vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2400343 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SELARL RAPHAËLE CHARLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Charlier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) la condamnation de la Nouvelle-Calédonie à lui payer, au titre de l'indemnisation du préjudice qu'il a subi du fait de l'absence d'évolution de sa rémunération, la somme de 13 445 000 francs CFP, à parfaire à la-date du règlement effectif et augmentée des intérêts au taux légal à compter de la réception de la réclamation préalable, le 23 mars 2024, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 30 000 francs CFP par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie la somme de 300 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- l'arrêté n° 2017-415/GNC du 14 février 2017 est illégal ;
- cette illégalité fautive engage la responsabilité de la Nouvelle-Calédonie ;
- le préjudice subi correspond à la différence entre les éléments de rémunération qui lui ont été versés et le montant qu'elle aurait dû percevoir si le gouvernement avait légalement fait évoluer la rémunération des praticiens hospitaliers.
Un mémoire, enregistré le 20 septembre 2024, n'a pas été communiqué.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, que la requête est partiellement irrecevable et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- la délibération n° 139/CP du 26 mars 2004 portant statut des praticiens des établissements hospitaliers de la Nouvelle-Calédonie ;
- l'arrêté n° 2017-415/GNC du 14 février 2017 relatif aux émoluments ou indemnités des praticiens et assistants des établissements hospitaliers de la Nouvelle-Calédonie ;
- l'arrêté du 8 juillet 2022 relatif aux émoluments, rémunérations ou indemnités des personnels médicaux, pharmaceutiques et odontologiques exerçant leurs fonctions dans les établissements publics de santé du ministre de la santé ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- les observations de Me Charlier, avocate du requérant,
- les observations de Mme D et de M. C, représentants le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, praticien des établissements hospitaliers exerçant au centre hospitalier spécialisé Gaston Bourret, demande au tribunal de condamner la Nouvelle-Calédonie à lui payer, au titre de l'indemnisation du préjudice qu'il a subi du fait de l'absence d'évolution de sa rémunération, la somme de de 13 445 000 francs CFP, à parfaire à la-date du règlement effectif et augmentée des intérêts au taux légal à compter de la réception de la réclamation préalable du 23 mars 2024, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 30 000 francs CFP par jour de retard.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la Nouvelle-Calédonie :
2. Si la Nouvelle-Calédonie soutient que les sommes réclamées par M. A pour la période comprise entre le 23 mars 2024, date de sa demande préalable et le dépôt de sa requête, le 19 juillet 2024, n'ont pas fait l'objet d'une demande particulière, il était loisible au requérant d'ajuster la période en litige à la date de sa requête, qui ne constitue qu'un développement et un complément de la demande initiale, se rattache au même fait générateur et repose sur la même cause juridique que le chef de préjudice invoqué dans la demande préalable. Par suite, la requête de M. A est recevable.
Sur la demande indemnitaire :
3. Aux termes de l'article 15 de la délibération n° 139/CP du 26 mars 2004 portant statut des praticiens des établissements hospitaliers de la Nouvelle-Calédonie : " Les praticiens perçoivent après service fait : 1. des émoluments mensuels variant selon l'échelon des intéressés ; 2. des indemnités de sujétion correspondant au temps de travail effectué, dans le cadre des obligations de service hebdomadaires, la nuit, le samedi après-midi, le dimanche et les jours fériés ; 3. des indemnités forfaitaires pour tout temps de travail additionnel accompli, sur la base du volontariat, au-delà des obligations de service hebdomadaires ; 4. des indemnités correspondant aux astreintes et aux déplacements auxquels elles peuvent donner lieu ; 5. une indemnité d'engagement de service public exclusif versée aux praticiens qui s'engagent, pour une période de trois années renouvelable, à ne pas exercer une activité libérale ; 6. des indemnités pour activité dans plusieurs établissements versées pour favoriser la mise en réseau des établissements visés à l'article 4 ainsi que les actions de coopération ; 7. des indemnités pour participation aux jurys de concours, à l'enseignement et à la formation des personnels du secteur sanitaire et social dont le montant est fixé par arrêté du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Les niveaux de rémunération, alinéa 1, sont ceux en vigueur en métropole affectés d'un coefficient de correction de 1,73 pour les praticiens affectés au CHT Gaston Bourret et au CHS Albert Bousquet. Il est de 1,94 pour les praticiens recrutés au centre hospitalier du Nord ou par les centres hospitaliers de la Nouvelle-Calédonie et affectés hors communes de Nouméa, Dumbéa, Mont-Dore et Païta. Les indemnités prévues aux alinéas 2, 4 et 5 correspondront, au 1er janvier 2007, à celles servies en métropole, affectées du coefficient 1,73. L'indemnité prévue à l'alinéa 3 correspond à l'indemnité servie en métropole, affectée du coefficient 1,73. Les indemnités prévues aux alinéas 5 et 6 ne sont pas soumises à retenue pour pension. Les montants et les modalités de versement des salaires et indemnités ainsi que leurs revalorisations sont fixées par arrêté du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie () ". Par ailleurs l'arrêté n° 2017-415/GNC du 14 février 2017 relatif aux émoluments ou indemnités des praticiens et assistants des établissements hospitaliers de la Nouvelle-Calédonie fixe pour les échelons 1 à 13 les niveaux de rémunération mensuelle définis à l'article 15 de la délibération modifiée n° 139/CP du 26 mars 2004 ainsi que le montant de l'indemnité d'engagement de service public exclusif prévue au paragraphe 5 de l'article 15 de cette même délibération. Enfin, les montants et les modalités de versement des salaires et indemnités, ainsi que leurs revalorisations, sont fixés par arrêté du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
4. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 8 juillet 2022 relatif aux émoluments, rémunérations ou indemnités des personnels médicaux, pharmaceutiques et odontologiques exerçant leurs fonctions dans les établissements publics de santé : " Les émoluments, rémunérations ou indemnités des personnels médicaux, pharmaceutiques et odontologiques exerçant leurs fonctions à temps plein ou à temps partiel dans les établissements publics de santé sont fixés (montants bruts) conformément aux tableaux figurant en annexes. "
5. M. A soutient que le niveau de rémunération des praticiens des établissements hospitaliers, tel qu'il résulte de l'arrêté du 14 février 2017, n'est plus conforme aux dispositions de l'article 15 de la délibération du 26 mars 2004. Il soutient également qu'en s'abstenant d'abroger les dispositions de l'arrêté du 14 février 2017 devenues contraires à l'article 15 de la délibération du 26 mars 2004, la Nouvelle-Calédonie a commis une faute qui l'a privé des émoluments et indemnités auxquels il avait droit pour la période du 1er janvier 2021 au 20 septembre 2024.
