vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2200304 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCATS ROYANEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 août 2022 et 3 mars 2023, M. A B, représenté par Me Million, demande au tribunal :
1°) de condamner la chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie à lui verser la somme totale de 5 000 000 francs CFP en réparation des préjudices subis à la suite de la résiliation du contrat de prestations sur le suivi sanitaire des productions agricoles exportées du 12 novembre 2019 et à titre subsidiaire de lui verser la somme de 3 092 163 francs CFP en réparation du préjudice subi du fait de la rupture abusive de la convention de prestation ;
2°) de mettre à la charge de la chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie la somme de 200 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a qualité à agir ;
- il a été attributaire d'un contrat de prestation de services, conclu le 19 novembre 2019, pour un montant de 7 500 000 francs CFP TTC pour une année, tacitement renouvelable et portant sur le suivi sanitaire des production végétales exportées ; toutefois par lettre du 16 novembre 2021, la chambre d'agriculture de Nouvelle-Calédonie a résilié ce marché pour un motif financier et économique à la date du 28 février 2022 ; il a sollicité l'indemnisation du préjudice subi du fait de cette résiliation auprès de la chambre d'agriculture qui lui a opposé une décision de rejet par lettre de son conseil du 25 mai 2022 ; le motif économique n'est pas établi ;
- le contrat conclu le 1er novembre 2019 a été tacitement reconduit au terme de la première année puis de la deuxième et aucun manquement de sa part ne saurait justifier cette résiliation ; cette résiliation est donc fautive ; le motif financier allégué n'est pas de nature à justifier cette décision de résiliation ;
- le préjudice subi correspond à son chiffre d'affaires qui est en même temps, le montant de ses recettes, aucune charge n'existant en la matière ;
- il a donc droit à l'indemnisation du montant prévu jusqu'au 31 octobre 2022.
Par un mémoire, enregistré le 23 novembre 2022, la chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie, représentée par la Selarl d'avocats Royanez, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 250 000 francs CFP soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la requête est irrecevable en l'absence de qualité à agir de M. B et qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- la délibération n° 136/CP du 1er mars 1967 portant réglementation des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pilven, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Million, avocat de M. B et de Me Patonnier, avocate de la chambre d'agriculture de Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. La chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie a confié, par un contrat signé le 19 novembre 2019, à l'entreprise individuelle SSA Export, représentée par M. B son gérant, la réalisation d'une mission de suivi sanitaire des productions végétales exportées, pour un montant de 7 500 000 francs CFP, pour une durée d'un an avec possibilité de reconduction tacite jusqu'au 31 octobre 2023. Par lettre du 16 novembre 2021, la chambre d'agriculture de Nouvelle-Calédonie a résilié ce marché pour un motif financier et économique à la date du 28 février 2022. M. B a sollicité l'indemnisation du préjudice subi du fait de cette résiliation auprès de la chambre d'agriculture qui lui a opposé un refus par lettre de son conseil du 25 mai 2022. Le requérant demande au tribunal de condamner la chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie à lui verser une somme totale de 5 000 000 francs CFP en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de la résiliation de ce contrat de prestations ou à titre subsidiaire une somme de 3 092 163 francs CFP.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la chambre d'agriculture :
2. La chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie fait valoir que M. B est sans qualité lui donnant intérêt à agir pour contester la résiliation du contrat qu'elle a passé le 19 novembre 2019 avec l'entreprise individuelle SSA Export, cette dernière société ayant seule intérêt à agir. Il résulte toutefois des mentions portées au RIDET que l'entreprise dont M. B est le gérant est une entreprise individuelle, désignée par l'appellation B Jérémy, Paul et que la désignation " SSA Export " ne représente que le nom commercial et l'enseigne de cette entreprise. Dès lors, en introduisant un recours au nom de Jérémy B, le requérant doit être regardé comme l'ayant introduit au nom de son entreprise individuelle, ayant conclu le contrat précité du 19 novembre 2019. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la chambre d'agriculture et de la pêche de la Nouvelle-Calédonie doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Aux termes de l'article 1er de la délibération n° 136/CP du 1er mars 1967 portant réglementation des marchés publics : " Toute dépense publique se rapportant à un objet unique nettement déterminé, dont la fourniture ou l'exécution est assurée à la Nouvelle-Calédonie, aux provinces, aux communes de Nouvelle-Calédonie et à leurs établissements publics par une personne physique ou morale doit donner lieu à un marché soumis aux règles fixées ci-après, sauf dispositions contraires prévues par délibération du congrès dès lors que son montant excède 20.000.000 F CFP () ".
4. En vertu des règles générales applicables aux contrats administratifs, la personne publique cocontractante peut toujours, pour un motif d'intérêt général, résilier unilatéralement un tel contrat, sous réserve des droits à indemnité de son cocontractant.
5. Dans le cas particulier d'un contrat entaché d'une irrégularité d'une gravité telle que, s'il était saisi, le juge du contrat pourrait en prononcer l'annulation ou la résiliation, la personne publique peut, sous réserve de l'exigence de loyauté des relations contractuelles, résilier unilatéralement le contrat sans qu'il soit besoin qu'elle saisisse au préalable le juge. Après une telle résiliation unilatéralement décidée pour ce motif par la personne publique, le cocontractant peut prétendre, sur un terrain quasi-contractuel, pour la période postérieure à la date d'effet de la résiliation, au remboursement de celles de ses dépenses qui ont été utiles à la collectivité envers laquelle il s'était engagé. Si l'irrégularité du contrat résulte d'une faute de l'administration, le cocontractant peut, en outre, sous réserve du partage de responsabilités découlant le cas échéant de ses propres fautes, prétendre à la réparation du dommage imputable à la faute de l'administration. A ce titre, il peut demander le paiement des sommes correspondant aux autres dépenses exposées par lui pour l'exécution du contrat et aux gains dont il a été effectivement privé du fait de sa non-application, notamment du bénéfice auquel il pouvait prétendre. Saisi d'une demande d'indemnité sur ce second fondement, il appartient au juge d'apprécier si le préjudice allégué présente un caractère certain et s'il existe un lien de causalité direct entre la faute de l'administration et le préjudice.
