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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300465

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300465

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300465
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantELMOSNINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2023, la SARL Pontoni, représentée par Me Elmosnino, demande au tribunal :

1°) de condamner la province Sud à lui verser la somme de 48 760 000 francs CFP en raison de l'éviction illégale du marché de travaux de construction d'un pôle technique destiné à accueillir les agents de la direction provinciale de l'aménagement, de l'équipement et des moyens ;

2°) de mettre à la charge de la province Sud la somme de 400 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL Pontoni soutient que :

- les critères d'attribution ont été faussés, la présence de notes intermédiaires n'étant pas prévue au RPAO ;

- la décision d'éviction est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, la province Sud conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable pour tardiveté, et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en observation enregistré le 29 février 2024, la société Calédonienne de Bâtiment, représentée par Me Cabanes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SARL Pontoni la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- la délibération 424 du 20 mars 2019 portant réglementation des marchés publics ;

- la délibération n° 64/CP du 10 mai 1989 portant cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés de travaux de la Nouvelle-Calédonie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Elmosnino, avocat de la requérante, de Mme A pour la province Sud.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le courant de l'année 2021, la province Sud a lancé une procédure d'appel d'offres ouvert en vue de l'attribution d'un marché public relatif aux travaux de construction d'un pôle technique. Le marché, divisé en 19 lots, portait sur la réhabilitation d'un bâtiment existant, pour environ 1 000m² de shon, et la construction de nouveaux bâtiments, pour environ 3 200 m² de shon. Après analyse des candidatures et des offres, le lot n°01B - Gros œuvre - a été attribué à la Société Calédonienne de Bâtiment (SCB). Le 23 mai 2023, la société Pontoni estimant avoir été irrégulièrement évincée de la procédure de passation susvisée, a introduit une réclamation indemnitaire préalable demeurée sans réponse auprès de la province Sud afin d'obtenir l'indemnisation de sa perte de marge, qu'elle valorise à hauteur de 48 760 000 francs CFP. Par requête enregistrée le 25 septembre 2023, la société Pontoni demande au tribunal de condamner la province Sud à lui verser la somme de 48 760 000 francs CFP.

Sur les conclusions indemnitaires et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

2. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, qui inclut nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre.

3. Le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie.

4. En premier lieu, la société requérante soutient que le marché public litigieux serait entaché d'illégalité en ce que la méthode de notation retenue par le pouvoir adjudicateur ne respecterait pas les principes de transparence et d'égalité de traitement des candidats. D'une part, si la SARL Pontoni allègue que la procédure de consultation est entachée d'une erreur de droit tirée de l'attribution aux soumissionnaires de note " intermédiaire " et " négative " non prévues au RPAO, il résulte de l'instruction qu'aucune note négative n'a été attribuée à la SARL Pontoni. D'autre part, si la société requérante conteste l'attribution, par la province Sud, de notes dont la valeur diffère de l'échelle de notation prévue en page 22 du RPAO ou comportant des nombres décimaux, les critères de notation des offres des candidats, leur pondération et leur mode de calcul sont prévus à l'article 5.4.2 du RPAO qui prévoit : " Chaque note de critère ou de sous-critère est arrondie à la 1ére décimale ". Dans ces conditions, l'échelle de notation prévue dans le règlement de la consultation ne constitue pas des notes " fixes " mais des coefficients utilisés dans l'évaluation des sous-critères techniques. Par suite, les moyens invoqués doivent être écartés.

5. En second lieu, le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il n'est en revanche pas tenu d'informer les candidats de la méthode de notation des offres. Ces méthodes de notation ne doivent toutefois pas être de nature à priver de leur portée les critères de sélection ou à neutraliser leur pondération. Parmi les méthodes de notation admises figure la méthode de notation, utilisée en l'espèce, par laquelle un pouvoir adjudicateur prévoit d'attribuer automatiquement la note maximale au candidat ayant présenté la meilleure offre, s'agissant de l'évaluation au titre d'un critère de jugement des offres.

6. La SARL Pontoni soutient que la province Sud aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation lors de la notation des sous-critères techniques sur lesquels reposait l'évaluation des capacités techniques des candidats.

