jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2200295 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SELARL VIRGINIE BOITEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 août et 24 novembre 2022, M. B A, représenté par la Selarl Virginie Boiteau, demande au tribunal :
1°) de condamner la Nouvelle-Calédonie à lui verser la somme totale de 44 596 452 francs CFP en réparation du préjudice subi du fait du rejet de sa demande d'intégration dans la fonction publique de la Nouvelle-Calédonie au titre de la résorption de l'emploi précaire ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la Nouvelle-Calédonie à lui verser la somme totale de 25 721 909 francs CFP en réparation du préjudice subi du fait de la perte de chance à être intégré au sein de la fonction publique de la Nouvelle-Calédonie ;
3°) en tout état de cause, de condamner la Nouvelle-Calédonie à lui verser la somme de 5 000 000 francs CFP en réparation du préjudice moral subi ;
4°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie le versement de la somme de 200 000 francs CFP sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a méconnu les dispositions de la délibération du 1er juin 2003 sur les emplois réservés et de celles de la loi du pays du 19 décembre 2016 sur la résorption de l'emploi précaire en refusant sa candidature au motif qu'il occupait un emploi à temps partiel alors que par jugement du tribunal du travail du 23 février 2021, il a été reconnu comme bénéficiant d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet ;
- la responsabilité du gouvernement est engagée à raison de cette illégalité fautive ce qui lui ouvre droit à une réparation intégrale de la perte de revenus qu'il a subis ;
- ses préjudices peuvent être évalués à la somme de 29 596 452 francs CFP en réparation de la perte subie pour ses droits à la retraite, de 10 000 000 francs CFP en réparation de la différence entre son salaire et les traitements prévisibles, de 5 000 000 francs CFP en réparation de la perte de chance d'une évolution au sein de la fonction publique ; il faut ajouter à ces sommes le préjudice moral pour un montant de 5 000 000 francs CFP ;
- si le caractère certain du préjudice n'est pas retenu, son indemnisation portera sur la perte de chance à intégrer la fonction publique dès lors qu'un taux de 59 % d'admission est retenu pour ce type d'intégration ; ses préjudices devraient être évalués à la somme de 17 461 909 francs CFP au titre de la perte de retraite, de 5 900 000 francs CFP au titre du manque à gagner relatif à la différence entre son salaire et les traitements prévisibles, de 2 360 000 francs CFP au titre de la perte de chance d'une évolution de carrière ainsi que de 5 000 000 francs CFP au titre du préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une lettre, enregistrée le 24 février 2023, M. A apporte des observations à la mesure d'instruction du 16 février 2023.
Une note en délibéré, présentée par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, a été enregistrée le 26 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi 99-210 du 19 mars 1999 ;
- la loi du pays n° 2016-18 du 19 décembre 2016 ;
- la délibération n° 380 du 11 juin 2003 ;
- la délibération n° 217 du 29 décembre 2016 ;
- l'arrêté 2017-465/GNC du 21 février 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pilven, rapporteur ;
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Ortet de la SELARL Virginie Boiteau avocat de M. A et de Mme D représentante du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté par un premier contrat de travail conclu le 5 octobre 1993 à compter du 1er août 1993 en qualité d'enquêteur de statistiques agricoles auprès de la direction de l'agriculture et de la forêt de la Nouvelle-Calédonie et a bénéficié d'un second contrat de travail à temps partiel et à durée indéterminée le 4 février 2002, ayant fait l'objet de 14 avenants pour l'exercice de fonctions identiques. Il s'est porté candidat pour une intégration dans la fonction publique calédonienne en souhaitant se présenter à un concours réservé d'adjoint administratif en 2007 puis bénéficier des dispositions prévues pour la résorption de l'emploi précaire en 2017 et s'est vu opposer un refus à chacune de ses demandes au motif qu'il occupait un emploi à temps non complet. Par un jugement du 23 février 2021, le tribunal du travail de Nouméa a toutefois qualifié le contrat de travail de M. A de contrat à durée indéterminée à temps complet. M. A a formé une réclamation préalable le 23 mars 2022 aux fins d'indemnisation des préjudices subis du fait du rejet de ses candidatures pour un montant de 29 596 452 francs CFP, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet.