6. Par ailleurs, lorsque le juge est saisi d'une demande d'indemnisation du manque à gagner résultant de la résiliation unilatérale d'un marché public pour motif d'intérêt général, il lui appartient, pour apprécier l'existence d'un préjudice et en évaluer le montant, de tenir compte du bénéfice que le requérant a, le cas échéant, tiré de la réalisation, en qualité de titulaire ou de sous-traitant d'un nouveau marché passé par le pouvoir adjudicateur, de tout ou partie des prestations qui lui avaient été confiées par le marché résilié. Dans l'hypothèse où, à la date à laquelle le juge statue sur le litige relatif à la résiliation, il résulte de l'ensemble des circonstances particulières de l'espèce, que, alors même qu'il n'a pas exécuté de telles prestations dans les conditions mentionnées ci-dessus ou que leur exécution n'est pas en cours, le titulaire du marché résilié est susceptible d'être chargé, dans un délai raisonnable, de tout ou partie de ces prestations à l'occasion d'un nouveau marché, il appartient au juge de surseoir à statuer sur l'existence et l'évaluation du préjudice né de la résiliation.
7. Il résulte de l'instruction que le contrat en litige a fait l'objet d'une résiliation par la chambre d'agriculture et de la pêche de la Nouvelle-Calédonie pour un motif financier et économique et non pour un motif tiré d'une grave irrégularité dans la procédure de passation. Au demeurant, si la chambre d'agriculture et de la pêche fait valoir dans ses écritures que ce second motif justifiait aussi la décision contestée de résiliation en raison de la méconnaissance de l'obligation de mise en concurrence au-delà d'un montant du marché de 20 millions de francs CFP, il ressort du contrat de prestation en litige que le montant de la prestation se limitait à la somme de 7 500 000 francs CFP, inférieure à la somme de 20 000 000 francs CFP prévue à l'article 1er de la délibération n° 136/CP du 1er mars 1967 précitée, la circonstance que ce contrat puisse faire l'objet d'une reconduction étant sans effet sur le plafond de 20 000 000 francs CFP précité.
8. En revanche, la chambre d'agriculture et de la pêche pouvait régulièrement résilier le contrat de prestation avec M. B au motif que l'assemblée générale de la chambre d'agriculture et de la pêche avait, le 30 mars 2021, décidé de mettre fin, pour des raisons financières, aux missions de mise aux normes des traitements végétaux importés et exportés, ce qui avait pour effet de mettre fin à celles confiées au requérant par le contrat en litige. M. B a ainsi droit à être indemnisé du préjudice subi, correspondant à la perte de la marge bénéficiaire qu'aurait dégagée l'exécution du montant prévu au marché et, le cas échéant, aux dépenses qu'il a engagées pour pouvoir satisfaire à ses obligations contractuelles minimales, jusqu'au 31 octobre 2022. Il appartient à la société requérante d'établir la réalité et le montant des préjudices qu'elle invoque à ce titre, ainsi que le lien de causalité entre ces préjudices et la résiliation du marché.
Sur les préjudices :
9. Il n'est pas contesté que la résiliation du contrat de prestation a eu pour effet de priver M. B des bénéfices attendus de la mission de suivi sanitaire des productions végétales exportées jusqu'à la date du 31 octobre 2022. Pour le calcul du préjudice subi, il y a lieu de retenir le profit que M. B était en droit d'attendre de l'exécution du contrat. Si M. B fait valoir qu'il a droit à la somme de 5 000 000 francs CFP, correspondant à huit mois du contrat d'un montant annuel de 7 500 000 francs CFP pour la période courant du 28 février 2022 au 31 octobre 2022, il ressort de l'avis d'imposition pour l'année 2021 que M. B n'a été imposé au titre de l'activité des bénéfices non commerciaux (BNC) qu'à hauteur de la somme de 4 873 215 francs CFP. Il y a donc lieu de retenir une perte de profit attendu du contrat de prestations avec la chambre d'agriculture et de la pêche de la Nouvelle-Calédonie pour la période courant du 28 février au 31 octobre 2022 à un montant, calculé au prorata, de 3 248 000 francs CFP.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'indemnité à laquelle M. B a droit du fait de la résiliation de son contrat de prestations avec la chambre d'agriculture et de la pêche de la Nouvelle-Calédonie doit être fixée à la somme de 3 248 000 francs CFP.
11. M. B n'étant pas la partie perdante, les conclusions de la chambre d'agriculture et de la pêche tendant à ce qu'une somme soit mise à sa charge en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la chambre d'agriculture et de la pêche de la Nouvelle-Calédonie la somme de 180 000 francs CFP à verser à M. B, en application de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La chambre d'agriculture et de la pêche de la Nouvelle-Calédonie est condamnée à verser la somme de 3 248 000 francs CFP à M. B.
Article 2 : La chambre d'agriculture et de la pêche de la Nouvelle-Calédonie versera la somme de 180 000 francs CFP à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la chambre d'agriculture et de la pêche tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la chambre d'agriculture et de la pêche de la Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Pilven, premier conseiller,
M. Briquet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
Le rapporteur,
J-E PILVENLe président,
D. SABROUX Le greffier de chambre,
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Le greffier,
J. LAGOURDE
nd
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026