7. S'agissant du premier sous-critère relatif aux références des soumissionnaires sur des chantiers d'importance et de nature similaire au projet, il résulte de l'instruction que le mémoire technique de la société SCB, attributaire du marché litigieux, a mis en avant son expérience sur des chantiers d'ampleur similaire à la construction du projet envisagé par l'autorité adjudicatrice et réalisés en quasi tout corps d'état (hors électricité, climatisation et plomberie) alors que la société requérante ne pouvait se prévaloir d'une telle expérience de pilotage ou d'organisation des autres corps d'état. En application de l'article 5.4.2 du RPAO, la note de 10 a ainsi été attribuée à la société SCB, soit 100 % de la note maximale. L'offre présentée par la SARL Pontoni a été jugée " satisfaisante " et a bénéficié d'une note correspondant à 75 % de la note maximale, soit 7,5.

8. S'agissant du deuxième sous-critère relatif à la méthodologie, l'encadrement et l'organisation des soumissionnaires, il résulte de l'instruction que l'offre présentée par la société requérante reposait sur un système de management et d'encadrement classique alors que la société attributaire du marché, qui proposait un système de management certifié par une norme internationale et s'inscrivant dans une démarche " qualité sécurité environnement " s'est vue attribuée la note maximale de 15 à ce sous-critère technique.

9. S'agissant du troisième sous-critère relatif au développement durable, il résulte de l'instruction que l'offre de la requérante proposait la mise en place d'un " plan de respect de l'environnement " (PRE) permettant de se conformer à la réglementation environnementale, d'intégrer au projet les exigences de l'exposante et de limiter les impacts des activités sur l'environnement. En sus des mesures visant à maitriser les nuisances liées au chantier (énergie, poussières, situations dangereuses, bruits), la proposition de la société SCB s'inscrivait dans une démarche de développement durable associant les mesures de protection de l'environnement à des actions sociales et d'économie durable et a également obtenu la note maximale pour ce sous-critère.

10. S'agissant du quatrième sous-critère relatif aux moyens humains affectés au chantier afin de garantir le délai d'exécution des prestations, les candidats devaient ainsi établir " un descriptif précis des personnels qui seront affectés spécifiquement à la réalisation des prestations objet du marché et permettant de garantir le respect du planning prévisionnel. " L'offre présentée par la SARL Pontoni contenait à la fois l'organigramme complet de l'équipe encadrante ainsi que le nombre de personnes affectées au chantier alors que l'offre formulée par la société SCB s'accompagnait des informations relatives à l'organisation du chantier et au nombre de personnel prévu ainsi que l'ensemble des curriculums vitae de l'équipe. La note de 15 points a été attribuée à la SARL Pontoni, contre 20 points au titulaire du marché.

11. S'agissant du cinquième et dernier critère, concernant l'organisation, la méthodologie d'exécution, les procédés spécifiques de réalisation et les données techniques spécifiques à l'opération, les offres des candidats pour le gros œuvre du pôle technique de la province étaient évaluées au regard de l'organisation générale du chantier et des moyens mis en œuvre afin de garantir le respect du planning prévisionnel. Si la société requérante indiquait que " la réalisation des travaux [serait] en tout point conforme au planning prévisionnel fourni dans le dossier d'appel d'offre " sur la base de moyens matériels considérés comme cohérents, l'offre retenue proposait une organisation générale du chantier plus performante, permettant de réaliser les travaux dans un délai plus court que celui estimé (hors préparation, aléas et finitions).

12. Dans le cadre de l'appréciation globale de sa candidature, la requérante a ainsi obtenu la note maximale sur le critère du prix, soit 60 points, mais la valeur technique de son offre, ainsi qu'il résulte des points précédents, était inférieure à celle présentée par la société SCB. Dans ces conditions, en retenant la candidature de la SCB sur le fondement de la notation des sous-critères techniques, la province Sud n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de manquement de la part du pouvoir adjudicateur quant aux principes de transparence et d'égalité de traitement des candidats, la société requérante n'a subi aucune influence défavorable sur ses chances de se voir attribuer le marché en cause. Dans ces conditions, la SARL Pontoni ne saurait être indemnisée pour l'éviction du marché de travaux de construction du pôle technique destiné à accueillir les agents de la direction provinciale de l'aménagement, de l'équipement et des moyens. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, les conclusions indemnitaires de la SARL Pontoni doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société requérante doivent dès lors être rejetées.

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Pontoni une somme de 180 000 F CFP au titre des frais exposés par la province Sud et non compris dans les dépens.

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Pontoni une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Calédonienne de Bâtiment et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Pontoni est rejetée.

Article 2 : La SARL Pontoni versera à la société Calédonienne de Bâtiment une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la province Sud présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Pontoni, à la province Sud et à la société Calédonienne de Bâtiment.

Délibéré après l'audience du 7 mai, 2024 à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Prieto, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

G. PRIETOLe président,

D. SABROUX Le greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

nd

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