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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300092

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300092

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300092
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS ROYANEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Alden 5, représentée par Me Elmosnino, demande au tribunal :

1°) de condamner le syndicat mixte des transports urbains du Grand Nouméa (SMTU) à lui verser une somme de 42 500 000 francs CFP, en réparation des dommages engendrés par la réalisation du réseau de transport en commun " Néobus " ;

2°) de mettre les dépens, d'un montant de 750 000 francs CFP, à la charge du SMTU ;

3°) de mettre à la charge du SMTU une somme de 500 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la réalisation du réseau de transport en commun " Néobus " a engendré des gènes et nuisances devant entraîner l'engagement de la responsabilité sans faute du SMTU ;

- son préjudice, qui présente un caractère grave et spécial, a consisté en une perte de marge brute de 15 000 000 francs CFP pendant la période des travaux et en une diminution de la viabilité de l'activité économique à l'issue des travaux évaluable à 27 500 000 francs CFP.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le syndicat mixte des transports urbains du Grand Nouméa, représenté par la SELARL Royanez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 200 000 francs CFP soit mise à la charge de la SARL Alden 5 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucune réparation n'est due, en l'absence de lien de causalité entre l'opération de travaux publics et les dommages invoqués, de préjudice grave et spécial, et de preuve d'un préjudice suffisamment direct et certain.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 1800273 du 25 octobre 2018 par laquelle le président du tribunal, statuant en qualité de juge des référés, a ordonné une expertise ;

- les rapports de l'expert et de son sapiteur, respectivement enregistrés le 4 juin 2021 et le 21 juin 2021 au greffe du tribunal ;

- l'ordonnance n° 1800273-1 du 22 juin 2021 par laquelle le président du tribunal, statuant en qualité de juge des référés, a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert et de son sapiteur à la somme de 771 605 francs CFP et les a mis à la charge provisoire de la SARL Alden 5.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mai 2023 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Elmosnino avocat de la SARL Alden 5 et de Me Pautonnier de la SELARL d'avocats Royanez, avocat de la SMTU.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Alden 5 demande au tribunal de condamner le SMTU à lui verser une somme de 42 500 000 francs CFP, en réparation des dommages engendrés par la réalisation du réseau de transport en commun " Néobus ", qui a nécessité des travaux dans les rues de l'Alma et d'Austerlitz pendant la période allant du 3 juillet 2017 au 30 novembre 2018 et a rendu piétonne la rue dans laquelle se trouvait son commerce.

2. Il appartient au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués et, d'autre part, le caractère grave et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général.

3. Lorsqu'il est saisi par un requérant, qui s'estime victime d'un dommage de travaux publics, de conclusions indemnitaires à raison d'un préjudice grave et spécial, il appartient au juge administratif de porter une appréciation globale sur l'ensemble des chefs de dommages allégués.

4. Si, en principe, les modifications apportées à la circulation générale et résultant soit de changements effectués dans l'assiette, la direction ou l'aménagement des voies publiques, soit de la création de voies nouvelles, ne sont pas de nature à ouvrir droit à indemnité, il en va autrement dans le cas où ces modifications ont pour conséquence d'interdire ou de rendre excessivement difficile l'accès des riverains à la voie publique.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment des deux rapports réalisés respectivement par l'expert ingénieur de génie civil et son sapiteur expert-comptable, que les travaux en cause se sont déroulés selon le calendrier prévu, aucun jour de retour de retard n'ayant été recensé. Par ailleurs ces travaux, s'ils ont engendré des nuisances telles que des poussières et un accès à la zone perturbé, ont duré moins de deux semaines devant l'entrée du magasin en litige et n'ont entraîné un blocage total de celle-ci que pendant 2 jours. Enfin, ils n'ont fait que renforcer la perte de chiffre d'affaire de la société requérante, qui avait débuté dès 2014 et s'observait depuis lors de façon constante chaque année. Dans ces conditions, lesdits travaux ne sauraient être regardés comme ayant engendré un préjudice grave et spécial.

6. La circonstance, quant à elle, que la mise en place du " Néobus " a entraîné une piétonisation de la rue dans laquelle se trouvait le magasin de l'intéressée n'est pas de nature à ouvrir droit à indemnité, dès lors que cette modification n'a pas ici eu pour conséquence d'interdire ou de rendre excessivement difficile l'accès à ce magasin, eu égard à son activité qui est la vente de valises, laquelle n'est pas subordonnée à la possibilité d'un accès automobile immédiat, contrairement à ce qu'allègue son gérant.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation de la SARL Alden 5 doivent être rejetées.

Sur les dépens :

8. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Alden 5 les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 771 605 francs CFP par l'ordonnance n° 1800273-1 du président du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie du 22 juin 2021.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Alden 5 une somme de 180 000 francs CFP au titre des frais exposés par le SMTU et non compris dans les dépens. Les mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge du SMTU qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Alden 5 est rejetée.

Article 2 : La SARL Alden 5versera une somme de 180 000 francs CFP au SMTU au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les frais et honoraires d'expertise taxés et liquidés à la somme de 771 605 francs CFP sont mis à la charge de la SARL Alden 5.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Alden 5 et au syndicat mixte des transports urbains du Grand Nouméa.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Pilven, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le rapporteur,

B. BRIQUETLe président,

D. SABROUXLe greffier de chambre,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

cb

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