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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300089

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300089

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300089
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS ROYANEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Pharmacie de la Vallée du Tir, représentée par Me Elmosnino, demande au tribunal :

1°) de condamner le syndicat mixte des transports urbains du Grand Nouméa (SMTU) à lui verser une somme de 30 900 000 francs CFP, en réparation des dommages engendrés par la réalisation du réseau de transport en commun " Néobus " ;

2°) de mettre les dépens à la charge du SMTU ;

3°) de mettre à la charge du SMTU une somme de 500 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la réalisation du réseau de transport en commun " Néobus " a engendré des gènes et nuisances devant entraîner l'engagement de la responsabilité sans faute du SMTU ;

- son préjudice, qui présente un caractère grave et spécial, a été évalué par les rapports d'expertise à 30 900 000 francs CFP.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le syndicat mixte des transports urbains du Grand Nouméa, représenté par la SELARL Royanez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 200 000 francs CFP soit mise à la charge de la SARL Pharmacie de la Vallée du Tir au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucune réparation n'est due, en l'absence de lien de causalité entre l'opération de travaux publics et les dommages invoqués, de préjudice grave et spécial, et de preuve d'un préjudice suffisamment direct et certain.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 1800165 du 27 juillet 2018 par laquelle le président du tribunal, statuant en qualité de juge des référés, a ordonné une expertise ;

- les rapports de l'expert et de son sapiteur, enregistrés le 20 mai 2021 au greffe du tribunal ;

- l'ordonnance n° 1800165-1 du 21 mai 2021 par laquelle le président du tribunal, statuant en qualité de juge des référés, a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert et de son sapiteur à la somme de 794 000 francs CFP et les a mis à la charge provisoire de la SARL Pharmacie de la Vallée du Tir.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mai 2023 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Elmosnino avocat de la SARL Pharmacie de la Vallée du Tir et de Me Pautonnier de la SELARL d'avocats Royanez avocat du SMTU.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Pharmacie de la Vallée du Tir demande au tribunal de condamner le SMTU à lui verser une somme de 30 900 000 francs CFP, en réparation des dommages engendrés par la réalisation du réseau de transport en commun " Néobus ", qui a nécessité des travaux dans la partie centrale de la rue Unger à proximité de des locaux de l'intéressée pendant la période allant du 21 août 2017 au 5 octobre 2018 et a entraîné une modification du sens de la circulation.

2. Il appartient au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués et, d'autre part, le caractère grave et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général.

3. Lorsqu'il est saisi par un requérant, qui s'estime victime d'un dommage de travaux publics, de conclusions indemnitaires à raison d'un préjudice grave et spécial, il appartient au juge administratif de porter une appréciation globale sur l'ensemble des chefs de dommages allégués.

4. Si, en principe, les modifications apportées à la circulation générale et résultant soit de changements effectués dans l'assiette, la direction ou l'aménagement des voies publiques, soit de la création de voies nouvelles, ne sont pas de nature à ouvrir droit à indemnité, il en va autrement dans le cas où ces modifications ont pour conséquence d'interdire ou de rendre excessivement difficile l'accès des riverains à la voie publique.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment des deux rapports réalisés respectivement par l'expert ingénieur de génie civil et son sapiteur expert-comptable, que les travaux, qui devaient initialement durer six mois, ont affecté la zone en cause pendant un peu plus de quatorze mois, en raison notamment de la découverte d'une canalisation qui figurait sur le plan d'assainissement mais n'avait pas été prise en compte et qui a entraîné un arrêt du chantier pendant plusieurs mois, le temps qu'il soit décidé de remplacer cette canalisation. Au cours de cette période, la pharmacie exploitée par la requérante a été affectée de multiples nuisances, tenant à une réduction des places de stationnement à proximité, au maintien prolongé d'une zone de chantier rendant les lieux moins attractifs, et à un accès pour les piétons à la pharmacie qui, s'il demeurait praticable pour des personnes valides, a été néanmoins pendant plusieurs mois complexe pour les personnes malades ou à mobilité réduite. Par ailleurs, le chiffre d'affaire sur les ventes réalisées au comptoir de cette pharmacie pendant la période allant du 1er juillet 2017 au 30 septembre 2018 a été de 239 453 092 francs CFP, contre 265 899 753 francs CFP lors de la période allant du 1er avril 2016 au 30 juin 2017, soit une diminution de 11 % qui a ensuite perduré alors que le chiffre d'affaire avait été en augmentation constante en 2015 et 2016. L'ensemble de ces nuisances subies par la requérante, la durée indûment longue pendant laquelle elles ont perduré, marquée notamment par cinq mois d'inactivité du chantier, et leur impact financier, sont ici de nature à caractériser l'existence d'un préjudice grave et spécial, sans que le SMTU puisse utilement faire valoir qu'une partie des retards ne lui était pas imputable, le fait du tiers n'étant pas exonératoire.

6. La circonstance, quant à elle, que la mise en place du " Néobus " a entraîné une modification du sens de la circulation, la rue Unger étant désormais à sens unique, n'est pas de nature à ouvrir droit à indemnité, dès lors que cette modification n'a pas ici eu pour conséquence d'interdire ou de rendre excessivement difficile l'accès des riverains à la voie publique.

Sur le montant de la réparation :

7. Le manque à gagner subi par une entreprise commerciale du fait de la réalisation de travaux publics ne saurait être calculé en fonction de la marge commerciale de cette entreprise, mais doit l'être en fonction de sa marge nette, le manque à gagner indemnisable étant égal à la perte de bénéfice net subie du fait des travaux.

8. Si l'expert-comptable, dans son rapport, évalue le manque à gagner de la requérante à 25 527 francs CFP par jour lors de la période des travaux, il retient néanmoins pour ce faire un taux de marge brute de 41,19 %, alors que le manque à gagner doit être calculé en fonction de la marge nette. Au vu des pièces du dossier, il sera fait une juste appréciation dudit taux de marge nette de 20 %, et, par suite, il y a ici lieu d'évaluer le manque à gagner à 5 289 332 francs CFP au titre de la période des travaux, qui va du 21 août 2017 au 5 octobre 2018.

Sur les dépens :

9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du SMTU les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 794 000 francs CFP par l'ordonnance n° 1800165 du président du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie du 21 mai 2021.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du SMTU une somme de 180 000 francs CFP au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens. Les mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la requérante qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le SMTU est condamné à verser à la SARL Pharmacie de la Vallée du Tir une somme de 5 289 332 francs CFP.

Article 2 : Le SMTU versera une somme de 180 000 francs CFP à la SARL Pharmacie de la Vallée du Tir au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les frais et honoraires d'expertise taxés et liquidés à la somme de 794 000 francs CFP sont mis à la charge du SMTU.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Pharmacie de la Vallée du Tir et au syndicat mixte des transports urbains du Grand Nouméa.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Pilven, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le rapporteur,

B. BRIQUETLe président,

D. SABROUX Le greffier de chambre,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

cb

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