modification de prestations décidées par le maître de l'ouvrage peuvent donner lieu à une adaptation et, le cas échéant, à une augmentation de sa rémunération. La prolongation de sa mission n'est de nature à justifier une rémunération supplémentaire du maître d'œuvre que si elle a donné lieu à des modifications de programme ou de prestations décidées par le maître d'ouvrage. En outre, le maître d'œuvre ayant effectué des missions ou prestations non prévues au marché de maîtrise d'œuvre et qui n'ont pas été décidées par le maître d'ouvrage a droit à être rémunéré de ces missions ou prestations, nonobstant le caractère forfaitaire du prix fixé par le marché si, d'une part, elles ont été indispensables à la réalisation de l'ouvrage selon les règles de l'art, ou si, d'autre part, le maître d'œuvre a été confronté dans l'exécution du marché à des sujétions imprévues présentant un caractère exceptionnel et imprévisible, dont la cause est extérieure aux parties et qui ont pour effet de bouleverser l'économie du contrat.

14. Les sociétés requérantes soutiennent que le port autonome est responsable d'une mauvaise gestion dans l'exécution du marché, notamment en raison des nombreuses modifications intervenues et du défaut notable de coordination entre les sociétés Terrasol et Socotec ayant conduit à une prolongation de la mission à 17 semaines au lieu des 4 semaines prévues initialement. Toutefois, l'allongement de la durée d'exécution du chantier n'est pas la conséquence d'une modification de programme ou de prestations décidées par le maître de l'ouvrage mais résulte du retard du groupement de maîtrise d'œuvre, comme cela ressort de l'ordre de service n° 16-21 du notifié le 10 décembre 2021 par lequel le maître de l'ouvrage a mis en demeure la maîtrise d'œuvre de remettre les plans du marché destiné à remédier aux désordres constatés et d'y joindre les plans généraux du projet comprenant les observations de la société Socotec. Il ne résulte d'ailleurs pas de l'instruction que la maîtrise d'œuvre ait sollicité la signature d'un avenant destiné à prendre en compte une augmentation des missions qui lui étaient confiées. Par ailleurs, la mission de coordination relève des missions de la maîtrise d'œuvre et non du maître de l'ouvrage, en application des stipulations de l'article 4.1 du cahier des clauses administratives particulières. Enfin, la circonstance que la société Terrasol aurait fourni tardivement des éléments techniques nécessaires à l'exécution de la phase PRO de la maîtrise d'œuvre n'est pas de nature à engager la responsabilité du maître de l'ouvrage. Dès lors la prolongation de la mission de la maîtrise d'œuvre, qui ne résulte au demeurant pas d'une faute du maître de l'ouvrage, n'ouvre pas droit à une indemnisation. Par suite, la demande des sociétés requérantes tendant au paiement de la somme de 33 147 585 francs CFP doit être rejetée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les sociétés requérantes sont seulement fondées à demander le paiement de la somme de 46 796 francs CFP au titre de l'indemnité prévue par l'article 31 du CCAG précité et le paiement des intérêts moratoires à compter de la date de réception du décompte n° 2 jusqu'à la date de son paiement le 27 juillet 2022.

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 180 000 francs CFP à la charge du port autonome de la Nouvelle-Calédonie à verser aux SARL SEI et AB Structures en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le port autonome de la Nouvelle-Calédonie versera la somme de 46 796 francs CFP à la SARL SEI et à la SARL AB Structures ainsi que les intérêts moratoires à compter de la date de réception du décompte n° 2 jusqu'à la date de demande de mise en paiement le 21 juillet 2022.

Article 2 : Le port autonome de la Nouvelle-Calédonie versera la somme de 180 000 francs CFP à la SARL SEI et à la SARL AB Structures en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Société d'Etudes en Infrastructures et à la SARL Acier Béton Structures ainsi qu'au port autonome de la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Pilven, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

J-E. PILVENLe président,

D. SABROUXLe greffier de chambre,

J. LAGOURDE

pc

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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