vendredi 8 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2400318 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | JURISCAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er juillet, le 19 septembre et le 23 octobre 2024, la SARL Casa, représentée par le cabinet Juriscal, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme mensuelle de 153 000 000 francs CFP, en réparation de la perte de fruits financiers engendrés par le refus du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie de lui accorder le concours de la force publique et à ce que cette indemnisation soit assortie des intérêts légaux à compter du 4 mars 2024 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus du concours de la force publique persistant engage la responsabilité sans faute de l'Etat ;
- elle doit être indemnisée du manque à gagner résultant de l'occupation illicite de ses terrains et de l'impossibilité de réalisation d'un lotissement autorisé d'une somme mensuelle de 153 000 000 francs CFP couvrant la période du 13 décembre 2019 au jour du prononcé du jugement à intervenir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de la SARL Casa.
Il soutient que :
- aucune réparation n'est due, la responsabilité de l'Etat n'étant pas ici susceptible d'être engagée sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques, et le caractère certain du préjudice allégué, dont le montant n'est pas valablement évalué, n'est pas démontré.
Vu :
- le jugement du tribunal n°1900307 du 12 décembre 2019 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999, relatives à la Nouvelle-Calédonie ;
- le code civil applicable à la Nouvelle-Calédonie ;
- le code de procédure civile de la Nouvelle-Calédonie ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ;
- la loi n° 2012-1270 du 20 novembre 2012, et notamment son article 34 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bozzi, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Loste pour la société requérante et de M. A, représentant l'Etat.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Casa a obtenu par ordonnance du 17 janvier 2001 du juge des référés du tribunal de première instance de Nouméa l'expulsion d'habitants sans titre d'un terrain lui appartenant, situé Faubourg Blanchot à Nouméa. Par un jugement du 30 janvier 2003, le tribunal administratif a reconnu l'Etat responsable des conséquences dommageables résultant du refus de lui accorder le concours de la force publique pour l'exécution de cette décision judiciaire et lui a alloué des indemnités en réparation du préjudice subi. Par jugements du 14 avril 2005, 23 septembre 2009, 22 novembre 2012 et 13 mai 2015 du tribunal administratif, la société requérante a bénéficié d'indemnités jusqu'au 13 mai 2015. Par un jugement du 16 mai 2019, le tribunal administratif a rejeté une demande d'indemnisation pour la période postérieure au 13 mai 2015, au motif de la tardiveté de la requête. La société requérante a formé une nouvelle demande préalable auprès de l'administration le 6 mai 2019 qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par un jugement du 12 décembre 2019 devenu définitif, le tribunal a condamné l'Etat à lui verser une somme de 600 000 francs CFP par mois pour la période courant à partir du 13 mai 2015 jusqu'à la date de prononcé du jugement ou au jour de libération des lieux. Par une lettre en date du 4 mars 2024, la SARL Casa a saisi le haut-commissaire de la République française d'une nouvelle réclamation préalable pour la période courant du 13 décembre 2019 jusqu'à la date du jugement à intervenir. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
2. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. Lorsqu'un tel refus est légalement opposé, aucune faute ne saurait être reprochée à l'Etat. La responsabilité de ce dernier reste néanmoins, même dans un tel cas, toujours susceptible d'être engagée sur le terrain de l'égalité devant les charges publiques.
3. La perte de bénéfices ou le manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser une opération immobilière revêt un caractère éventuel et ne peut, dès lors, en principe, ouvrir droit à réparation. Il en va toutefois autrement si le requérant justifie de circonstances particulières, telles que des engagements souscrits par de futurs acquéreurs ou l'état avancé des négociations commerciales avec ces derniers, permettant de faire regarder ce préjudice comme présentant, en l'espèce, un caractère direct et certain. Il est fondé, si tel est le cas, à obtenir réparation au titre du bénéfice qu'il pouvait raisonnablement attendre de cette opération.
4. Il résulte en l'espèce de l'instruction que le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie avait été valablement saisi d'une demande de concours de la force publique le 30 septembre 2004 qui a ensuite été régulièrement réitérée, dont la dernière fois le 24 avril 2017 selon le jugement du 12 décembre 2019, il y a donc plus de 7 années à ce jour. Le haut-commissaire ayant gardé le silence sur l'ensemble de ces demandes, l'intéressée avait ainsi fait l'objet dès le 30 novembre 2004 d'une décision implicite de refus de concours, constamment confirmée par les décisions implicites de refus postérieures. La SARL Casa ne justifie toutefois pas avoir renouvelé depuis cette date une telle demande de concours auprès de l'Etat, la réclamation préalable du 4 mars 2024 n'ayant pas cet objet, et n'établit pas au demeurant que le terrain serait encore occupé à ce jour dans sa totalité, faisant échec à la réalisation de tout projet de construction. L'existence même d'un préjudice en lien avec une décision de l'administration n'est ainsi pas démontrée.
5. A supposer même que la requérante soit ici fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour rupture d'égalité devant les charges publiques en raison du refus de ce dernier d'exécuter l'ordonnance d'expulsion prononcée par la juridiction civile, le préjudice qu'elle invoque, et qui consiste dans la perte de bénéfices ou le manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser une opération immobilière, présente en l'espèce un caractère éventuel. A cet égard, la SARL Casa se prévaut d'une autorisation de lotir en date du 17 janvier 2013 devenue caduque à ce jour, l'intéressée n'ayant pas manifesté depuis cette date sa volonté de réaliser un tel aménagement, qui ne valait en tout état de cause pas autorisation de construire des bâtiments. En outre, la société ne verse pas aux débats les engagements d'acquéreurs potentiels. Par suite, et en l'absence de circonstances particulières permettant de faire regarder le préjudice invoqué comme présentant un caractère direct et certain, la SARL Casa n'est pas fondée à obtenir réparation au titre du bénéfice qu'elle pouvait raisonnablement attendre de cette opération immobilière.
6. Au surplus, l'expertise immobilière en valeur locative en date du 30 avril 2018, au-delà même de son caractère obsolète, ne comporte aucune référence à l'économie de l'opération projetée, c'est-à-dire au montant des recettes attendues pour la vente des logements au regard du prix de vente estimatif en l'état du marché local de l'immobilier, rapporté au coût de l'opération, le prix de vente et le bilan économique étant à comparer avec ceux d'une opération similaire réalisée sur la commune. Le taux de rentabilité après impôt n'est ni estimé ni confronté aux gains usuels de la profession de promoteur pour une telle opération. Enfin, le montant du préjudice réclamé correspond à une " valeur mensuelle d'indemnité d'occupation " alors qu'il ne s'agit pas en l'espèce d'examiner l'hypothèse dans laquelle la SARL Casa aurait été privée des loyers dont les occupants lui appartenant lui auraient été redevables. Au demeurant, la société ne soutient ni même n'allègue avoir eu pour intention de louer le terrain dont elle avait fait l'acquisition en 1995. Le préjudice n'est ainsi ni correctement identifié ni valablement évalué.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SARL Casa tendant à la condamnation de l'Etat doivent être rejetées, y compris les conclusions accessoires tendant à l'application des intérêts légaux sur l'indemnisation réclamée.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, versent à la SARL Casa une somme que celle-ci demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Casa est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Casa et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 31 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Prieto, premier conseiller,
M. Bozzi, premier conseiller.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.
Le rapporteur,
F. BOZZILe président,
D. SABROUX Le greffier de chambre,
J. LAGOURDE
cb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026