Sur la demande aux fins d'indemnisation :
En ce qui concerne la perte d'une chance sérieuse d'intégrer la fonction publique de la Nouvelle-Calédonie au titre de la résorption de l'emploi précaire :
2. Aux termes de l'article 2 de la délibération du 11 juin 2003 portant mesures exceptionnelles d'intégration dans la fonction publique de la Nouvelle-Calédonie : " L'accès à la fonction publique de la Nouvelle-Calédonie des agents visés à l'article 1er ci-dessus s'effectuera selon l'une des trois modalités ci-après définies : - par voie de concours réservés d'intégration ; - par voie de liste d'aptitude, après avis de la commission administrative paritaire du corps d'accueil ; - sur titre. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 4 de la loi du pays du 19 décembre 2016 relative à la résorption de l'emploi précaire dans la fonction publique de la Nouvelle-Calédonie : " Outre les conditions posées à l'article 1er, l'accès aux corps ou cadre d'emploi est organisé par voie de sélection professionnelle, fondée notamment sur la prise en compte des acquis de l'expérience professionnelle correspondant aux fonctions auxquelles destine le corps ou cadre d'accueil sollicité par le candidat ". Aux termes de l'article 5 de la délibération du 29 décembre 2016 prise en application de la loi du pays n° 2016-18 du 19 décembre 2016 relative à la résorption de l'emploi précaire dans les fonctions publiques de Nouvelle-Calédonie : " Le jury d'évaluation professionnelle prévu à l'article 5 de la loi du pays n° 2016-18 du 19 décembre 2016 susvisée procède à l'appréciation de l'aptitude des candidats remplissant les conditions nécessaires à l'intégration à exercer les missions du corps ou du cadre d'emplois auquel la sélection professionnelle donne accès ". Les épreuves de la sélection professionnelle ont été précisées par l'arrêté 2017-465/GNC du 21 février 2017 fixant les épreuves, le programme et les modalités de la sélection professionnelle prévue à l'article 4 de la loi du pays n° 2016-18 du 19 décembre 2016 relative à la résorption de l'emploi précaire dans les fonctions publiques de Nouvelle-Calédonie.
3. M. A soutient qu'il n'a pas été autorisé en 2007 puis en 2017 à se porter candidat pour intégrer la fonction publique calédonienne soit au titre des mesures d'intégration prévues par la délibération du 11 juin 2003, soit au titre de celles prévues par la loi du pays du 19 décembre 2016, l'administration lui ayant opposé à chaque fois un motif erroné tiré de ce qu'il aurait été recruté par un contrat à temps non complet ou à temps partiel. Il n'est pas contesté que par jugement du 23 février 2021, le tribunal du travail de Nouméa a qualifié le contrat de travail de M. A de contrat à durée indéterminée à temps complet et que M. A est dès lors fondé à soutenir qu'en lui refusant de présenter sa candidature à une intégration dans la fonction publique calédonienne en 2007 et en 2017 au motif qu'il aurait été employé par un contrat à temps non complet, l'administration a entaché ses décisions de refus d'illégalité de nature à engager la responsabilité de la Nouvelle-Calédonie pour autant qu'elle a entraîné un préjudice direct et certain.
4. Si l'intégration dans la fonction publique calédonienne n'est pas de droit et restait conditionnée en 2007, en application des dispositions de la délibération du 11 juin 2003 précitée, aux résultats d'un concours réservé et en 2017 à l'appréciation d'un jury d'évaluation professionnelle prévu par les dispositions précitées de la loi du pays du 19 décembre 2016, il résulte de l'instruction qu'en 2017, 59% de l'ensemble des candidats et 70% de ceux qui se présentaient au concours réservé d'adjoint administratif étaient admis à l'issue de la procédure prévue au titre de la résorption de l'emploi précaire prévue par la loi du pays du 19 décembre 2016 de sorte que M. A doit être regardé comme ayant été privé d'une chance sérieuse de réussite à cette procédure d'intégration en 2017 mais aussi en 2007, la procédure d'intégration exceptionnelle dans la fonction publique prévue par la délibération du 11 juin 2003 comme celle de résorption de l'emploi précaire du 19 décembre 2016 ayant comme objectif une intégration large du personnel non-titulaire.
