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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2400047

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2400047

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2400047
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantSELARL OLIVIER MAZZOLI AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 février 2024 et un mémoire enregistré le 23 avril 2024, la société Sogea Pacifique, représentée par Me Mazzoli, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Lifou à lui verser la somme de 48 732 382 francs CFP en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi dans le cadre du marché n°9831418T27 relatif à la réalisation des travaux d'aménagement de la déchetterie et de l'installation de déstockage de déchets non dangereux de Lifou ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lifou la somme de 300 000 francs CFP au titre des dispositions de l'article L. 761-1du code de justice administrative.

La société Sogea Pacifique soutient que le marché a fait l'objet d'un décompte général définitif tacite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, la commune de Lifou, représentée par Me Dihace, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Sogea Pacifique la somme de 300 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- la délibération n° 136/CP du 1er mars 1967 portant réglementation des marchés publics ;

- la délibération n° 64/CP du 10 mai 1989 fixant le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux et aux marchés publics de fournitures courantes et de services passés en application de la délibération n° l36 du 1er mars 1967 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les conclusions de Me Chamoun, substituant Me Mazzoli, avocat de la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. En 2018, la commune de Lifou a lancé un appel d'offres composé de onze lots pour la réalisation des travaux d'aménagement de la déchetterie et d'installation de stockage de déchets non dangereux sur l'île de Lifou. Le choix s'est porté sur le groupe d'entreprises Sogea Pacifique pour les lots 2, 4, 5, 9 et 10 dudit marché et l'acte d'engagement du 20 décembre 2018 a été notifié le 27 décembre 2018 par la commune de Lifou. Les travaux ont été achevés le 19 janvier 2022, avec de nombreuses réserves relevées par la commune de Lifou et le maître d'œuvre. La société Sogea Pacifique a notifié le 27 mai 2022 son projet de décompte final à la commune de Lifou ainsi qu'à la maîtrise d'œuvre avec un solde dû au profit de la société d'un montant de 48.732.382 francs CFP.

2. Par ordonnance de référé en date du 13 octobre 2023, le juge des référés du tribunal a condamné la commune de Lifou au paiement de la somme de 48.732.382 francs CFP à titre de provision dans le cadre de ce marché. Par une ordonnance n°23PA04476 du 17 janvier 2024, le juge des référés de la cour administrative d'appel de Paris a annulé cette ordonnance.

3. Par la présente requête, la société Sogea Pacifique demande au tribunal de condamner la commune de Lifou à lui verser la somme de 48 732 382 francs CFP en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi dans le cadre du marché n° 9831418T27 relatif à la réalisation des travaux d'aménagement de la déchetterie et de l'installation de déstockage de déchets non dangereux de Lifou.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Lifou tirée de l'absence de réclamation préalable :

4. L'article 49.22. de la délibération n° 64/CP du 10 mai 1989 fixant les cahiers des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux et aux marchés publics de fournitures courantes et services passés en application de la délibération modifiée n° 136 du 1er mars 1967, stipule, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Si un différend survient directement entre la personne responsable du marché et l'entrepreneur, celui-ci doit adresser un mémoire de réclamation à ladite personne (). ". En vertu de l'article 49.31. du même texte, en l'absence de décision notifiée à l'entrepreneur dans le délai de trois mois à partir de la date de réception du mémoire par la personne responsable du marché, ou si celui-ci n'accepte pas la décision qui lui a été notifiée, l'entrepreneur peut saisir le tribunal administratif compétent. Il ne peut alors porter devant cette juridiction que les chefs et motifs de réclamation énoncés dans la lettre ou le mémoire remis à la personne responsable du marché.

5. En outre, l'apparition d'un différend entre le titulaire du marché et l'acheteur, résulte, en principe, d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de l'acheteur et faisant apparaître le désaccord. Elle peut également résulter du silence gardé par l'acheteur à la suite d'une mise en demeure adressée par le titulaire du marché l'invitant à prendre position sur le désaccord dans un certain délai. En revanche, en l'absence d'une telle mise en demeure, la seule circonstance qu'une personne publique ne s'acquitte pas, en temps utile, des factures qui lui sont adressées, sans refuser explicitement de les honorer, ne suffit pas à caractériser l'existence d'un différend.

6. En l'espèce, par la sommation interpellative délivrée par huissier de justice le 2 novembre 2022, la société Sogea Pacifique a demandé à la commune de Lifou de lui payer, dans un délai de 48 heures, une somme de 27 129 045 francs CFP " représentant le solde du marché de travaux augmenté des frais d'immobilisation de la période Covid augmenté des travaux supplémentaires réalisés et augmenté du coût de la présente sommation ". Le différend est ainsi apparu à l'issue du délai fixé par cette mise en demeure, restée sans réponse. Il appartenait alors à la société Sogea Pacifique de former le mémoire en réclamation prévu par l'article 49.22 du CCAG, puis de saisir ensuite le tribunal. Par suite, en l'absence de mémoire de réclamation, la requête de la société Sogea Pacifique est irrecevable et doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

7. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Sogea Pacifique doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société Sogea Pacifique une somme de 180 000 francs CFP au titre des frais exposés par la société Sogea Pacifique et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Sogea Pacifique est rejetée.

Article 2 : La société Sogea Pacifique versera à la commune de Lifou une somme de 180 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Sogea et à la commune de Lifou.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Prieto, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

G. PRIETOLe président,

D. SABROUX Le greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

nd

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