jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2300629 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | PIEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, la société EL2T, représentée par Me Pieux, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Office des Postes et Télécommunications de Nouvelle-Calédonie (OPTNC) au versement d'une somme de 5 000 000 francs CFP au titre d'un marché portant sur la réalisation de travaux de génie civil sur les communes de Nouméa, Dumbéa et Païta ;
2°) de mettre à la charge de l'Office des Postes et Télécommunications de Nouvelle-Calédonie la somme de 300 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société EL2T soutient que :
- elle n'a pas reçu de mise en demeure ;
- elle a rencontré des difficultés pour la déclaration d'un sous-traitant ;
- les retards constatés par l'OPTNC ne lui sont pas totalement imputables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, l'Office des Postes et Télécommunications de Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- la délibération n° 424 du 20 mars 2019 portant réglementation des marchés publics ;
- le CCAG des marchés de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les conclusions de Me Hamon, substituant Me Pieux, avocat de la société requérante, de Me Chamoun, avocat de l'Office des Postes et Télécommunications de Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. La société EL2T s'est vue attribuer par l'OPTNC un marché à bons de commande ayant pour objet la réalisation de travaux de génie civil. Ce marché a été notifié le 4 novembre 2020. Il comprenait un délai d'exécution de 4 ans et 5 lettres de commandes ont été adressées à la société EL2T. Par une décision n° 23-400/OPT du 20 juin 2023, l'OPTNC a résilié le marché suite à une série de rappels relatifs à des dysfonctionnements contractuels. Par courrier du 22 août 2023, la société EL2T a adressé une demande indemnitaire préalable au motif du caractère irrégulier de cette décision à laquelle l'OPTNC a opposé un rejet implicite. La société EL2T demande au tribunal de condamner l'OPTNC à lui verser la somme de 5 000 000 francs CFP au titre de son manque à gagner sur la dernière année d'exécution du marché en cause.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 45 du CCAG des marchés de travaux : " Il peut être mis à l'exécution des travaux faisant l'objet du marché avant l'achèvement de ceux-ci, par une décision de résiliation du marché qui en fixe la date d'effet (). 45.2. En cas de résiliation, il est procédé, l'entrepreneur () dûment convoqués, aux constations relatives aux ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, à l'inventaire des matériaux approvisionnés, ainsi qu'à l'inventaire descriptif du matériel et des installations de chantier. Il est dressé un procès-verbal des opérations. L'établissement de ce procès-verbal emporte réception des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, avec effet de la date d'effet de la résiliation, tant pour le point de départ de garantie défini à l'article 43 que pour le point de départ du délai prévu pour le règlement final du marché au 32 de l'article 13. () 45.3. Dans les dix jours suivant la date de ce procès-verbal, la personne responsable du marché fixe les mesures qui doivent être prise avant la fermeture du chantier pour assurer la conservation et la sécurité des ouvrages ou parties d'ouvrages exécutés. Ces mesures peuvent comporter la démolition de certaines parties d'ouvrages. () ". Aux termes de l'article 48 du même cahier : " - Mesures coercitives 48.1. A l'exception des cas prévus au 22 de l'article 15 et au 6 de l'article 46, lorsque l'entrepreneur ne se conforme pas aux dispositions du marché ou aux ordres de service, la personne responsable du marché le met en demeure d'y satisfaire dans un délai déterminé, par une décision qui lui est notifiée par écrit. Ce délai, sauf en cas d'urgence, n'est pas inférieur à dix jours de la date de notification de la mise en demeure. 48.2. Si l'entrepreneur n'a pas déféré à la mise en demeure, une mise en régie à ses frais et risques peut être ordonnée, ou la résiliation du marché peut être décidée. 48.3. Pour établir la régie, laquelle peut n'être que partielle, il est procédé, l'entrepreneur étant présent ou ayant été dûment appelé, à la constatation des travaux exécutés et des approvisionnements existants, ainsi qu'à l'inventaire descriptif du matériel de l'entrepreneur et à la remise à celui-ci de la partie de ce matériel qui n'est pas utile à l'achèvement des travaux poursuivis en régie. "
3. En deuxième lieu, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis, malgré l'absence de la mention "avisé".
4. Si la société requérante soutient qu'elle n'a pas été rendue destinataire de la mise en demeure, il résulte toutefois de l'instruction que le courrier en cause, qui n'a pas été réclamé, a été adressé en recommandé le 12 mai 2023 à la boîte postale de la société, telle qu'elle est mentionnée sur son K-BIS et sur l'acte d'engagement produits par la requérante. Par suite, le moyen invoqué tiré du vice de procédure manque en fait.
5. En troisième lieu, en vertu de la réglementation n° 424 susvisée des marchés publics du 20 mars 2019, notamment de son article 3, le titulaire du marché public de travaux peut sous-traiter l'exécution de certaines parties du marché à condition d'avoir obtenu de l'administration contractante l'acceptation de chaque sous-traitant et l'agrément des conditions de paiement. Aux termes de l'article 2.45 du CCAG, : " En cours d'exécution, l'entrepreneur est tenu de notifier sans délai à la personne responsable du marché les modifications, mentionnées au 23 du présent article, concernant les sous-traitants. " Aux termes de l'article 2.46 du même CCAG : " Le recours à la sous-traitance, sans acceptation préalable du sous-traitant et sans agrément des conditions de paiement, expose l'entrepreneur à l'application des mesures prévues à l'article 48. Il en est de même si l'entrepreneur a fourni en connaissance de cause des renseignements inexacts à l'appui de sa demande prévue à l'article 3 de la délibération n° 424 du 20 mars 2019 susmentionnée. ".
6. Si la société requérante soutient qu'elle avait entamé toutes les diligences pour régulariser la déclaration d'un sous-traitant, il résulte toutefois de l'instruction que la société requérante n'a, à aucun moment, déclaré le moindre sous-traitant et n'a pas déféré aux rappels qui lui ont notifiés par l'OPTNC, notamment par la mise en demeure mentionnée au point 1 du présent jugement. Par suite, le moyen invoqué manque en fait et doit être écarté.
7. En dernier lieu, il est toujours possible, pour le pouvoir adjudicateur, de prononcer une résiliation aux torts exclusifs du titulaire lorsque le titulaire du marché a commis une faute d'une gravité suffisante. En l'espèce, si la société ELT2 soutient que les retards constatés par l'OPTNC dans l'exécution du marché ne lui sont pas totalement imputables, elle ne l'établit pas par ses seules allégations alors qu'il résulte de l'instruction que de nombreux rappels lui ont été adressés par l'OPTNC pour retards d'intervention et d'exécution, tels qu'ils ressortent notamment du compte-rendu de réunion du 29 septembre 2022, pour parvenir au total non contesté de 328 jours de retard pour 31 mois d'exécution du marché, assorti d'un montant de 2 570 000 francs CFP de pénalités. Dans ces conditions, en présence de fautes d'une gravité suffisante, l'OPTNC était fondé à prononcer une résiliation aux torts exclusifs de la société ELT2.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société ELT2 doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société ELT2 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société ELT2 et à l'Office des Postes et Télécommunications de Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Prieto, premier conseiller,
M. Briquet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
G. PRIETOLe président,
D. SABROUX Le greffier,
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
pc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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