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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200328

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200328

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200328
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantCLAVELEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 septembre 2022 et le 3 mars 2023, la société en nom collectif (SNC) Galliot et Cie, représentée par Me Claveleau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la Nouvelle-Calédonie à lui verser une somme totale de 14 937 500 francs CFP, en réparation des préjudices engendrés par le défaut d'information et de surveillance de la Nouvelle-Calédonie à la suite de la détection d'une nouvelle espèce de chenilles invasives sur le territoire calédonien ;

2°) de majorer l'indemnité à laquelle sera condamnée la Nouvelle-Calédonie des intérêts au taux légal à compter de la date de sa demande préalable et de prononcer la capitalisation des intérêts dus depuis au moins une année entière ;

3°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie une somme de 350 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en ne l'informant pas de la possible présence en juillet 2020 de chenilles spodoptera frugiperda sur une parcelle située à proximité de la sienne, et en ne prenant alors pas les mesures d'enquête et de surveillance qui s'imposaient, la Nouvelle-Calédonie a commis une carence fautive de nature à engager sa responsabilité ;

- cette carence fautive, en ne lui permettant pas d'éviter la destruction de ses plants de maïs, a engendré un préjudice financier de 12 937 500 francs CFP et un préjudice moral de 2 000 000 francs CFP.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de la SNC Galliot et Cie.

Elle soutient qu'aucune réparation n'est due, en l'absence en l'espèce de toute faute commise, de préjudice établi, et d'un lien de causalité démontré.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- la délibération n° 334 du 11 août 1992 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 mars 2023 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Claveleau, avocat de la SNC Galliot et Cie et de Mme A, représentant le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Une note en délibéré, présentée par la Nouvelle-Calédonie, a été enregistrée le 16 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La SNC Galliot et Cie, qui avait ensemencé du maïs en octobre 2020 sur la parcelle de 27 hectares qu'elle possède sur le territoire de la commune de Boulouparis, a vu ses plants détruits par les chenilles spodoptera frugiperda, espèce invasive dont la présence en Nouvelle-Calédonie n'avait jusqu'alors pas été référencée et qui a été identifiée sur sa parcelle en décembre 2020. Faisant valoir qu'elle n'aurait pas planté de maïs et n'aurait ainsi pas eu à subir de destruction si le service d'inspection vétérinaire, alimentaire et phytosanitaire de la Nouvelle-Calédonie, qui avait été informé le 31 juillet 2020 de la possible présence de cette espèce de chenille sur une parcelle de l'agence de développement économique de la Nouvelle-Calédonie située à proximité de la sienne, lui avait transmis cette information et avait pris les mesures d'enquête et de surveillance qui s'imposaient, la SNC Galliot et Cie demande de condamner la Nouvelle-Calédonie à lui verser, sur le fondement de la responsabilité pour faute, une somme totale de 14 937 500 francs CFP à titre de réparation.

2. Aux termes de l'article 11 de la délibération du congrès du 11 août 1992 portant protection des végétaux : " La liste des organismes nuisibles et celle des fléaux des végétaux et produits végétaux susceptibles d'abriter des organismes nuisibles ainsi que les conditions particulières de lutte qui s'y rapportent sont fixées par arrêté de l'exécutif du Territoire, après avis du comité. / Le service vétérinaire et de la protection des végétaux peut notamment ordonner la mise en quarantaine, la désinfection, la désinsectisation, l'interdiction de plantation et, au besoin, la destruction par le feu ou par tout autre procédé, des végétaux existant sur le terrain envahi ou sur les terrains et locaux environnants ou dans les magasins ou lieux de stockage. / Il organise la lutte contre les fléaux. / () ". Aux termes de son article 19 : " Le service vétérinaire et de la protection des végétaux : / - collecte les informations sur l'existence, l'apparition et la propagation des organismes nuisibles des végétaux et produits végétaux. / - diffuse, sur le Territoire, les moyens de prévention et de lutte contre les organismes nuisibles pour permettre la protection raisonnée des végétaux et produits végétaux. ". Aux termes de son article 20 : " L'identification des organismes nuisibles est confiée aux laboratoires du Territoire ou à tout autre laboratoire agréé. / Le laboratoire dresse, dans les plus brefs délais, un rapport où sont consignés les résultats de l'examen. / Le propriétaire est informé des résultats d'analyse, qu'il s'agisse : / - d'une analyse de routine ; / - d'un prélèvement relatif à la réglementation territoriale ou aux échanges internationaux. / Dans ce dernier cas, main levée est aussitôt donnée pour les produits en cause si l'examen est négatif. ".

