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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300231

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300231

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300231
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantCLAVELEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 mai 2023 et un mémoire enregistré le 21 août 2023, la SARL VKP Communication, représentée par Me Claveleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 mars 2023 par laquelle la commune de Kone a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 4 janvier 2023 portant sur la résiliation du contrat portant sur la réalisation du bulletin municipal ;

2°) de condamner la commune de Koné à lui verser d'une part, au titre de sa responsabilité contractuelle, une somme de 1 959 816 francs CFP et, d'autre part, une somme de 2 millions de francs CFP au titre de la rupture brutale de leur relation commerciale, sommes augmentées des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter de la date de la demande préalable adressée le 4 janvier 2023 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Koné une somme de 300 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

La SARL VKP Communication soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaître de ce litige ;

- la requête n'est pas tardive ;

- la responsabilité contractuelle de la commune est engagée ;

- la rupture du contrat est abusive en l'absence de motif tiré de l'intérêt général ;

Par des mémoires en défense enregistrés le 14 juillet, le 13 septembre et le 31 octobre 2023, la commune de Kone, représentée par Me Million, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à limiter à la somme de 234 924 francs CFP l'indemnisation de la société requérante et à ce que soit mis à la charge de la société VKP Communication la somme de 280 000 CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

La commune de Kone fait valoir, à titre principal l'incompétence de la juridiction administrative, à titre subsidiaire l'irrecevabilité de la requête, à titre infiniment subsidiaire qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un courrier du 26 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'illicéité de la clause d'indemnisation du contrat et tirée de la disproportion manifeste entre l'indemnité fixée par lesdites clauses et le montant du préjudice résultant, pour le cocontractant, des dépenses qu'il a exposées et du gain dont il a été privé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code de commerce de la Nouvelle-Calédonie ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les conclusions de Me Pieux, avocat de la requérante, et de Me Million pour la commune de Koné

Considérant ce qui suit :

1. A compter de 2010, et par un contrat de prestation de services d'édition et communication renouvelé au 1er juin 2015, la SARL VKP Communication s'est vue confier la réalisation intégrale du bulletin municipal " le Popaï " de la commune de Koné, pour 4 numéros par an. Par un courrier électronique du 15 juillet 2020, le secrétaire général de la mairie de Koné a informé les gérants de la société requérante de l'intention de la commune de mettre fin au contrat sine die.

2. Par un accord transactionnel partiel du 18 décembre 2020, la commune de Koné a accepté d'indemniser la société requérante d'un montant de 800 000 francs CFP. Le tribunal mixte de Commerce de Nouméa, par ordonnance du 9 novembre 2021 s'est ensuite déclaré incompétent pour statuer sur la demande au fond au profit du juge administratif.

3. Par un recours indemnitaire préalable du 4 janvier 2023 adressé à la mairie de Koné et reçu le 11 janvier 2023, la SARL requérante a sollicité le versement de la somme totale de 3 959 816 francs CFP, somme augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter de la réception de la demande, en réparation des différents préjudices subis et en vue de la réparation intégrale de ces derniers.

4. La société VKP Communication demande l'annulation de la décision expresse de rejet du 2 mars 2023 de la commune de Koné du recours indemnitaire tendant à l'indemnisation des ses préjudices pour un montant total de 1 959 816 francs CFP. Elle demande également la condamnation de la commune de Koné à lui verser d'une part, au titre de sa responsabilité contractuelle, une somme de 1 959 816 francs CFP et, d'autre part, une somme de 2 000 000 francs CFP au titre de la rupture brutale de leur relation commerciale, sommes augmentées des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter de la date de la demande préalable adressée le 4 janvier 2023.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

5. Le contrat en cause, qui confie une partie du service public de l'information municipale à la société requérante, présente le caractère d'un contrat administratif. La clause attributive de compétence de la juridiction commerciale prévue par les stipulations de l'article 9 du contrat en cause est dès lors sans effet et l'exception d'incompétence opposée par la commune de Koné doit être écartée.

