jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2200387 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SELARL RAPHAËLE CHARLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 octobre 2022 et 28 mars 2023, la SARL Parking du sud, représentée par Me Charlier, demande au tribunal :
1°) la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre de l'impôt sur les sociétés pour l'année 2017 pour un montant de 5 070 220 francs CFP et pour un montant de 500 025 francs CFP, comprenant majorations et pénalités, de l'impôt sur le revenu des valeurs mobilières pour un montant de 378 725 francs CFP, comprenant majorations et pénalités et de la taxe de solidarité sur les services pour un montant de 1 893 601 francs CFP, comprenant majorations et pénalités ;
2°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie une somme de 400 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le paiement, par anticipation, aux propriétaires de véhicules, immatriculés 367 788 NC, 356 922 NC, 336 193 NC, 360 772 NC et 380 291 NC dans le cadre d'un dépôt-vente a été comptabilisé en charges au titre de l'année de paiement, comme un achat-revente, et était donc déductible ;
- en ce qui concerne un véhicule immatriculé 375 287 NC, le propriétaire a perçu le prix de vente, par chèque ou en liquide et cette dépense doit donc être regardée comme une charge déductible ;
- en ce qui concerne un autre véhicule, immatriculé 319 648 NC, la vente a été consentie en contrepartie de prestations de service et n'était donc pas un produit imposable ;
- elle a contracté un crédit-bail immobilier pour deux véhicules en déduisant l'intégralité du montant des loyers sans réintégrer la part considérer comme non-déductible, la limitation prévue par le 5° du IV de l'article 21 du code des impôts de la Nouvelle-Calédonie ne s'appliquant pas en l'espèce dès lors qu'elle ne concerne que les véhicules ayant la nature d'immobilisation et que les véhicules qu'elle achète doivent être regardés comme du stock.
Par un mémoire, enregistré le 2 février 2023, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les dépenses réalisées lors d'exercices antérieurs ou postérieurs à l'année 2017 ne peuvent être comptabilisées au titre de l'année 2017 dans le cadre d'un dépôt-vente, les conventions passées avec les propriétaires n'étant par ailleurs pas modifiés en achat-reventes ; les principes de la comptabilité d'engagement prévoient que les frais et charges ne peuvent être déduits que des résultats de l'exercice auquel ils sont imputables, soit celui au cours duquel est survenu leur fait générateur ;
- le montant de 750 000 francs CFP payé à la propriétaire du véhicule immatriculé 375 287 NC a été inscrit en charges sans l'appuyer d'aucun justificatif ;
- s'agissant du produit correspondant à la vente d'un véhicule immatriculé 319 648 NC d'un montant de 950 000 francs CFP, seule la somme de 740 000 francs CFP, correspondant au montant passé initialement en charges, a été réintégrée dans les produits ; en effet si les charges correspondantes ont été prises en compte en comptabilité pour ce montant, aucun produit ne l'a été, comme cela aurait dû l'être en application de l'article 18 du code des impôts de la Nouvelle-Calédonie et les compensations mentionnées par l'entreprise n'ont pas été passées en comptabilité par l'entreprise, comme cela aurait dû l'être ;
- les quotes-parts des loyers de crédit-bail de deux véhicules ont été réintégrés dans la base imposable à l'impôt sur les sociétés, dès lors que cette opération est prévue par le 5° du IV de l'article 21 du code des impôts de la Nouvelle-Calédonie pour les entreprises locataires.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 modifiée et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code des impôts de la Nouvelle-Calédonie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pilven, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Charlier avocate de la SARL Parking du sud.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Parking du sud, qui exerce une activité principale de négoce de véhicules automobiles (achat-revente et dépôt-vente de véhicules d'occasion) ainsi qu'une activité secondaire de négoce de pièces détachées, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018. Une proposition de rectification du 23 décembre 2020 lui a été adressée, au titre de l'année 2017, à laquelle elle a apporté des observations par lettre du 24 février 2021. Elle a été imposée au titre de l'année 2017 pour un montant total de 5 070 220 francs CFP et de 500 025 francs CFP au titre de l'impôt sur les sociétés, de 1 893 601 francs CFP au titre de la taxe de solidarité sur les services et de 378 725 francs CFP au titre de l'impôt sur le revenu des valeurs mobilières. Sa réclamation du 8 mars 2022 a fait l'objet d'une décision de rejet de l'administration du 18 août 2022. La société requérante demande la décharge de la somme totale de 7 842 571 francs CFP, au titre de l'impôt sur les sociétés, de l'impôt sur le revenu des valeurs mobilières et de la taxe de solidarité sur les services.
