jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2300224 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SELARL RAPHAËLE CHARLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 avril 2023, le 29 novembre 2023, et le 21 avril 2024, M. A B, représenté par la SELARL d'avocats Royanez, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement la Nouvelle-Calédonie et la province Sud à lui verser une somme totale de 16 265 906 francs CFP en réparation des conséquences dommageables du défaut d'entretien du cours d'eau situé en contrebas de sa propriété ;
2°) de mettre solidairement à la charge de la Nouvelle-Calédonie et de la province Sud une somme de 250 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en n'entretenant pas le terrain situé en contrebas, alors qu'elles avaient obligation de le faire, la Nouvelle-Calédonie et la province Sud ont commis une faute de nature à engager leur responsabilité ;
- cette faute devra entraîner l'octroi d'une somme de 10 601 219 francs CFP au titre des travaux de confortement du talus, de 5 093 707 francs CFP au titre de la reprise du parking emporté ainsi que du four à bois, de 70 980 francs CFP au titre des frais d'huissier et de géomètres exposés, et de 500 000 francs CFP au titre de la perte de jouissance de son terrain.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 septembre 2023, le 3 avril 2024, et le 3 mai 2024, la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de M. B.
Elle soutient qu'aucune réparation n'est due.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 janvier 2024 et le 4 mai 2024, la province Sud, représentée par Me Charlier, conclut à titre principal au rejet de la requête de M. B, à titre subsidiaire à ce que soit ordonnée une expertise, afin de déterminer les causes de l'affaissement du terrain de M. B, et en tout état de cause à ce qu'une somme de 300 000 francs CFP soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucune réparation n'est due.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- la délibération n° 105 du 9 août 1968 ;
- la délibération n° 238/CP du 18 novembre 1997 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 :
- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chamoun avocat de M. B, de Mme C représentant le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et de Me Charlier avocat de la province Sud.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est propriétaire sur le territoire de la commune du Mont-Dore d'un terrain, près duquel s'écoule un cours d'eau en contrebas. Cette propriété a subi d'importants dégâts le 3 février 2021 lors du passage de la dépression tropicale forte Lucas, le talus situé en bordure du terrain s'étant effondré, emportant avec lui le four à bois situé au-dessus ainsi qu'un ouvrage de franchissement de la rivière. Estimant que ce glissement de terrain est dû à un défaut d'entretien du cours d'eau, M. B demande au tribunal de condamner solidairement la Nouvelle-Calédonie et la province Sud à lui verser une somme totale de 16 265 906 francs CFP en réparation des préjudices subis.
2. Aux termes de l'article 44 de la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie : " Le domaine de la Nouvelle-Calédonie comprend notamment, sauf lorsqu'ils sont situés dans les terres coutumières : les biens vacants et sans maître, y compris les valeurs, actions et dépôts en numéraire atteints par la prescription dans les délais prévus pour l'Etat, ceux des personnes qui décèdent sans héritier ou dont les successions ont été abandonnées. / Il comprend également, sous réserve des droits des tiers et sauf lorsqu'ils sont situés dans les terres coutumières, les cours d'eau, lacs, eaux souterraines et sources. ".
3. Aux termes de l'article 1er de la délibération n° 105 du 9 août 1968 réglementant le régime et la lutte contre la pollution des eaux en Nouvelle-Calédonie : " Sont déclarés appartenir au domaine public territorial les eaux naturelles de toutes espèces, les lacs salés et les lacs d'eau douce, lagunes, étangs, cours d'eau, nappes souterraines et sources de toute nature. / Les lits des cours d'eau font également partie du domaine public. ". Aux termes de son article 17, relatif à l'entretien des cours d'eau : " Les communes intéressées et les propriétaires riverains de l'ensemble du bassin d'un cours d'eau qui peuvent être groupés en associations syndicales de propriétaires participeront à son entretien par conventions particulières approuvées par arrêtés en conseil de gouvernement qui fixeront le montant de leur participation. ".
4. Il résulte de l'instruction que le cours d'eau en cause ne faisait l'objet d'aucun aménagement spécial. Par suite, il ne présentait pas le caractère d'un ouvrage public. Dès lors, la responsabilité de la puissance publique ne peut ici être engagée que pour faute.
5. M. B se prévaut à cet égard de la faute commise par la Nouvelle-Calédonie et la province Sud dans leur obligation d'entretien des cours d'eau. Une telle obligation pesait bien sur la Nouvelle-Calédonie, en vertu des dispositions de l'article 17 de la délibération n° 105 du 9 août 1968 qui, si elles n'exigent pas que la Nouvelle-Calédonie assure directement les opérations d'entretien, lui imposent néanmoins d'en assurer le financement, par le biais de conventions conclues avec les personnes publiques ou les riverains intéressés. Cette obligation s'étendait également, par voie de conséquence, à la province Sud, dans les limites de la convention cadre qu'elle avait conclue avec la Nouvelle-Calédonie. Toutefois, la seule circonstance, établie par le rapport d'expertise et les témoignages communiqués par M. B, que des débris se soient rassemblés dans le cours d'eau à l'occasion du passage d'une dépression tropicale forte ne permet pas en l'espèce de démontrer de manière suffisamment certaine que les dommages en litige trouvaient leur origine dans un défaut d'entretien, dès lors, d'une part, qu'un tel rassemblement de débris pouvait être dû à la seule action de la dépression tropicale, et d'autre part, que la province Sud prouve par les éléments qu'elle produit qu'elle est intervenue à chaque fois qu'une demande lui était présentée en ce sens jusqu'à la fin de l'année 2020, ce qui montre qu'un entretien était toujours assuré un mois à peine avant la survenance de l'évènement climatique en cause. Par suite, et en l'absence de tout lien de causalité suffisamment certain, la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 180 000 francs CFP à verser à la province Sud, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera une somme de 180 000 francs CFP à la province Sud au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la Nouvelle-Calédonie, et à la province Sud.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Briquet, premier conseiller,
M. Prieto, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
SIGNE
B. BRIQUET Le président,
SIGNE
D. SABROUX
Le greffier,
SIGNE
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
cb
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