jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2300466 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | ELMOSNINO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2023, la SARL Pontoni, représentée par Me Elmosnino, demande au tribunal :
1°) de condamner la province Sud à lui verser la somme de 29 680 000 francs CFP en raison de l'éviction illégale du marché de travaux de réaménagement de l'échangeur du littoral à Païta Nord - VE2 - Commune de Païta ;
2°) de mettre à la charge de la province Sud la somme de 400 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SARL Pontoni soutient que :
- les critères d'attribution ont été faussés, la présence de notes intermédiaires n'étant pas prévue au RPAO ;
- la décision d'éviction est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, la province Sud conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable pour tardiveté, et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en observation enregistré le 14 mars 2023, la SAS Dumez-Gtm Calédonie, représentée par Me Cabanes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SARL Pontoni la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- la délibération 424 du 20 mars 2019 portant réglementation des marchés publics ;
- la délibération n° 64/CP du 10 mai 1989 portant cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés de travaux de la Nouvelle-Calédonie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les conclusions de Me Elmosnino, avocat de la requérante, de Mme A pour la Province Sud.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le courant de l'année 2021, la province Sud a lancé une procédure d'appel d'offres ouvert en vue de l'attribution d'un marché public relatif à des travaux de réaménagement de l'échangeur du littoral à Paita Nord - VE2 - sur la commune de Paita. Après analyse des candidatures et des offres, le lot n°2 a été attribué à la société Dumez. Le 23 mai 2023, la société Pontoni estimant avoir été irrégulièrement évincée de la procédure de passation susvisée, a introduit une réclamation indemnitaire préalable demeurée sans réponse auprès de la province Sud afin d'obtenir l'indemnisation de sa perte de marge, qu'elle valorise à hauteur de 29 680 000 F CFP. Par requête enregistrée le 25 septembre 2023, la société Pontoni demande au tribunal de condamner la province Sud à lui verser la somme de 29 680 000 francs CFP.
Sur les conclusions indemnitaires et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :
2. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, qui inclut nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre.
3. Le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie.
4. En premier lieu, la société requérante soutient que la province Sud aurait appliqué une méthode de notation irrégulière pour ce qui concerne les sous-critères relatifs à la démarche " qualité et méthodologie d'exécution ", en lien avec la construction du nouvel ouvrage et la méthodologie de destruction de l'ouvrage existant. La SARL Pontoni conteste ainsi les notes obtenues en application des critères fixés dans le règlement particulier de l'appel d'offres.
5. Or, d'une part, si elle semble remettre en cause la note de 60/70 attribuée sur le critère " prix " alors que l'attributaire a recueilli la note maximale de 70, il résulte de l'instruction, et en tout état de cause, que ce dernier avait précisément soumis l'offre la plus basse.
6. D'autre part, s'agissant du critère " valeur technique ", la société requérante allègue, sans l'établir, que la province Sud se serait écartée du règlement particulier de l'appel d'offres en lui attribuant des notes intermédiaires non prévues par le RPAO, et en occultant l'application de l'échelle de notation. Il ressort toutefois du rapport d'analyse des offres que l'échelle de notation prévue par le règlement de la consultation a été appliquée lors de l'analyse des offres. En l'espèce, concernant les trois thèmes retenus, il résulte de l'examen des tableaux présents au dossier que la notation de la valeur technique de l'offre présentée par la société requérante est conforme aux modalités fixées par les dispositions de l'article 5.4.2.2 du RPAO. Enfin, la société Pontoni soutient que la province Sud aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui attribuant pas la note de 10/10 et en n'attribuant pas la note de 0/10 à la société Dumez pour ce qui concerne le sous-critère n°3 relatif à la méthodologie de déconstruction de l'ouvrage existant. La société n'indique toutefois pas en quoi la note reçue serait entachée d'erreur manifeste, hormis pour signifier que sa réponse était " très satisfaisante ". S'agissant de la note attribuée sur ce point à la société Dumez, il résulte de l'instruction que cette dernière avait identifié un sous-traitant dont la présence est évoquée dans l'acte d'engagement, dès lors qu'aux termes du rapport d'analyse des offres : " L'entreprise Dumez prévoit d'externaliser la prestation à l'entreprise Béton Coupe. Le mémoire technique de Beton Coupe est satisfaisant, il présente toutes les qualités pour la bonne exécution des travaux. Cependant il n'aborde pas certains points du guide de rédaction du mémoire technique du RPAO tel que l'encapsulage des matériaux amiantés. Il obtient donc la note de 7/10. "
7. En deuxième lieu, si la requérante soutient que la société Dumez, attributaire du marché, ne disposait pas des capacités techniques requises pour la déconstruction de l'ouvrage existant, il ne résulte pas de l'instruction que la province Sud ait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que ce candidat, membre du groupe Vinci, satisfaisait aux conditions techniques et humaines de participation.
8. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que la société Dumez a proposé la meilleure offre sur le critère " prix " et a été classée en première position avec une note de 70 points, contre 60 points attribués à la société Pontoni. S'agissant de la note technique, la requérante a obtenu la note totale de 26,7 points, contre 26,6 points attribués au titulaire du marché. Une note globale de 86,7 points a ainsi été attribuée à la requérante contre 96,6 points au titulaire.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de manquement de la part du pouvoir adjudicateur quant aux principes de transparence et d'égalité de traitement des candidats, la société requérante n'a subi aucune influence défavorable sur ses chances de se voir attribuer le marché en cause. Dans ces conditions, la SARL Pontoni ne saurait être indemnisée pour l'éviction du marché de de travaux de réaménagement de l'échangeur du littoral à Païta Nord - VE2 - Commune de Païta . Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, les conclusions indemnitaires de la SARL Pontoni doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société requérante doivent dès lors être rejetées.
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Pontoni une somme de 180 000 francs CFP au titre des frais exposés par la province Sud et non compris dans les dépens.
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Pontoni une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SAS Dumez-Gtm Calédonie et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Pontoni est rejetée.
Article 2 : La SARL Pontoni versera à la SAS Dumez-Gtm Calédonie une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la province Sud présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Pontoni, à la province Sud et à la SAS Dumez-Gtm Calédonie.
Délibéré après l'audience du 7 mai, 2024 à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Prieto, premier conseiller,
M. Briquet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
Le rapporteur,
G. PRIETOLe président,
D. SABROUX Le greffier,
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
nd
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026