jeudi 27 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2400083 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | PIEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 avril 2024, le 13 septembre 2024 et le 17 décembre 2024, M. B A, représenté par la SELARL Loïc Pieux, demande au tribunal :
1°) condamner le congrès de la Nouvelle-Calédonie à lui verser la somme de 22 881 882 francs CFP au titre de la reconstitution de sa carrière et de son classement à l'échelon 20 ;
2°) condamner le congrès de la Nouvelle-Calédonie à lui verser la somme de 5 881 793 francs CFP au titre de son droit à indemnité différentielle ;
3°) de mettre à la charge du congrès de la Nouvelle-Calédonie une somme de 150 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- sa créance n'est pas prescrite ;
- sa demande indemnitaire est bien fondée ;
- le protocole transactionnel conclu le 14 décembre 2022 est illégal à défaut de concessions réciproques et à défaut d'habilitation du président du congrès de la Nouvelle-Calédonie pour le signer ;
- l'arrêté n° 903-22/DRH/SGCNCP du président du congrès de la Nouvelle-Calédonie du 14 décembre 2022 portant détachement sur l'emploi de directeur des services de la gestion financière au secrétariat général du congrès de la Nouvelle-Calédonie ayant été annulé, il aurait dû bénéficier d'un classement indiciaire au 20ème échelon de la grille D à compter de l'année 2017 ;
- le congrès de la Nouvelle-Calédonie a méconnu les dispositions de la délibération n° 380 du 11 juin 2003, portant mesures exceptionnelles d'intégration dans la fonction publique de la Nouvelle-Calédonie.
Par trois mémoires en défense, enregistré le 21 juin, le 6 novembre et le 30 décembre 2024, le congrès de la Nouvelle-Calédonie, représenté par la SELARL DetS Legal, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à la mise à la charge de M. A de la somme de 250 000 francs CFP sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le protocole transactionnel du 23 mai 2022 fait obstacle à l'engagement d'un recours contentieux pour le recouvrement des sommes auxquelles M. A prétend ;
- une partie de ses demandes indemnitaires, portant sur le versement des traitements et indemnités différentielles sur la période du 1er novembre 2017 au 31 décembre 2018, et en tout état de cause la créance sollicitée au titre de l'année 2017, sont prescrites ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code civil applicable en Nouvelle-Calédonie ;
- le décret du 2 septembre 1996 portant établissement de la liste des pièces justificatives des paiements des collectivités publiques de Nouvelle-Calédonie et de leurs établissements publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bozzi, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de la SELARL Loïc Pieux, avocat du requérant, et de la SELARL DetS Legal, avocat du congrès de la Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. M. A exerce des fonctions depuis l'année 1999 au sein du congrès de la Nouvelle-Calédonie. Initialement recruté en tant qu'agent contractuel, il est devenu, à compter du 1er novembre 2008, attaché d'administration générale du cadre d'administration générale de la Nouvelle-Calédonie, en bénéficiant alors d'une indemnité différentielle, destinée à compenser la perte de traitement résultant de son intégration dans la fonction publique territoriale de la Nouvelle-Calédonie. Par un arrêté du 22 mai 2022, le président du congrès de la Nouvelle-Calédonie a détaché, à compter du 1er novembre 2021, M. A sur l'emploi de directeur des services de la gestion financière au secrétariat général du congrès, en précisant qu'il bénéficiait à compter de cette même date d'un classement indiciaire au 20ème échelon de la grille D, avec une ancienneté conservée d'un an et six mois. A la suite d'un recours gracieux formé le 20 juillet 2022 par le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, suivi d'un déféré enregistré au greffe du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie le 18 novembre 2022, le président du congrès a, par un arrêté du 14 décembre 2022, abrogé son arrêté du 22 mai 2022 et détaché M. A à compter du 1er novembre 2021 sur l'emploi de directeur des services de la gestion financière au secrétariat général du congrès de la Nouvelle-Calédonie. Enfin, il a été précisé qu'il bénéficiait à compter de cette même date d'un classement indiciaire au 14ème échelon de la grille D. Le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie s'est désisté de son déféré. M. A a formé le 13 février 2023 auprès du congrès de la Nouvelle-Calédonie un recours gracieux tendant au retrait de l'arrêté du 14 décembre 2022. Cette demande ayant été rejetée le 14 avril 2023, il a sollicité auprès du tribunal l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2022. Cette décision a été annulée par un jugement n° 2300269 du tribunal du 23 octobre 2023. Par une demande indemnitaire en date du 21 décembre 2023, M. A a demandé au congrès de la Nouvelle-Calédonie de procéder au remboursement des sommes qu'il aurait dû recevoir du fait de son placement à l'échelon 20 de la grille indiciaire D du 1er novembre 2017 au 1er novembre 2021 et de son droit à une indemnité différentielle. Cette demande a été implicitement rejetée. Par une requête enregistrée au tribunal le 10 avril 2024, M. A sollicite la condamnation du congrès de la Nouvelle-Calédonie à lui verser une somme de 22 881 882 francs CFP au titre de la reconstitution de sa carrière pour la période allant du 1er novembre 2017 au 1er novembre 2021 et de 5 881 793 francs CFP au titre de son droit à une indemnité différentielle.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le congrès de la Nouvelle-Calédonie :
2. Le congrès de Nouvelle-Calédonie oppose une fin de non-recevoir, tirée de ce que le protocole transactionnel du 23 mai 2022 fait obstacle à l'engagement d'un recours contentieux pour le recouvrement des sommes auxquelles M. A prétend.
