vendredi 3 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2200448 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 décembre 2022 et le 16 août 2023,
M. C A demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 31 773 240 francs CFP, majorée des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices engendrés par les illégalités commises lors de sa nomination en tant qu'agent comptable principal de l'office des postes et télécommunications de Nouvelle-Calédonie, du refus de prorogation qui lui a été opposé, et de la fin de ses fonctions ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 250 000 francs CFP sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie a commis des fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat, en le nommant pour une durée limitée, en refusant de proroger sans motif valable ses fonctions le 17 avril 2018, et en ne prenant aucune décision formelle de fin de fonctions ;
- ces fautes ont engendré un préjudice financier de 26 773 240 francs CFP, correspondant à la différence de traitement et de primes entre ses fonctions d'agent comptable et celles de chargé de mission depuis mai 2018 jusqu'à son départ en retraite en 2026, ainsi qu'un préjudice moral de 5 000 000 francs CFP.
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Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de M. A.
Il soutient que :
- l'autorité de chose jugée attachée à l'arrêt n° 19PA03447 de la cour administrative d'appel de Paris du 5 janvier 2022 s'oppose à ce qu'il puisse introduire une action indemnitaire contre l'Etat ;
- en tout état de cause, aucune réparation n'est due. Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le décret n° 2002-716 du 2 mai 2002 ;
- la délibération n° 234 du 13 décembre 2006 ;
- la délibération n° 44 du 22 décembre 2009 ;
- la délibération n° 357 du 24 avril 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 octobre 2023 :
- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de M. B représentant le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, agent du corps des cadres spécialistes d'exploitation des postes et télécommunications de Nouvelle-Calédonie, a été nommé agent comptable principal de l'office des postes et télécommunications de Nouvelle-Calédonie (OPT-NC) pour une durée de trois ans à compter du 1er décembre 2014 par un arrêté du haut-commissaire de la République du 26 novembre 2014, sur proposition du conseil d'administration de l'OPT-NC et après avis favorable du directeur des finances publiques du 19 septembre 2014. Après la prorogation de ses fonctions pour une durée de trois mois par arrêté du haut-commissaire de la République du 30 novembre 2017, et pour encore deux mois par arrêté du 28 février 2018, il a été nommé chargé de mission auprès du directeur à compter du 1er mai 2018 par une décision du 7 mai 2018. Après avoir vainement demandé à l'OPT-NC de l'affecter sur un autre emploi, et de l'indemniser des préjudices résultant des conditions dans lesquelles il a été mis fin à ses fonctions d'agent comptable, il a saisi le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie puis la cour administrative d'appel de Paris d'un recours tendant notamment à la condamnation de l'OPT-NC à réparer les préjudices causés par les illégalités commises par celui-ci. Par un arrêt n° 19PA03447 du 5 janvier 2022 la cour administrative d'appel de Paris a estimé qu'en émettant le 23 septembre 2014 une proposition de nomination à durée limitée sur le poste d'agent comptable principal de l'office alors qu'aucun texte ni aucun principe ne prévoyaient de limitation de durée pour l'exercice de telles fonctions, l'OPT-NC avait commis une faute qui avait contribué pour moitié aux préjudices financier et moral que représente la perte d'une chance sérieuse d'exercer ces fonctions pendant une plus longue durée, l'autre moitié étant due à la nomination pour trois ans prononcée par le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie à la suite de cette
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proposition de l'OPT-NC. Elle a en conséquence condamné l'OPT-NC à verser à M. A une somme de 10 000 euros, tous intérêts compris, à raison de cette faute et eu égard au partage de responsabilité entre l'OPT-NC et l'Etat. M. A demande à présent au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices engendrés par les fautes que celui-ci a lui-même commis.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne l'exception de chose jugée opposée en défense :
2. Il résulte de l'instruction que si l'Etat était observateur dans le cadre de l'instance ayant conduit à l'arrêt n° 19PA03447 de la cour administrative d'appel de Paris, et si la cause juridique invoquée était également celle de la faute, cette instance tendait néanmoins à la condamnation d'une autre personne que celle visée dans le présent litige, afin d'obtenir réparation de préjudices engendrés par des illégalités fautives distinctes, qui résultaient au demeurant d'actes différents. Dès lors, les deux instances ne sauraient en tout état de cause être regardées comme présentant une identité d'objet. Dans ces conditions, l'Etat n'est pas fondé à opposer l'exception de chose jugée pour faire obstacle à l'action indemnitaire dirigée à son encontre.
En ce qui concerne le fait générateur :
Quant à la faute commise dans l'exercice du pouvoir de nomination :
3. Aux termes de l'article 209-25 de la loi organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie : " Un décret fixe, pour les établissements publics à caractère industriel et commercial de la Nouvelle-Calédonie et des provinces et pour les établissements publics à caractère industriel et commercial interprovinciaux, des règles d'organisation financière et comptable adaptées à la nature de leur activité. / () ". Aux termes de l'article 2 du décret n° 2002-716 du 2 mai 2002 portant organisation comptable et financière de l'office des postes et télécommunications de la Nouvelle-Calédonie : " L'agent comptable principal est nommé par le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, sur proposition du conseil d'administration, après avis du trésorier-payeur général. / () ".
4. Il résulte de l'instruction que, lors de la période en litige, aucune disposition légale ou réglementaire, ni aucun principe, ne prévoyaient de limitation de durée pour l'exercice des fonctions d'agent comptable au sein de l'OPT-NC. Par suite, M A est fondé à soutenir qu'en le nommant, par son arrêté du 26 novembre 2014, en tant qu'agent comptable principal de l'OPT-NC pour une durée limitée à trois ans, le haut-commissaire de la République en Nouvelle- Calédonie a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, quand bien même cette nomination pour une durée limitée serait le fruit d'une proposition de l'OPT-NC. Par une telle faute, l'Etat a concouru, dans une proportion qu'il y a lieu de fixer à la moitié, aux préjudices financier et moral que représente la perte d'une chance sérieuse d'exercer ces fonctions pendant une plus longue durée.
