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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300259

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300259

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300259
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantPIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mai et le 29 septembre 2023, l'association " Collectif pour la préservation de l'environnement et le respect de la qualité de vie " demande au tribunal d'annuler les décisions implicites de rejet, nées du silence gardé sur ses demandes de transmission d'informations relatives à l'environnement, qu'elle a adressées respectivement à " l'association PROTEGE " et au chef du service de la coopération régionale et des relations extérieures du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie les 4 et 13 décembre 2022.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- elle va saisir pour avis la commission d'accès aux documents administratifs ;

- les informations relatives à l'environnement dont elle sollicitait la communication devaient lui être transmises par application des articles 141-1 à 141-4 du code de l'environnement de la province Sud, ainsi qu'en vertu de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de l'association " Collectif pour la préservation de l'environnement et le respect de la qualité de vie ".

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, en l'absence de production de la pièce justifiant du dépôt du courrier du 13 décembre 2022, de l'absence de toute décision prise à l'encontre de l'intéressée par le gouvernement faute de demande adressée par celle-ci, et de toute saisine préalable de la commission d'accès aux documents administratifs ;

- en tout état de cause, par application du dernier alinéa de l'article 141-3 du code de l'environnement de la province Sud, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie n'était pas tenu de répondre à la demande d'information qui lui était présentée sur le fondement de l'article 141-1 du même code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, la Communauté du Pacifique, représentée par Me Pieux, conclut au rejet de la requête de l'association " Collectif pour la préservation de l'environnement et le respect de la qualité de vie ".

Elle soutient que :

- du fait de l'immunité de juridiction dont elle bénéficie, la requête est insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative, et est par conséquent irrecevable ;

- elle est également irrecevable pour défaut de saisine préalable de la commission d'accès aux documents administratifs ;

- en tout état de cause, la demande d'information de l'association requérante était trop générale et trop imprécise pour pouvoir être satisfaite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- l'accord de siège entre le Gouvernement de la République française et la Communauté du Pacifique, signé à Nouméa le 6 mai 2003 ;

- le code de l'environnement de la province Sud ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978 ;

- la loi n° 2006-611 du 29 mai 2006 ;

- l'ordonnance n° 2015-1341 du 23 octobre 2015, et notamment ses articles 6 2° et 8 ;

- le décret n° 2012-39 du 11 janvier 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 octobre 2023 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- les observations de M. A pour l'association requérante et de Me Pieux, avocat de la communauté du Pacifique.

Considérant ce qui suit :

1. L'association " Collectif pour la préservation de l'environnement et le respect de la qualité de vie " a adressé deux demandes de transmission d'informations relatives à l'environnement, la première le 4 décembre 2013 à une organisation internationale à vocation régionale, la Communauté du Pacifique, improprement dénommée " association PROTEGE " dans le courrier adressé par l'intéressée, la seconde le 13 décembre 2022 au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. N'ayant reçu aucune réponse, l'association " Collectif pour la préservation de l'environnement et le respect de la qualité de vie " demande au tribunal d'annuler les décisions implicites de rejet nées du silence gardé sur les lettres qu'elle a envoyées.

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative, opposée par la Communauté du Pacifique dans le cadre du litige la concernant :

2. Aux termes de l'article 141-1 du code de l'environnement de la province Sud : " Le droit pour toute personne d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues, reçues ou établies par les autorités publiques mentionnées à l'article 141-3 ou pour leur compte, s'exerce dans les conditions définies par les dispositions du titre Ier de la loi modifiée n° 78-753 du 17 juillet 1978 portant diverses mesures d'amélioration des relations entre l'administration et le public et diverses dispositions d'ordre administratif, social et fiscal, sous réserve des dispositions du présent titre. ". Aux termes de son article 141-3 : " Toute personne qui en fait la demande reçoit communication des informations relatives à l'environnement détenues par : / 1° La province Sud ; / 2° Les personnes chargées d'une mission de service public en rapport avec l'environnement, dans la mesure où ces informations concernent l'exercice de cette mission. / Les organismes ou institutions agissant dans l'exercice de pouvoirs juridictionnels ou législatifs ne sont pas soumis aux dispositions du présent titre. ".