3. Aux termes du premier alinéa de l'article 2044 du code civil applicable en Nouvelle-Calédonie : " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître ". En vertu de l'article 2052 du même code, un tel contrat a, entre les parties, l'autorité de la chose jugée en dernier ressort. Il résulte de ces dispositions que l'administration peut, afin de prévenir ou d'éteindre un litige, légalement conclure avec un particulier un protocole transactionnel, sous réserve de la licéité de l'objet de ce dernier, de l'existence de concessions réciproques et équilibrées entre les parties et du respect de l'ordre public. Le contrat est exécutoire de plein droit, sans qu'y fassent obstacle, notamment, les règles de la comptabilité publique.
4. Aux termes des stipulations de l'article 1er du protocole transactionnel conclu le 14 décembre 2022 par M. A et le congrès de la Nouvelle-Calédonie : " Le congrès de la Nouvelle-Calédonie s'engage, au regard de la reconstitution de sa carrière à compter du 1er novembre 2021, à classer M. B A à compter du 1er novembre 2021 sur la grille D des " directeurs des services de la Nouvelle-Calédonie " à l'échelon 14 de la grille D de la délibération du 13 décembre 2006 susmentionnée, et à prévoir au sein de ce même arrêté son avancement à l'échelon 15 à compter du 1er mai 2022. ". Le même article précise que, pour sa part, " M. A s'engage aux remboursements des sommes indûment versées au titre de la mise en œuvre de l'arrêté du 23 mai 2022 contesté à savoir la somme de deux millions huit cent soixante-dix-sept sept cent cinquante-deux francs ". L'article 2 du protocole stipule que : " Sous réserve de l'application effective de la mesure prévue à l'article 1er, Monsieur B A renonce de façon ferme, définitive et irrévocable à exercer tout recours juridictionnel contre le congrès " et en particulier à " ne pas solliciter le remboursement des sommes correspondantes à la différence des sommes qu'il aurait dues percevoir s'il avait été détaché sur l'emploi de direction et celles effectivement perçues depuis le 2 janvier 2007 ".
5. Il résulte de ces stipulations que M. A ne peut désormais valablement demander à être indemnisé de préjudices qui sont en lien avec son classement depuis le 2 janvier 2007, alors qu'il a abandonné expressément la réclamation de toute somme énumérée, ou non, dans sa demande initiale et, ainsi, à toute action ou instance, de quelque nature que ce soit.
6. M. A toutefois valoir qu'il est délié de ses concessions résultant du protocole transactionnel du 23 mai 2022.
7. S'il soutient, d'abord, qu'il n'a pas été maintenu à l'échelon 20 comme le prévoyait cette transaction. Néanmoins, l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2022 par le jugement du tribunal du 23 octobre 2023 a eu pour effet de rétablir dans l'ordonnancement juridique l'arrêté du 23 mai 2022 et, par suite, le classement à l'échelon 20 de l'intéressé.
8. Ensuite, contrairement à ce que soutient le requérant, l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2022 n'a pas par elle-même pour effet de faire disparaître rétroactivement le contrat transactionnel, une telle conséquence s'attachant soit à la résolution convenue par les parties, soit à la décision du juge du contrat qui n'a pas été saisi en l'espèce.
9. Par ailleurs, si M. A soutient que le président du congrès ne pouvait signer une telle transaction en mai 2022 sans y être habilité, il ne peut utilement invoquer les dispositions du décret du 2 septembre 1996 portant établissement de la liste des pièces justificatives des paiements des collectivités publiques de Nouvelle-Calédonie et de leurs établissements publics, qui n'ont pas pour objet de désigner l'autorité compétente pour signer une transaction, et qui, en tout état de cause, ne concernent que l'hypothèse dans laquelle la transaction imposerait une dépense au congrès, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.
10. Enfin, les règles de comptabilité publique ne peuvent faire obstacle à l'autorité de la chose jugée attachée à la transaction.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée par le congrès de la Nouvelle-Calédonie doit être accueillie.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du congrès de la Nouvelle-Calédonie, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme à verser au titre des mêmes dispositions au congrès de la Nouvelle-Calédonie, lequel n'a pas eu recours au ministère d'avocat et ne fait état précisément d'aucun frais qu'il aurait exposés pour défendre à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du congrès de la Nouvelle-Calédonie présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au congrès de la Nouvelle-Calédonie.
Copie sera adressée au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président,
- M. Prieto, premier conseiller,
- M. Bozzi, premier conseiller.
Rendu public le 27 février 2025.
Le rapporteur,
F. BozziLe président,
H. Delesalle La greffière,
N. Tauveron
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
nd
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026