Quant aux autres fautes invoquées :
5. Aux termes de l'article 30 de la délibération n° 44 du 22 décembre 2009 fixant le régime indemnitaire et la rémunération attachée aux emplois fonctionnels des agents de l'office des postes et télécommunications de la Nouvelle-Calédonie : " Les agents fonctionnaires exerçant les fonctions suivantes sont détachés sur les grilles indiciaires telles que prévues par la délibération n° 234 du 13 décembre 2006 portant dispositions particulières à certains emplois
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administratifs de direction des collectivités et établissements publics de Nouvelle-Calédonie comme suit : / () / - agent comptable et secrétaire général adjoint : grille C ; / () / Les modalités de recrutement et de fin de fonctions sont celles prévues par la délibération n° 234 du
13 décembre 2006 susvisée. ". Aux termes de l'article 11 de la délibération n° 234 du 13 décembre 2006 portant dispositions particulières à certains emplois administratifs de direction des collectivités et établissements publics de Nouvelle-Calédonie : " Sauf accord des deux parties, il ne peut être mis fin aux fonctions des agents fonctionnaires occupant les emplois mentionnés aux articles 2 et 3 de la présente délibération qu'après un délai de six mois suivant leur nomination dans l'emploi. La fin des fonctions de ces agents est précédée d'un entretien entre l'autorité investie du pouvoir de nomination ou son représentant et l'intéressé et fait l'objet d'une information, selon les cas, du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, de l'assemblée de province, du conseil municipal, du conseil d'administration ; elle prend effet le premier jour du troisième mois suivant cette information. / Ces dispositions ne sont pas applicables aux agents occupant l'un des postes des emplois énumérés à l'article 132 de la loi organique du 19 mars 1999 susvisée (3). ".
6. Il résulte de l'instruction que la troisième prorogation de fonctions sollicitée le 30 mars 2018 par le directeur général de l'OPT-NC pour la période allant du 1er mai au 6 juin 2018 avait pour seul objet de se conformer au délai de trois mois suivant l'information du conseil d'administration, qui est fixé à propos de la prise d'effet de la fin de fonctions par l'article 11 de la délibération n° 234 du 13 décembre 2006 et qui était rendu applicable aux agents comptables de l'OPT-NC par l'article 30 de la délibération n° 44 du 22 décembre 2009. Toutefois, le haut- commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie n'a ici commis aucune erreur de droit, en estimant que l'article 30 de la délibération n° 44 du 22 décembre 2009 contrevenait sur ce point à la loi organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie, dès lors que le régime comptable et financier des collectivités publiques et de leurs établissements publics relevait toujours de la compétence exclusive de l'Etat, en vertu du 10° de l'article 21 de cette loi organique et en l'absence d'adoption par le congrès de Nouvelle-Calédonie d'une résolution tendant à ce que cette compétence lui soit transférée par application de l'article 27 de cette même loi. Par suite, les modalités de recrutement et de fin de fonctions de l'agent comptable principal de l'OPT-NC demeuraient intégralement régies par le décret n° 2002-716 du 2 mai 2002, conformément à l'article 209-25 de la loi organique du 19 mars 1999, et nonobstant les termes contraires de l'article 30 de la délibération n° 44 du 22 décembre 2009. Le refus de prorogation, opposé le 17 avril 2018 pour ce motif, n'est ainsi pas en lui-même entaché d'une illégalité fautive, dès lors que le décret n° 2002-716 du 2 mai 2002 n'impose aucun délai à respecter avant la prise d'effet de la fin de fonctions.
7. Si le requérant fait valoir que sa fin de fonctions aurait dû être formalisée par une décision expresse du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, le décret n° 2002-716 du 2 mai 2002 ne l'impose pas. Par ailleurs, l'existence d'un terme précis, aussi bien dans l'arrêté de nomination que dans les arrêtés de prorogation successifs, se suffisait à elle- même. La fin de fonctions prenait ainsi effet à l'expiration de la durée qui avait été déterminée dès l'origine par ces actes, sans qu'il soit nécessaire de formaliser cette expiration par une décision expresse.
En ce qui concerne les préjudices :
8. Si l'agent placé en position de détachement ne peut se prévaloir d'un droit à ce que ce détachement aille au terme de sa durée légale, la faute commise par l'Etat dans l'exercice de son pouvoir de proposition a concouru à la perte d'une chance sérieuse, pour M. A, auquel aucun reproche n'était fait sur sa manière de servir, d'exercer plus longtemps ses fonctions
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d'agent comptable. Par ailleurs M. A est fondé à soutenir que les conditions d'incertitude dans lesquelles l'ont placé les deux décisions successives lui confiant l'interim de son poste lui ont causé un préjudice moral. Dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu du partage de responsabilité entre l'OPT-NC et l'Etat, il sera fait une juste appréciation de ces préjudices en condamnant l'Etat à verser à M. A une somme de 10 000 euros, tous intérêts compris.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par
M. A, lequel n'a, au demeurant, pas eu recours au ministère d'un avocat et ne fait état d'aucun frais spécifiquement exposé dans le cadre de la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 10 000 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, et à l'office des postes et télécommunications de Nouvelle- Calédonie.
Délibéré après l'audience du 26 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Briquet, premier conseiller,
M. Prieto, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.
Le rapporteur,
SIGNE
B. BRIQUET
Le président,
SIGNE
D. SABROUX
La greffière,
SIGNE
C. BERTHELOT
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026