Sur le montant des sommes dues par la commune :

6. Lorsque la résiliation est décidée par la personne publique, les droits à indemnisation du cocontractant varient en fonction des stipulations du contrat et des motifs de la résiliation. La résiliation pour un motif d'intérêt général ouvre en principe droit, pour le titulaire, à l'indemnisation de l'intégralité du préjudice qu'il subit du fait de cette décision. Si l'étendue et les modalités de cette indemnisation peuvent être déterminées par les stipulations du contrat, c'est cependant sous réserve qu'il n'en résulte pas, au détriment de la personne publique, une disproportion manifeste entre l'indemnité ainsi fixée et le montant du préjudice résultant, pour le cocontractant, des dépenses qu'il a exposées et du gain dont il a été privé.

7. En premier lieu, aux termes de l'article 8.3 du contrat de prestations de services en vigueur depuis le 1er juin 2015 : " Conséquences de la cessation du contrat. En cas de cessation du contrat, pour quelque cause que ce soit, l'Agence s'engage à achever la réalisation de la Revue au cours au moment de cette cessation et le Client à lui verser la rémunération due pour une telle mission. En cas de cessation des activités du Client [] ou de résiliation du présent contrat aux torts exclusifs du Client, celui- ci s'engage à payer à l'Agence le montant forfaitaire correspondant à chaque numéro qui aurait dû paraître pendant la période contractuelle en vigueur. "

8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la commune de Koné a décidée unilatéralement, par un courrier du 4 août 2020, de résilier le contrat en cause pour le motif d'intérêt général tiré de la situation budgétaire de la commune.

9. La société requérante considère pour sa part que l'indemnisation partielle de 800 000 francs CFP consentie par la commune couvre uniquement le manque à gagner d'un numéro de parution du " Popaï " et que le montant correspondant aux 4 numéros à paraître pendant la période contractuelle en cours s'élevait sur la base des dernières factures émises par la SARL requérante à une somme totale de à 2 759 816 francs CFP.

10. Si la société requérante demande à être indemnisée de son manque à gagner, la rupture des relations contractuelles l'a, de fait, libérée de l'édition des numéros de la revue restant à paraître avant la fin du contrat et donc de la prise en charge les charges afférentes à la fabrication desdits numéros. Dans ces conditions, l'indemnité prévue par le contrat présente un caractère manifestement disproportionné au regard du préjudice causé par la résiliation de la convention et doit, par suite, être regardée comme illicite. En outre, la société requérante, n'ayant pas présenté d'observations en réponse au moyen d'ordre public tiré de l'illicéité de la clause d'indemnisation du contrat, elle doit être regardée comme n'ayant pas fondé sa demande de réparation sur les règles générales applicables aux contrats administratifs relatives à l'indemnisation du cocontractant en cas de résiliation du contrat pour un motif d'intérêt général. Il résulte de ce qui précède que la société VKP Communication n'est pas fondée à demander l'indemnisation de son manque à gagner résultant de cette résiliation.

11. En deuxième lieu, la société requérante ne saurait sérieusement soutenir que la résiliation du contrat lui a créé un préjudice financier qui a perduré au-delà d'une année dès lors que l'inactivité résultant de cette résiliation lui a précisément octroyé la possibilité de prospecter de nouveaux clients pendant la période s'étendant jusqu'au terme du contrat initial. Par suite, le moyen tiré de ce que la société VKP Communication n'a pas eu la possibilité d'anticiper la perte de chiffre d'affaires liée à la cessation du contrat doit être écarté.

12. En dernier lieu, dès lors que la société requérante n'établit pas, ni même n'allègue, que la résiliation du contrat ait porté atteinte à sa réputation professionnelle ou à son honorabilité, ses conclusions tendant à la réparation de son préjudice moral ne peuvent qu'être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et indemnitaires de la société VKP Communication doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la SARL VKP Communication doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL VKP Communication une somme de 180 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Koné et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL VKP Communication est rejetée.

Article 2 : La SARL VKP Communication versera à la commune de Koné une somme de 180 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL VKP Communication et à la commune de Koné.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Prieto, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

G. PRIETOLe président,

signé

D. SABROUX Le greffier,

signé

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

cb

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