jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2300307 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCAT KAIGRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2024, M. A B, représenté par Me Kaigre, demande au tribunal :
1°) confirmer l'ordonnance en son principe en ce qu'elle a jugé l'administration pénitentiaire responsable des conditions de détention, dont le caractère indigne cause un préjudice évident et direct au requérant ;
2°) infirmer partiellement l'ordonnance de référé n° 2300064 rendue le 20 avril 2023 par le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie, uniquement en ce qui concerne le montant alloué à titre indemnitaire à M. B ;
3°) de condamner l'Etat à verser à M. B la somme de 10 873 euros (1 311 000 francs CFP), en indemnisation du préjudice moral résultant des conditions de détention ;
4°) dire que les sommes indemnitaires seront augmentées des intérêts à taux légal à compter du recours indemnitaire préalable, dire que ces intérêts se capitaliseront ;
5°) condamner l'Etat à verser à M. B la somme de 140 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il subit un préjudice moral à raison de ses conditions de détention au sein du centre pénitentiaire de Nouméa, caractérisant une faute simple de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- les conditions de détention au sein du centre pénitentiaire de Nouméa portent atteinte à la dignité de la personne humaine et au droit à la vie privée et familiale, en raison notamment de la surpopulation carcérale et de l'espace insuffisant réservé à chaque détenu ;
- le principe de l'encellulement individuel, codifié aux articles D. 350 et D. 351 du code de procédure pénale n'est pas respecté et la durée quotidienne d'encellulement est excessive ;
- le caractère attentatoire à la dignité de la personne humaine des conditions de détention au centre pénitentiaire de Nouméa a été dénoncé à plusieurs reprises, notamment la détention en containers ;
- les conditions d'hygiène, d'accès aux soins et de nourriture sont déplorables ;
- les installations électriques sont dangereuses ;
- les conditions de détention au centre pénitentiaire de Nouméa, notamment en raison des mauvaises conditions d'accueil des familles dans les parloirs de l'établissement et de l'absence d'intimité, portent également atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il a effectué un recours indemnitaire préalable réceptionné le 30 septembre 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, et à son rejet au fond, l'intéressé ayant déjà été indemnisé pour ses conditions de détention sur la période en litige à hauteur de 3 200 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code civil ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la délibération n° 482 du 13 juillet 1994 ;
- le code de justice administrative,
- l'ordonnance de référé n° 2300064 en date du 20 avril 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sabroux, président rapporteur,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique ;
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. En l'espèce, M. B, incarcéré au centre pénitentiaire de Nouméa du 22 avril 2021 au 9 septembre 2022, en application de trois condamnations à 3 peines d'emprisonnement d'une durée de 35 mois au total pour des faits de vol avec destruction, de violence avec arme, violences sur conjoint, demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 873 euros, en réparation des préjudices engendrés par ses conditions de détention qu'il juge indignes et inhumaines.
2. L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article D. 349 du code de procédure pénale : " L'incarcération doit être subie dans des conditions satisfaisantes d'hygiène et de salubrité, tant en ce qui concerne l'aménagement et l'entretien des bâtiments, le fonctionnement des services économiques et l'organisation du travail, que l'application des règles de propreté individuelle et la pratique des exercices physiques ". Aux termes des articles D. 350 et D. 351 du même code, d'une part, " les locaux de détention et, en particulier, ceux qui sont destinés au logement, doivent répondre aux exigences de l'hygiène, compte tenu du climat, notamment en ce qui concerne le cubage d'air, l'éclairage, le chauffage et l'aération " et, d'autre part, " dans tout local où les détenus séjournent, les fenêtres doivent être suffisamment grandes pour que ceux-ci puissent lire et travailler à la lumière naturelle. L'agencement de ces fenêtres doit permettre l'entrée d'air frais. La lumière artificielle doit être suffisante pour permettre aux détenus de lire ou de travailler sans altérer leur vue. Les installations sanitaires doivent être propres et décentes. Elles doivent être réparties d'une façon convenable et leur nombre proportionné à l'effectif des détenus ".
3. En raison de la situation d'entière dépendance des personnes détenues vis-à-vis de l'administration pénitentiaire, l'appréciation du caractère attentatoire à la dignité des conditions de détention dépend notamment de leur vulnérabilité, appréciée compte tenu de leur âge, de leur état de santé, de leur personnalité et, le cas échéant, de leur handicap, ainsi que de la nature et de la durée des manquements constatés et eu égard aux contraintes qu'implique le maintien de la sécurité et du bon ordre dans les établissements pénitentiaires. Les conditions de détention s'apprécient au regard de l'espace de vie individuel réservé aux personnes détenues, de la promiscuité engendrée, le cas échéant, par la sur-occupation des cellules, du respect de l'intimité à laquelle peut prétendre tout détenu, dans les limites inhérentes à la détention, de la configuration des locaux, de l'accès à la lumière, de l'hygiène et de la qualité des installations sanitaires et de chauffage. Seules des conditions de détention qui porteraient atteinte à la dignité humaine, appréciées à l'aune de ces critères et des dispositions précitées du code de procédure pénale, révèlent l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique. Une telle atteinte, si elle est caractérisée, est de nature à engendrer, par elle-même, un préjudice moral pour la personne qui en est la victime qu'il incombe à l'Etat de réparer.