2. Aux termes de l'article 21 du code des impôts de la Nouvelle-Calédonie : " I- Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges à condition () de correspondre à une charge effective et d'être appuyées de justifications suffisantes () ".
3. La société requérante soutient que, s'agissant de quatre véhicules, ayant fait l'objet de dépôt-vente, elle a réalisé l'achat et le paiement de ces véhicules par anticipation à la fin de l'année 2017 alors que la vente n'a eu lieu qu'au début de l'année 2018 et que pour un cinquième véhicule la vente a eu lieu en 2016 et le paiement en 2017, de telle sorte que ces opérations doivent être regardées comme un achat-revente, permettant de comptabiliser la charge au titre de l'année de paiement de ces véhicules, soit l'année 2017. Toutefois, en l'absence de modifications des clauses des conventions de dépôt-vente avec les propriétaires de ces véhicules, ces charges ne peuvent être déduites que des résultats de l'exercice auquel elles sont imputables, correspondant à celui au cours duquel la livraison des biens a eu lieu, soit 2016 pour un véhicule et 2018 pour quatre véhicules et non à l'année de paiement de ces achats.
4. La SARL Parking du Sud a inscrit en charges le montant de 2 100 000 francs CFP versé à un propriétaire de véhicule à l'issue de vente de celui-ci alors qu'elle ne produit comme justificatif qu'un versement par chèque d'un montant de 1 350 000 francs CFP. En l'absence de tout justificatif permettant d'établir que le solde du prix avait été réglé à ce propriétaire, l'administration a pu à bon droit réintégrer la somme de 750 000 francs CFP dans la base imposable à l'impôt sur les sociétés.
5. Par ailleurs, la société requérante n'a pas comptabilisé en produit une somme de 950 000 francs CFP au motif que la cession du véhicule avait donné lieu à une prestation de service en contrepartie de la vente. En l'absence de factures correspondant à la vente de ce véhicule pour un montant équivalent, comptabilisées en produit, l'administration fiscale était fondée à réintégrer cette somme en la limitant au montant du redressement initialement notifié à la société requérante.
6. Enfin, aux termes du IV de l'article 21 du code des impôts de la Nouvelle-Calédonie : " Sont exclues des charges déductibles : () 5°/ Les opérations de crédit-bail ou de location, par contrat conclu à compter du 1er août 1987, à l'exception des locations de courte durée n'excédant pas trois mois non renouvelables, portant sur des voitures particulières, pour la part du loyer supportée par le locataire et correspondant à l'amortissement pratiqué par le bailleur pour la fraction du prix d'acquisition du véhicule excédant 3.000.000 de francs. () ".
7. La société requérante a conclu un contrat de crédit-bail pour deux véhicules en déduisant l'intégralité du montant des loyers sans réintégrer la part non-déductible en estimant que les deux véhicules loués ne peuvent être regardés comme des immobilisations mais constituent des éléments de son stock. Toutefois, en application des dispositions du 5° du IV de l'article 21 du code des impôts de la Nouvelle-Calédonie, il appartient aux entreprises locataires de réintégrer comptablement à leur résultat fiscal la part des loyers qu'elles ont supportés, relatif à la fraction du prix d'acquisition du véhicule excédant 3 000 000 francs CFP.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la demande de décharge de la société requérante ne peut qu'être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Parking du sud est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Parking du sud et au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Pilven, premier conseiller,
M. Briquet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
SIGNÉ
J-E. PILVENLe président,
SIGNÉ
D. SABROUXLe greffier de chambre,
SIGNÉ
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
cb
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