3. Il résulte de l'instruction qu'après avoir été alerté le 31 juillet 2020 par le groupement de défense du sanitaire végétal, qui relève de la chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie, de la possible présence de chenilles spodoptera frugiperda sur la parcelle de l'agence de développement économique de la Nouvelle-Calédonie située à proximité de celle de la requérante, le service d'inspection vétérinaire, alimentaire et phytosanitaire a retransmis cette information à la propriétaire de cette parcelle le 3 août 2020. Il lui a par ailleurs demandé, le 5 septembre 2020, de procéder à la destruction des végétaux situés sur cette parcelle sans attendre les résultats des analyses commanditées en vue de l'identification précise des insectes prélevés à cet endroit, ce que l'agence de développement économique de la Nouvelle-Calédonie a fait au cours des jours suivants. Il a mené en parallèle tout au long du mois d'août des visites de surveillance sur les parcelles situées dans les environs, dont une appartenant à la requérante. De telles actions ne permettent pas ici de regarder comme établie une quelconque carence fautive des services de la Nouvelle-Calédonie, même si ceux-ci n'ont alors pas spécifiquement alerté la SNC Galliot et Cie de la suspicion de présence de chenilles spodoptera frugiperda sur la parcelle de l'agence de développement économique de la Nouvelle-Calédonie. Enfin, et en tout état de cause, il résulte du rapport sur la détection du spodoptera frugiperda qui a été conjointement rédigé par l'institut de recherche pour le développement et l'institut agronomique néo-calédonien en janvier 2021, qu'aucune des analyses menées sur le territoire calédonien avant décembre 2020 n'a permis de confirmer la présence de chenilles spodoptera frugiperda, l'ensemble des chenilles prélevées entre juin et novembre 2020 appartenant à d'autres espèces. La documentation scientifique produite par les deux parties montre quant à elle que les chenilles spodoptera frugiperda ont un cycle de développement court, passant du stade d'œuf à celui d'adulte en 30 jours, et sont de surcroît une espèce extrêmement mobile, se déplaçant lorsqu'elles sont sous leur forme finale de papillon sur de longues distances pouvant aller jusqu'à 1 600 km par jour, ce qui correspond à plusieurs fois la longueur de la Grande Terre. Dans ces conditions, il n'est ici établi de façon certaine ni que des chenilles spodoptera frugiperda se trouvaient sur la parcelle voisine de celle de la requérante, ni à supposer même qu'il y ait eu de telles chenilles à cet endroit en juillet 2020, d'une part que ces chenilles aient survécu à la destruction qui a été menée en août 2020 et d'autre part que l'invasion dont a été victime l'intéressée en novembre 2020 avait nécessairement pour origine les chenilles de cette parcelle. Ainsi, aucun lien de causalité suffisamment direct et certain entre les préjudices subis et l'action de l'administration ne saurait non plus être regardé comme démontré.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la SNC Galliot et Cie n'est pas fondée à demander la condamnation de la Nouvelle-Calédonie. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SNC Galliot et Cie est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Galliot et Cie et à la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Pilven, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le rapporteur,

B. BRIQUET

Le président,

D. SABROUX

Le greffier de chambre,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

pc

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