4. Il résulte de l'instruction que le caractère indigne des conditions de détention au sein du centre pénitentiaire de Nouméa a été relevé dès 2019 par la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté qui a formulé des recommandations publiées au Journal officiel de la République française du 18 décembre 2019. Ces mêmes manquements, de nature tant à porter atteinte à la vie privée des détenus, dans une mesure excédant les restrictions inhérentes à la détention, qu'à les exposer à un traitement inhumain ou dégradant, ressortent également des motifs de la décision du Conseil d'Etat statuant au contentieux du 19 octobre 2020 intervenue dans les instances n° 439372 et 439444. Le phénomène de surpopulation du centre pénitentiaire de Nouméa tout au long de la période considérée n'est d'ailleurs pas contesté par l'administration et est de notoriété publique. La responsabilité de l'Etat a été engagée et les préjudices moraux qui en ont résulté pour les détenus ont été indemnisés à plusieurs reprises depuis 2015 par ce tribunal, tant en formation collégiale, qu'en référé en 2013, 2016, 2021, 2022 et 2023. La Cour Administrative d'Appel de Paris a également jugé que les conditions de détention en litige présentaient un caractère indigne et devaient être indemnisées. Le Conseil d'Etat a jugé de même et a enjoint l'Etat à prendre des mesures en urgence. L'arrêt du Conseil d'Etat n° 452354 du 11 février 2022 constate que l'administration s'est conformée à ses injonctions ainsi qu'à celles résultant de l'ordonnance du Tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie du 19 février 2020. Un rapport du directeur de l'établissement en date du 26 mai 2023 décrit les travaux d'amélioration réalisés entre 2021 et 2023. Ainsi, les conditions d'hygiène au sein du centre pénitentiaire de Nouméa se sont améliorées au cours de cette période, grâce en partie à la diminution de la densité carcérale liée à la crise sanitaire, et à des travaux de réfection de l'ensemble de l'établissement, entamés pour une durée de 4 ans, notamment pour ce qui concerne l'électricité, les fenêtres, les cours de promenade, les conditions d'accueil au parloir. Les conditions d'hygiène des détenus se sont également sensiblement améliorées, de même que le traitement des nuisibles réalisé de manière constante sur la période.
5. Toutefois, et malgré les mesures correctives prises, les efforts faits par l'administration notamment de nouveaux travaux importants prévus dans les années à venir, les conditions de la détention du requérant au sein du centre pénitentiaire de Nouméa demeurent attentatoires à la dignité humaine et constitutives d'une faute engendrant, par elle-même, un préjudice moral qu'il incombe à l'Etat de réparer. Il suit de là que, si la responsabilité de l'Etat envers le requérant est engagée, au titre de sa période d'incarcération, à compter du 22 avril 2021 au 9 septembre 2022, date de sa libération, soit 17 mois, le requérant a déjà été indemnisé au titre de cette même période à hauteur d'une somme de 3 200 euros par une ordonnance du 20 avril 2023, alors même qu'il a bénéficié d'un régime de semi-liberté à compter du 10 janvier 2022. Si, à cet égard, le requérant se prévaut de la jurisprudence européenne pour présenter au tribunal de nouvelles prétentions (CEDH Affaire J.M. c. France, Requête n° 71670/14 du 5 décembre 2019 et Affaire JMB et autres c. France n° 9671/15 et 31 autres du 30 janvier 2020), cette jurisprudence fixe bien une indemnisation maximum de 25 000 euros et acte le principe d'une évaluation fondée sur le principe d'une juste appréciation et non d'un calcul exponentiel automatique dont le point de départ ne tient pas compte de la prescription éventuellement acquise. Toutefois, aucun changement dans la situation du requérant, notamment sur la période indemnisée, ne justifie qu'une indemnisation supplémentaire lui soit accordée, d'autant que ladite ordonnance est frappée d'appel.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2er : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée, pour information, au bureau d'aide judiciaire près la cour d'appel de Nouméa, et au directeur du centre pénitentiaire de Nouméa.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président rapporteur
M. Prieto, premier conseiller,
M. Briquet, premier conseiller,
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
D. SABROUXL'assesseur le plus ancien,
Signé
G. PRIETO Le greffier,
Signé
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires ou huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
nd
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026