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord de siège entre le Gouvernement de la République française et la Communauté du Pacifique, signé à Nouméa le 6 mai 2003, dont l'approbation a été autorisée par la loi n° 2006-611 du 29 mai 2006 et dont la publication a été assurée par le décret n° 2012-39 du 11 janvier 2012 : " Immunité de juridiction et d'exécution / 1. Dans l'exercice de ses activités officielles, la Communauté bénéficie de l'immunité de juridiction et de l'immunité d'exécution, sauf dans les cas suivants : / a) Lorsque le directeur général de la Communauté renonce expressément, par contrat ou autrement, à l'immunité de juridiction ou à l'immunité d'exécution dans un cas particulier ; / b) Lorsqu'une action civile est intentée par un tiers pour les dommages résultant d'un accident causé par un véhicule à moteur ou tout autre moyen de transport appartenant à la Communauté ou circulant pour son compte, ou en cas d'infraction à la réglementation routière intéressant le véhicule précité ; / c) Pour la saisie, en exécution d'une décision juridictionnelle du traitement et des émoluments dus par la Communauté à un membre du personnel ; / d) Dans le cas d'une demande reconventionnelle directement liée à une procédure entamée à titre principal par la Communauté. / 2. Les biens corporels et incorporels de la Communauté, quel que soit le lieu où ils se trouvent et quel qu'en soit le détenteur, sont exempts : / a) de toute forme de réquisition, confiscation ou séquestre ; / b) d'expropriation ; / c) de toute forme de contrainte administrative ou de mesures préalables à un jugement, sauf dans la mesure où le nécessitent temporairement la prévention des accidents mettant en cause des véhicules à moteur ou autres moyens de transport appartenant à la Communauté ou circulant pour son compte ainsi que les enquêtes auxquelles peuvent donner lieu lesdits accidents. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, telles qu'éclairées par les écritures de la requérante, que la demande adressée à la Communauté du Pacifique par l'association " Collectif pour la préservation de l'environnement et le respect de la qualité de vie " était présentée au titre de l'article 141-1 du code de l'environnement de la province Sud. Le litige relatif au rejet de cette demande, qui est régi par cet article ainsi que par la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978 à laquelle il renvoie expressément, relève de la compétence des juridictions de l'ordre administratif, lesquelles doivent apprécier si la demande entre ou non dans le champ d'application de ce code et de cette loi, nonobstant la qualité de la personne à laquelle l'information est demandée, et indépendamment de l'immunité de juridiction dont celle-ci peut le cas échéant invoquer à son profit, une telle immunité n'ayant pas d'incidence sur la compétence juridictionnelle et n'étant susceptible d'affecter que la recevabilité de l'action contentieuse dirigée contre elle. Par suite, l'exception d'incompétence opposée par la Communauté du Pacifique dans le cadre du litige la concernant doit être rejetée.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation des deux décisions implicites de rejet opposées à la requérante :

5. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978 portant diverses mesures d'amélioration des relations entre l'administration et le public et diverses dispositions d'ordre administratif, social et fiscal, figurant au chapitre III du titre Ier de cette loi et ainsi applicable aux demandes d'informations relatives à l'environnement présentées au titre de l'article 141-1 du code de l'environnement de la province Sud : " La commission d'accès aux documents administratifs est une autorité administrative indépendante. / () / La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux. ".

6. Il est constant que l'association " Collectif pour la préservation de l'environnement et le respect de la qualité de vie " n'a, à aucun moment, saisi pour avis la commission d'accès aux documents administratifs à la suite du rejet de ses demandes. Cette saisine étant un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par l'intéressée doit être rejeté du fait d'une telle irrecevabilité, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir, tirées d'une part de l'absence de production de la pièce justifiant du dépôt du courrier du 13 décembre 2022 et de l'absence de toute décision prise à l'encontre de l'intéressée par le gouvernement faute de demande adressée par celle-ci, et d'autre part de l'existence d'une immunité de juridiction, qui sont respectivement opposées par la Nouvelle-Calédonie et la Communauté du Pacifique en défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association " Collectif pour la préservation de l'environnement et le respect de la qualité de vie " est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Collectif pour la préservation de l'environnement et le respect de la qualité de vie ", à la Nouvelle-Calédonie, et à la Communauté du Pacifique.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Prieto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

Le rapporteur,

B. BRIQUET

Le président,

D. SABROUX

La greffière en chef,

M-M. CAUVY

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

pc

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