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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2400055

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2400055

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2400055
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantPIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 février 2024 et un mémoire enregistré le 21 juin 2024, la commune du Mont-Dore, représentée par Me Pieux, demande au tribunal :

1°) de condamner la Nouvelle-Calédonie à lui verser la somme de 63 022 911 francs CFP correspondant aux travaux de réfaction du canal du creek Mamié ;

2°) d'enjoindre à la Nouvelle-Calédonie de prendre en charge les travaux de réfaction du canal du creek Mamié dans un délai de 3 mois, sous astreinte de 100 000 francs CFP par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie la somme de 300 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune du Mont-Dore soutient que :

- la Nouvelle-Calédonie est propriétaire du creek Mamié ;

- la Nouvelle-Calédonie ne peut opposer l'arrêté d'autorisation d'occupation du domaine public en ce qu'il transfère la charge de l'entretien de l'ouvrage à la commune, ni une délégation de compétence au profit de la province sud ;

- le canal du Creek Mamié présente les caractéristiques d'un ouvrage public, affecté au domaine public fluvial de la Nouvelle-Calédonie et relève de la responsabilité du gouvernement ;

- le canal constitue une dépendance du domaine public fluvial et fait partie du domaine public de la Nouvelle-Calédonie ;

- la Nouvelle-Calédonie a commis une abstention fautive en ne prenant pas des mesures de nature à mettre fin à la dégradation du canal du creek Mamié ;

- la commune est intervenue en raison de la carence fautive de la Nouvelle-Calédonie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- la loi organique n°2009-969 du 3 aout 2009 ;

- le code des relations entre le public et l'administration dans sa version applicable en Nouvelle-Calédonie ;

- la délibération n° 105 du 9 aout 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les conclusions de Me Hamon, avocat de la commune requérante, de Mme A, représentant la Nouvelle-Calédonie.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite du passage d'une dépression tropicale le 3 février 2021, des ouvrages en béton canalisant le creek Mamié, au niveau de la commune du Mont-Dore, ont été endommagés, ces désordres entrainant des inondations des terrains limitrophes. De nouveaux dégâts sont apparus à la suite du passage d'une nouvelle dépression tropicale en février 2022. Devant le refus de la Nouvelle-Calédonie de réaliser les travaux auxquels celle-ci était tenue de procéder en sa qualité de maître du domaine public fluvial en cause et des ouvrages qui y avaient été réalisés, la commune du Mont-Dore a été contrainte de mener elle-même certains travaux de confortement des rives du creek Mamié et de sécurisation de ses berges.

2. La commune du Mont-Dore demande au tribunal de condamner la Nouvelle-Calédonie à lui verser la somme de 63 022 911 francs CFP correspondant aux travaux de réfaction du canal du creek Mamié.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la Nouvelle-Calédonie :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

4. En l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.

5. En cas de silence gardé par l'administration sur une réclamation préalable, comme en l'espèce, il convient de faire application des dispositions de l'article R. 421-2 du code de justice administrative, aux termes duquel : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet

6. Aucun texte n'impose à la Nouvelle-Calédonie d'accuser réception des demandes qui lui sont adressées et d'y rappeler les voies et délais de recours. Les articles L. 112-3 et L. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration (CRPA), qui prévoient de telles obligations, ne sont applicables en Nouvelle-Calédonie qu'aux relations entre le public, d'une part, et les organismes et personnes de droit public et de droit privé, autres que les établissements publics, chargés par l'Etat et les communes d'une mission de service public administratif et, le cas échéant, industriel et commercial, d'autre part, conformément aux dispositions de l'article L. 562-3 du même code. De même, l'article 19 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, dont sont issues les dispositions susmentionnées, n'était applicable en Nouvelle-Calédonie qu'aux administrations de l'État et à leurs établissements publics, conformément aux dispositions de l'article 41 de cette même loi dans ses versions antérieures à la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République.

7. En l'espèce, le silence gardé par l'administration sur la demande indemnitaire préalable déposée par la commune du Mont-Dore le 21 avril 2023, a fait naître une décision implicite de rejet le 21 juin 2023. La commune du Mont-Dore avait donc jusqu'au 22 août 2023 pour saisir le juge administratif d'un recours indemnitaire. Une première requête, enregistrée le 18 août 2023, a donc été introduite dans le délai imparti par les dispositions précitées. La commune s'est toutefois désistée le 29 février 2024 et a déposé la présente requête indemnitaire ce même jour.

8. Si l'autorité de la chose jugée par l'ordonnance n°2300402 du 5 mars 2024 qui donne acte de ce désistement d'instance ne s'oppose pas à ce qu'une nouvelle requête ayant la même cause et le même objet puisse être présentée devant le juge, cette ordonnance n'a pas eu pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux de deux mois, prévu par les dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, pour agir contre la décision implicite mentionnée au point précédent. Ce délai ayant expiré le 23 octobre 2023, les conclusions de la présente requête, enregistrée le 29 février 2024, tendant à l'annulation de mêmes décisions, sont tardives et, par conséquent, irrecevables.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la commune du Mont-Dore doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celle présentés au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune du Mont-Dore est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune du Mont-Dore et à la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Prieto, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

G. PRIETOLe président,

D. SABROUX Le greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

pc

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