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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2400021

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2400021

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2400021
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS ROYANEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 février 2024, Mme B A, représentée par Me Chamoun, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre la décision du ministre de l'éducation nationale en date du 28 novembre 2023 prononçant à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de ses fonctions de professeur certifié d'éducation musicale pour une durée de 8 mois, dont 4 avec sursis, d'enjoindre au ministre de la réintégrer dans un délai de 8 jours et de condamner l'Etat à lui verser une somme de 150 000 F CFP au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est privée de rémunération alors qu'elle doit faire face à des charges importantes ; que, pour ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision, celle-ci viole les dispositions tirées de l'article L.531-1 du code de la fonction publique dès lors qu'elle a été suspendue plus de quatre mois au total ; que l'avis de la CAP ne lui a pas été communiqué ; que la décision est entachée d'erreur d'appréciation et est disproportionnée ;

Par un mémoire enregistré le 21 février 2024, le Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier et le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 février 2024 à 11h:

- le rapport de M. Sabroux, juge des référés,

- et les observations de Me Chamoun représentant Madame A, de M. C pour le Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie et de Mme D pour le vice-recteur.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.Par un rapport en date du 13 juillet 2023, le Principal du collège Mariotti a adressé au vice-recteur de Nouvelle-Calédonie un rapport circonstancié sur des incidents qui seraient survenus principalement les 6 et 7 juillet 2023 dans la classe d'éducation musicale dirigée par Mme B A, professeur certifié d'éducation musicale, suite à la plainte de plusieurs élèves de classe de 6ème quant au comportement exagérément sévère et dénigrant de cette dernière. Au vu des éléments recueillis auprès de certains élèves, Mme A a fait l'objet d'une première mesure conservatoire de suspension de ses fonctions pour une durée de 4 mois avec conservation de son traitement à compter du 21 juillet 2023. A la suite de la réunion de la CAP compétente le 13 septembre 2023, le vice-recteur de l'Académie de Nouvelle-Calédonie a prolongé la suspension de Mme A pour un mois par un arrêté en date du 16 novembre 2023, toujours à plein traitement. Le ministre de l'éducation nationale a alors, par une décision en date du 28 novembre 2023, dont il est demandé la suspension, prononcé à l'encontre de Mme A la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de ses fonctions pour une durée de huit mois, dont quatre mois avec sursis. Mme A a, depuis, été affectée dans un autre collège de Nouméa par une décision du 14 novembre 2023.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, () lorsqu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire.

3. Pour justifier de l'urgence, Mme A fait valoir qu'elle est privée de traitement ce qui met sa situation financière et personnelle en péril. La condition d'urgence est ainsi remplie, d'autant plus que, contrairement à ce qui est soutenu en défense, Mme A sera réaffectéee dans un autre établissement dès sa reprise de fonction, ce qui rend inopérant le moyen tiré de ce que son retour au collège Mariotti perturberait le bon fonctionnement du service et porterait atteinte au lien de confiance de ses élèves avec l'institution.

4. Le moyen tiré de la disproportion de la sanction prise est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Par suite il y a lieu de suspendre la décision du ministre de l'éducation nationale en date du 28 novembre 2023 prononçant à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de ses fonctions de professeur certifié d'éducation musicale pour une durée de 8 mois, dont 4 avec sursis.

5. Cette suspension implique nécessairement la réintégration immédiate de Mme A.

6. Il y a lieu, au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat à verser à Mme A une somme de 180 000 Francs CFP

ORDONNE :

Article 1er : La décision du ministre de l'éducation nationale en date du 28 novembre 2023 prononçant à l'encontre de Mme A la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de ses fonctions de professeur certifié d'éducation musicale pour une durée de 8 mois, dont 4 avec sursis est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : l'Etat est condamné à verser à Mme A une somme de 180 000 francs CFP à Mme A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative .

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'Education Nationale.

Copie en sera adressée au Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie et au vice-recteur de Nouvelle-Calédonie.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.

Le juge des référés,

D. Sabroux

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.N° 240021nd

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