jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2200447 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | JURISCAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2022, Mme D B, représentée par Me Chatain, demande au tribunal :
1°) d'ordonner, avant-dire droit, une expertise afin de déterminer et chiffrer l'ensemble des chefs de préjudice subis à la suite de l'intervention dont elle a fait l'objet le 13 juin 2016 au centre hospitalier du Nord ;
2°) de condamner le centre hospitalier du Nord à lui verser, à titre de provision, une somme de 1 000 000 francs CFP ;
3°) de mettre les dépens à la charge du centre hospitalier du Nord, ainsi qu'une somme de 400 000 francs CFP à verser à son avocat, conformément aux articles L. 761-1 du code de justice administrative et 24-1 de la délibération n° 482 du 13 juillet 1994 réformant l'aide judiciaire.
Elle soutient que :
- la sage-femme qui a retiré son implant le 13 juin 2016 a commis une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier du Nord en procédant à une incision perpendiculaire à l'implant, alors que cette incision aurait dû être parallèle ;
- cette incision fautive a coupé l'implant en deux, ce qui a conduit à une lésion du nerf cubital gauche et aux préjudices qu'elle a subis ;
- une expertise doit être ordonnée pour déterminer l'étendue de l'ensemble des préjudices subis ;
- la faute commise conduira, dans l'immédiat, à l'allocation d'une provision d'1 000 000 francs CFP, dans l'attente des résultats de l'expertise qui sera prononcée.
Par un mémoire enregistré le 14 février 2023, la caisse de compensation des prestations familiales, des accidents du travail et de prévoyance des travailleurs de Nouvelle-Calédonie (CAFAT), indique ne pas s'opposer à ce qu'une expertise avant-dire droit soit ordonnée.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'engagement de la responsabilité du fait des produits défectueux, l'implant posé au centre hospitalier du Nord le 18 février 2014 n'étant en tout état de cause pas censé se briser à l'intérieur du corps de la patiente.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2023, le centre hospitalier du Nord et son assureur, la société hospitalière des assurances mutuelles, représentés par Me Loste, concluent au rejet de la requête de Mme B et demandent qu'une somme de 250 000 francs CFP soit mise à la charge de cette dernière au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est irrecevable, faute d'une décision ayant lié le contentieux ;
- aucune réparation n'est due.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code de la santé publique ;
- la délibération n° 482 du 13 juillet 1994 ;
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000, et notamment son article 19 ;
- l'ordonnance n° 2015-1341 du 23 octobre 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 mai 2023 :
- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chatain, avocat de Mme B et de Me Blaise avocat du centre hospitalier du Nord et de la société hospitalière d'assurances mutuelles.
Considérant ce qui suit :
1. Motivée par un désir de maternité, Mme B a voulu retirer en 2016 l'implant contraceptif qui avait été posé en 2014 sous la peau de la face interne de son bras gauche. Toutefois, dès le lendemain de l'ablation de cet implant, qui a été réalisée par une sage-femme le 13 juin 2016, Mme B est retournée consulter en se plaignant d'une paralysie de deux de ses doigts. A alors été diagnostiquée une lésion du nerf cubital gauche, qui a ensuite conduit le 1er septembre 2016 à une résection du nerf ulnaire gauche au tiers moyen du bras, accompagnée d'une transposition antérieure du nerf sous-cutané. Estimant que les séquelles dont elle a été victime étaient dues à une faute commise par la sage-femme lors du retrait de l'implant, Mme B demande au tribunal d'ordonner avant-dire droit une expertise médicale afin de déterminer l'étendue des préjudices subis après consolidation et de lui attribuer dans l'attente du rapport de l'expert une provision de 1 000 000 francs CFP.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () "
3. Il résulte, par ailleurs, du principe de sécurité juridique que le destinataire d'une décision administrative individuelle qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique qui, s'ils doivent être précédés d'une réclamation auprès de l'administration, ne tendent pas à l'annulation ou à la réformation de la décision rejetant tout ou partie de cette réclamation mais à la condamnation de la personne publique à réparer les préjudices qui lui sont imputés. La prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est alors assurée par les règles de prescription.