En ce qui concerne le préjudice résultant de la perte de rémunération au titre de la période d'activité :
5. Il résulte de l'instruction, et notamment des avis d'imposition du requérant entre 2007 et 2021 et des sommes qu'il aurait perçues s'il avait bénéficié d'une intégration dans la fonction publique dès 2007 en qualité d'adjoint administratif de grade normal au 3ème échelon, que M. A a perdu une chance de percevoir des revenus plus importants à raison du refus d'intégration dans la fonction publique calédonienne, d'environ 1 800 000 francs CFP par an. Si dans sa lettre d'observations du 23 février 2023, adressée en réponse à la mesure d'instruction du 16 février 2023 du tribunal, M. A relève incidemment qu'il aurait en fait perdu une chance de percevoir la somme totale de plus de 30 millions de francs CFP, il n'a pas modifié ses conclusions tendant à percevoir la somme de 10 millions de francs CFP au titre de ce préjudice. Il sera ainsi fait une juste appréciation des préjudices subis au titre de sa période d'activité comprise entre le 10 avril 2007 et la date du jugement en l'évaluant à la somme de 10 millions de francs CFP.
6. Par ailleurs, M. A demande à être indemnisé du préjudice tenant à la perte de chance d'un déroulement de carrière jusqu'au grade d'adjoint principal à l'échelon 12. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, en l'absence d'éléments suffisamment précis de la date à laquelle il aurait pu accéder au grade d'adjoint principal, en l'évaluant à la somme de deux millions de francs CFP.
En ce qui concerne le préjudice résultant de la minoration de sa pension de retraite :
7. Il résulte de l'instruction que M. A, né le 2 mai 1958, envisage un départ à la retraite entre le mois de mai 2023, où il aura 65 ans, et le mois de mai 2025, à la limite d'âge, de telle sorte que le préjudice résultant de la minoration de sa pension de retraite présente un caractère futur mais certain. Si le requérant se fonde sur une simulation de pension de retraite effectuée par la CAFAT en cas d'intégration comme adjoint administratif de grade normal au 3ème échelon, celle-ci prend en compte les années 1993 à 2007 qui n'ont toutefois pas fait l'objet d'un rachat par l'intéressé, ce que ce dernier reconnait d'ailleurs. Le requérant se fonde aussi sur une autre simulation de la CAFAT portant sur ce qu'il percevrait dans l'hypothèse d'une intégration en qualité de technicien adjoint au 1er échelon au 1er janvier 2018, ce qui ne correspond pas à l'hypothèse d'une intégration en qualité d'adjoint administratif. Toutefois, M. A est fondé à demander la réparation de la perte de chance de bénéficier d'un montant de pension plus élevé que celui qu'il devrait percevoir, s'il avait fait l'objet d'une intégration dans la fonction publique calédonienne en qualité d'adjoint administratif de grade normal au 3ème échelon à partir de 2007. Compte tenu de l'ampleur de la chance ainsi perdue, de l'écart entre la pension qu'il va percevoir et de celle à laquelle il aurait pu prétendre et de l'âge du requérant, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 7 millions de francs CFP.
En ce qui concerne le préjudice moral :
8. M. A soutient que cette situation a eu pour effet de provoquer un état de souffrance et une impression de dépréciation de son travail. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme d'un million de francs CFP.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander la condamnation de la Nouvelle-Calédonie à l'indemniser du préjudice résultant de la perte de rémunération au titre de la période d'activité, du manque à gagner lié à l'évolution prévisible de sa carrière, de la minoration de ses droits à la retraite et du préjudice moral subi en condamnant la Nouvelle-Calédonie à lui verser une indemnité d'un montant de 20 000 000 francs CFP.
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie la somme de 180 000 francs CFP à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La Nouvelle-Calédonie est condamnée à verser à M. A une somme de 20 000 000 francs CFP en réparation des préjudices subis.
Article 2 : La Nouvelle-Calédonie versera la somme de 180 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Pilven, premier conseiller,
M. Briquet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
SIGNÉ
J-E PILVENLe président,
SIGNÉ
D. SABROUX Le greffier de chambre,
SIGNÉ
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
cb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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01/06/2026