6. En France métropolitaine, au 1er février 2017, les émoluments, rémunérations ou indemnités des praticiens des établissements hospitaliers étaient fixés par l'arrêté ministériel du 15 juin 2016 " relatif aux émoluments, rémunérations ou indemnités des personnels médicaux, pharmaceutiques et odontologiques exerçant leurs fonctions à temps plein ou à temps partiel dans les établissements publics de santé ". Les montants des émoluments et de l'indemnité d'engagement de service public exclusif (IESPE), ont été réévalués à plusieurs reprises depuis lors.
7. La Nouvelle-Calédonie soutient en défense que l'article 15 de la délibération du 26 mars 2004 doit être interprété comme se référant aux niveaux de rémunération applicables en droit national au seul moment de l'entrée en vigueur de la délibération, soit le 25 avril 2004. Il résulte toutefois de l'instruction qu'à compter du 1er janvier 2007, chaque revalorisation intervenant en métropole s'est accompagnée d'une revalorisation locale à la même date et de même ampleur, de sorte que les montants métropolitains et les montants locaux sont demeurés identiques jusqu'en 2017, année à compter de laquelle les émoluments versés en métropole deviennent, au fil des revalorisations successives à compter de cette date, supérieurs en valeur aux émoluments servis sur le territoire. Pour sa part, le montant métropolitain de l'IESPE a dépassé celui de la Nouvelle-Calédonie à partir du 1er mars 2021. Par suite, la Nouvelle-Calédonie, qui s'est elle-même conformée pendant 10 ans aux dispositions de l'article 15 de la délibération du 26 mars 2004 avant le revirement opéré à compter de 2017, ne peut dès lors sérieusement soutenir que ces dispositions ne prévoient pas une évolution parallèle du montant des émoluments et de l'IESPE.
8. Dans ces conditions, la décision litigieuse rejetant implicitement la réclamation préalable de M. A est entachée d'illégalité dès lors que la Nouvelle-Calédonie était tenue d'appliquer la règle dont elle s'est elle-même dotée et qu'elle aurait été, au demeurant, en mesure d'abroger si elle l'avait estimé nécessaire.
9. Le préjudice matériel subi par le requérant présente un lien de causalité direct avec l'illégalité fautive relevée aux points précédents et le requérant est par suite fondé à demander réparation du préjudice occasionné par ce refus illégal. L'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant exact de l'indemnité due à M. A. Il y a lieu, par conséquent, de le renvoyer devant la Nouvelle-Calédonie pour y être procédé à la liquidation des sommes dues, recouvrant la revalorisation de ses émoluments indexée sur le niveau en vigueur en métropole et l'indemnité d'engagement de service public exclusif correspondant à l'indemnité servie en métropole, l'ensemble pour la période comprise entre le 1er janvier 2021 et le 20 septembre 2024.
Sur les intérêts :
10. M. A a droit aux intérêts de la somme qui lui est due par la Nouvelle-Calédonie à compter de la date de réception de sa demande préalable, soit le 23 mars 2024.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre la Nouvelle-Calédonie à verser les sommes dues à M. A dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement, sous astreinte de 30 000 francs CFP par jour à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie une somme de 100 000 francs CFP au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La Nouvelle-Calédonie est condamnée à verser à M. A, avec intérêts au taux légal à compter du 23 mars 2024, le montant de la revalorisation de ses émoluments et de l'indemnité d'engagement de service public exclusif (IESPE) dans les conditions décrites au point 9 du présent jugement, pour la période comprise entre le 1er janvier 2021 et le 20 septembre 2024, dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent jugement, sous astreinte de 30 000 francs CFP par jour à compter de cette date.
Article 2 : M. A est renvoyé devant la Nouvelle Calédonie pour la liquidation et le paiement de la condamnation prononcée à l'article 1er du présent jugement.
Article 3 : La Nouvelle-Calédonie versera à M. A une somme de 100 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la Nouvelle-Calédonie.
Copie en sera adressée au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Prieto, premier conseiller,
M. Bozzi, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le rapporteur,
G. PRIETOLe président,
D. SABROUX Le greffier de chambre,
J. LAGOURDE
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026