4. Il résulte de l'instruction que Mme B a présenté au centre hospitalier du Nord une demande préalable le 8 octobre 2019, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet deux mois plus tard. Sa demande n'ayant pas donné lieu à un accusé de réception mentionnant les délais et voies de recours, les délais de recours ne lui étaient pas opposables. Par ailleurs, et contrairement à ce qui est allégué en défense, l'intervention du jugement n° 2000020 du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie du 24 décembre 2020 n'imposait pas la présentation d'une nouvelle demande préalable, dès lors que ce jugement s'est borné à rejeter la demande de provision présentée sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative par Mme B, et n'a ainsi pas définitivement tranché sa demande au fond. Dans ces conditions, le centre hospitalier du Nord et la société hospitalière des assurances mutuelles ne sont pas fondés à soutenir que la requête du 30 décembre 2022 serait irrecevable, faute d'une décision ayant lié le contentieux.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
5. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. / (). ".
6. Le tribunal ne dispose pas, en l'état de l'instruction, de suffisamment d'éléments lui permettant d'apprécier la réalité de la faute invoquée par Mme B, le rapport d'expertise réalisé le 15 décembre 2017 par le docteur C faisant à la fois état d'une " maladresse de la part de la sage-femme " et d'une ablation qui n'a " pas tout à fait " été accomplie dans les règles de l'art, tandis que le rapport rédigé le 12 décembre 2017 par le docteur A, médecin expert mandaté par la compagnie assurant le centre hospitalier du Nord, indique quant à lui qu'" il est indéniable que le centre hospitalier du Nord a fait procéder à l'ablation de [l'implant] de Mademoiselle D B selon les règles et qu'elle a bénéficié de soins attentifs, diligents et conformes à l'état des connaissances médicales actuelles ". Aucun de ces rapports ne permet par ailleurs au tribunal de déterminer si la circonstance que l'implant contraceptif se soit brisé lors du retrait et ait dû être extirpé en deux morceaux est due aux gestes de la sage-femme ou au caractère défectueux de cet implant. Enfin, les rapports susmentionnés ont été établis à une date où l'état de santé de Mme B n'était pas encore consolidé et ne permettent ainsi pas d'apprécier toute l'étendue des préjudices subis. Dans ces conditions, avant de statuer sur la requête indemnitaire de Mme B, il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, d'ordonner une expertise aux fins précisées ci-après, tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas statué par le présent jugement étant réservés jusqu'en fin d'instance.
Sur la demande de provision :
7. Compte tenu de ce qui vient d'être indiqué quant à l'état de l'instruction, qui justifie le recours à une nouvelle expertise médicale, l'obligation dont se prévaut Mme B à l'égard du centre hospitalier du Nord ne peut être regardée comme présentant un caractère non sérieusement contestable. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de Mme B tendant à la condamnation du centre hospitalier du Nord à lui verser une provision.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions à fin de provision présentées par Mme B sont rejetées.
Article 2 : Avant de statuer sur le surplus des conclusions de la requête de Mme B, il sera procédé à une expertise médicale.
Article 3 : L'expert aura pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier du Nord ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme B ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé de Mme B et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier territorial du Nord, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement à compter du 13 juin 2016 ; décrire l'état de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme B et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier du Nord ;
4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge de Mme B ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme B et des complications dont elle souffre depuis ses hospitalisations ;
5°) déterminer si le dommage corporel constaté est en lien avec une défectuosité de l'implant contraceptif posé le 18 février 2014 ou s'il est dû aux interventions pratiquées au sein de centre hospitalier du Nord ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement ;
6°) dire si l'état de Mme B a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;
7°) indiquer à quelle date l'état de Mme B peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;
8°) dire si l'état de Mme B est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
9°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;
10°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme B.
Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre, d'une part, Mme D B et la caisse de compensation des prestations familiales, des accidents du travail et de prévoyance des travailleurs de Nouvelle-Calédonie et, d'autre part, le centre hospitalier du Nord et la société hospitalière des assurances mutuelles.
Article 5 : L'expert sera désigné par le président du tribunal administratif. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires, dans un délai de trois mois à compter de sa désignation. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 7 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, au centre hospitalier du Nord, à la société hospitalière des assurances mutuelles, et à la caisse de compensation des prestations familiales, des accidents du travail et de prévoyance des travailleurs de Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Briquet, premier conseiller,
M. Pilven, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
Le rapporteur,
B. BRIQUETLe président,
D. SABROUXLe greffier,
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
nd
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026