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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200325

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200325

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200325
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantPIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, M. E C et Mme B G, représentés par Me Pieux, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la mise en demeure de se raccorder dans un délai de deux ans au réseau public de collecte des eaux usées qui a été adressée par la maire de Nouméa à Mme F D le 8 mars 2022, ainsi que la décision implicite par laquelle la maire de Nouméa a refusé de faire droit à la demande qu'ils avaient présentée le 19 mai 2022 en vue d'être exonérés de l'obligation de raccordement au réseau public de collecte des eaux usées ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nouméa une somme de 200 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- la maire de Nouméa n'ayant pas répondu à leur demande de communication de motifs, la décision implicite de rejet de leur demande d'exonération doit être regardée comme dépourvue de toute motivation ;

- les actes attaqués sont entachés d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors d'une part que l'application des articles 8.02.1 et 8.02.2 du règlement de l'assainissement collectif de la ville de Nouméa, illégaux, doit être écartée par voie d'exception, et d'autre part qu'ils remplissent l'ensemble des conditions pour bénéficier d'une exonération de l'obligation de se raccorder au réseau public de collecte des eaux usées, le raccordement de leur maison à ce réseau présentant en l'espèce des difficultés excessives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, la commune de Nouméa conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête, en tant qu'elle est dirigée contre le courrier de la maire de Nouméa du 8 mars 2022, est irrecevable, cet acte, purement informatif, étant dépourvu de caractère décisoire et ne faisant pas grief, et les requérants ne justifiant en tout état de cause d'aucun intérêt leur donnant qualité pour agir à son encontre ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code des communes de la Nouvelle-Calédonie ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 19 juillet 1960 du ministre de l'intérieur, du ministre de la santé publique et de la population et du ministre de la construction, modifié par l'arrêté du 28 février 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 avril 2023 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pieux, avocat des requérants et de Mme A, représentant la commune de Nouméa.

Une note en délibéré, présentée par la commune de Nouméa, a été enregistrée le 28 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 8 mars 2022, la maire de Nouméa, après avoir informé Mme F D de la mise en service d'un réseau public de collecte des eaux usées dans son quartier, a demandé à cette dernière de raccorder à ce réseau la maison qu'elle possédait alors au 31 rue du 5 mai dans un délai de deux ans à compter de la date dudit courrier, en précisant que " passé ce délai, la Ville se réserv[ait] le droit d'engager toute action légale pour [l']astreindre à mettre en conformité [ses] installations ". Ayant eu connaissance de ce courrier le 16 mai 2022, M. C et Mme G, qui étaient en voie d'acquisition de la maison susmentionnée de Mme D, laquelle fut finalement achetée le 27 juillet 2022, ont demandé le 18 mai 2022 à être exonérés de l'obligation de raccordement au réseau public de collecte des eaux usées. N'ayant reçu en retour qu'un courrier du 1er juillet 2022 qui, eu égard à ses termes, ne constitue qu'une réponse d'attente dépourvue de tout caractère décisoire, ils demandent au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de leur demande, qui est née deux mois après la présentation de celle-ci, ainsi que la mise en demeure de se raccorder figurant dans le courrier du 8 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la mise en demeure du 8 mars 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 372-1 du code des communes de la Nouvelle-Calédonie : " Les règles particulières applicables à l'évacuation des eaux usées et au raccordement des immeubles aux égouts sont définies par les articles L. 1331-1 à L. 1331-12 du code de la santé publique. ".

3. Aux termes de l'article L. 1331-1 du code de la santé publique : " Le raccordement des immeubles aux réseaux publics de collecte disposés pour recevoir les eaux usées domestiques et établis sous la voie publique à laquelle ces immeubles ont accès soit directement, soit par l'intermédiaire de voies privées ou de servitudes de passage, est obligatoire dans le délai de deux ans à compter de la mise en service du réseau public de collecte. / Un arrêté interministériel détermine les catégories d'immeubles pour lesquelles un arrêté du maire, approuvé par le représentant de l'Etat dans le département, peut accorder soit des prolongations de délais qui ne peuvent excéder une durée de dix ans, soit des exonérations de l'obligation prévue au premier alinéa. / Il peut être décidé par la commune qu'entre la mise en service du réseau public de collecte et le raccordement de l'immeuble ou l'expiration du délai accordé pour le raccordement, elle perçoit auprès des propriétaires des immeubles raccordables une somme équivalente à la redevance instituée en application de l'article L. 2224-12-2 du code général des collectivités territoriales. / La commune peut fixer des prescriptions techniques pour la réalisation des raccordements des immeubles au réseau public de collecte des eaux usées et des eaux pluviales. ". Aux termes de l'article L. 1331-4 de ce code : " Les ouvrages nécessaires pour amener les eaux usées à la partie publique du branchement sont à la charge exclusive des propriétaires et doivent être réalisés dans les conditions fixées à l'article L. 1331-1. Ils doivent être maintenus en bon état de fonctionnement par les propriétaires. ". Aux termes de son article L. 1331-6 : " Faute par le propriétaire de respecter les obligations édictées aux articles L. 1331-1, L. 1331-1-1, L. 1331-4 et L. 1331-5, la commune peut, après mise en demeure, procéder d'office et aux frais de l'intéressé aux travaux indispensables. / () ". Aux termes de son article L. 1331-8 : " Tant que le propriétaire ne s'est pas conformé aux obligations prévues aux articles L. 1331-1 à L. 1331-7-1, il est astreint au paiement d'une somme au moins équivalente à la redevance qu'il aurait payée au service public d'assainissement si son immeuble avait été raccordé au réseau ou équipé d'une installation d'assainissement autonome réglementaire, et qui peut être majorée dans une proportion fixée par le conseil municipal () dans la limite de 400 %. / () ".

4. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté interministériel du 19 juillet 1960 relatif aux raccordements des immeubles aux égouts : " Peuvent être exonérés de l'obligation de raccordement aux égouts prévue au premier alinéa de l'article 33 [devenu L. 1331-1] du code de la santé publique : / () / 5° Les immeubles difficilement raccordables, dès lors qu'ils sont équipés d'une installation d'assainissement autonome recevant l'ensemble des eaux usées domestiques et conforme aux dispositions de l'arrêté du 3 mars 1982. ".

5. Si les requérants se prévalent, par voie d'exception, de l'illégalité des articles 8.02.1 et 8.02.2 du règlement de l'assainissement collectif de la ville de Nouméa, un tel moyen est toutefois inopérant, la mise en demeure en litige n'ayant fondé l'obligation de se raccorder dans un délai de deux ans au réseau public de collecte des eaux usées que sur l'article L. 1331-1 du code de la santé publique, et non sur les articles susmentionnés.

6. S'ils font par ailleurs valoir qu'ils remplissent l'ensemble des conditions pour bénéficier d'une exonération de l'obligation de se raccorder au réseau public de collecte des eaux usées, l'octroi d'une telle exonération, qui n'est pas automatique et nécessite, aux termes de l'article L. 1331-1 du code de la santé publique, un arrêté du maire, ne peut néanmoins être opéré qu'après qu'une demande ait été présentée en ce sens par les intéressés. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'une demande d'exonération ait été déposée au 8 mars 2022, date de la mise en demeure et, par conséquent, aucune décision d'exonération ou de refus d'exonération, dont l'illégalité pourrait le cas échéant être contestée par voie d'exception, n'était alors née. Par suite, une mise en demeure pouvait être adressée à cette date, l'éventuelle délivrance ultérieure d'une exonération n'étant quant à elle susceptible que de constituer une circonstance postérieure sans incidence sur sa légalité.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la mise en demeure du 8 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande d'exonération du 18 mai 2022 :

8. Il résulte des dispositions de l'article L. 1331-1 du code de la santé publique et de l'article 1er de l'arrêté interministériel du 19 juillet 1960 relatif aux raccordements des immeubles aux égouts que seuls peuvent être regardés comme étant soumis à l'obligation de raccordement, au sens des dispositions de l'article L. 1331-1 du code de la santé publique, les immeubles dont, compte tenu de leur implantation par rapport au réseau public des égouts, le raccordement ne comporte pas de difficultés excessives.

9. Il ressort des pièces du dossier que le raccordement au réseau public de collecte des eaux usées de la maison en cause nécessitera la mise en place d'un poste de relevage, eu égard à son implantation en contrebas de la rue du 5 mai. Le coût des travaux est estimé à 2 273 871 francs CFP au vu du devis produit, auquel il faudra ajouter des frais d'entretien trimestriels de 30 104 francs CFP. Même si, ainsi que le fait valoir la commune de Nouméa en défense, certains travaux prévus dans ce devis pourraient éventuellement être évités, le montant du raccordement n'en demeurerait pas moins exorbitant, s'agissant d'une habitation déjà équipée d'une installation d'assainissement autonome recevant l'ensemble des eaux usées domestiques. Un tel montant, associé aux travaux à effectuer, est ici de nature à caractériser l'existence de difficultés excessives. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision de refus d'exonération contestée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la commune de Nouméa une somme de 180 000 francs CFP au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle la maire de Nouméa a rejeté la demande d'exonération présentée par M. C et Mme G, est annulée.

Article 2 : La commune de Nouméa versera une somme de 180 000 francs CFP à M. C et Mme G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Mme B G, et à la commune de Nouméa.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Pilven, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

B. BRIQUET

Le président,

D. SABROUX

Le greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

pc

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