Le Tribunal Administratif de la Guadeloupe a rejeté la requête de Mme A..., praticienne hospitalière contractuelle, qui demandait la condamnation du centre hospitalier de Basse-Terre à lui verser des indemnités de précarité pour la période de 2017 à 2023. Le tribunal a jugé que la requête était tardive, car la décision implicite de rejet de sa demande, née du silence de l'administration, n'avait pas été contestée dans le délai de deux mois prévu à l'article R. 421-2 du code de justice administrative, et ce sans que l'absence d'accusé de réception ne lui soit opposable. Par conséquent, la demande de Mme A... a été déclarée irrecevable.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 décembre 2023 et le 14 janvier 2025, Mme B... A... représentée par Me A..., demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Basse-Terre à lui verser la somme de 41 810,064 euros au titre des indemnités de précarités ;
2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il ne peut lui être opposée l’application de la loi RIST dès lors que celle-ci est entrée en vigueur postérieurement à la date de conclusion de son contrat ;
- pour les contrats établis sur la période allant de septembre 2017 à mai 2022, elle a droit au versement de la prime de précarité prévue par l’article L. 1243-8 du code du travail, à hauteur de 37 050 euros ; il ne ressort pas de ses fiches de paie qu’elle ait reçu ces indemnités ;
- pour les contrats établis sur la période allant de janvier 2023 à juin 2023, elle a droit au versement de l’indemnité de fin de contrat prévue par l’article R. 6152-375 du code de la santé publique et par l’arrêté du 5 février 2022, à hauteur de 4 760,064 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le centre hospitalier de la Basse-Terre, représenté par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de Mme A... la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire,
- s’agissant des contrats établis le 7 septembre, le 2 octobre et le 16 octobre 2017, la créance dont la requérante se prévaut était prescrite à la date d’introduction de la requête ;
- s’agissant des contrats établis entre octobre 2018 et juin 2021, l’indemnité de précarité était comprise dans les émoluments mensuels qui lui ont été versés ;
- s’agissant des contrats établis le 27 juin 2022 et le 16 janvier 2023, la requérante recevait une rémunération annuelle brute de 95 201,28 euros, excédant le seuil fixé à l’article 1er de l’arrêté du 5 février 2022 ;
- la requérante ne peut prétendre à l’indemnité de fin de contrat dès lors qu’elle a refusé de postuler sur un poste vacant de praticien hospitalier titulaire à l’issue de son dernier contrat.
Par une ordonnance du 12 décembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 février 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Sollier,
- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public.
Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
Mme B... A... a exercé comme praticienne hospitalière contractuelle au sein du service d’imagerie médicale du centre hospitalier de la Basse-Terre du 1er novembre 2017 au 30 juin 2023, sous couvert de plusieurs contrats à durée déterminée successifs. Par des courriels du 26 juillet 2023 et des courriers du 7 août et du 30 octobre 2023, elle a demandé au centre hospitalier de la Basse-Terre le versement de ses indemnités de précarité au titre de ses contrats de travail pour la période allant de 2016 à 2023. Par la présente requête, Mme A... demande au tribunal la condamnation du centre hospitalier de la Basse-Terre à lui verser ces indemnités pour un montant de 41 810,64 euros.
En premier lieu, aux termes de l’article R. 421-2 du code de justice administrative : « Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l’autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l’intéressé dispose, pour former un recours, d’un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet (…) ». En vertu de l’article L. 112-2 du code des relations entre le public et l’administration, ne sont applicables aux relations entre l’administration et ses agents ni les dispositions de l’article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles « Toute demande adressée à l’administration fait l’objet d’un accusé de réception », ni celles de l’article L. 112-6 du même code qui dispose que « les délais de recours ne sont pas opposables à l’auteur d’une demande lorsque l’accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation (…) ». Enfin, l’article L. 231-4 du code des relations entre le public et l’administration prévoit que le silence gardé par l’administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre l’administration et ses agents.
Il résulte de l’ensemble des dispositions citées au point précédent qu’en cas de naissance d’une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l’administration pendant la période de deux mois suivant la réception d’une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l’encontre d’un agent public, alors même que l’administration n’a pas accusé réception de la demande avec indication des voies et délais de recours, les dispositions des articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l’administration n’étant pas applicables aux agents publics.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que Mme A... a adressé, le 26 juillet 2023, un courriel à la présidente de la commission médicale d’établissement du centre hospitalier de Basse-Terre dans lequel elle a sollicité le « versement de ses indemnités de précarité » en tant que praticienne hospitalière contractuelle, à hauteur de « 10 % du total des salaires versés », estimant que « la nouvelle règlementation ne s’applique pas à [son] cas ». Ce courriel doit être regardé comme une demande indemnitaire préalable qui a été reçue le 26 juillet 2023 et implicitement rejetée le 26 septembre suivant. En conséquence, en application des dispositions de l’article R. 421-1 du code de justice administrative, le délai de recours dont l’intéressée disposait pour saisir le tribunal administratif de conclusions indemnitaires expirait le 27 novembre 2023. S’il ressort des pièces du dossier que Mme A... a adressé deux autres demandes indemnitaires préalables en date du 7 août et du 30 octobre 2023, reçues respectivement le 14 août et le 22 novembre 2023, celles-ci ne sont pas distinctes de celle du 26 juillet 2023 dès lors qu’elles ont le même objet que celle du 26 juillet 2023, qu’elles sont fondées sur les mêmes faits générateurs, qu’il n’est pas fait état de préjudices qu’il aurait été impossible de connaître ou qui ne pouvait être regardés comme ayant été révélés dans toute leur ampleur avant la première décision implicite de rejet du 26 septembre 2023, et qu’aucun chef de préjudices n’a été expressément réservé par la requérante. Ainsi, la décision qui rejetterait les deuxième et troisième demandes indemnitaires préalables de Mme A... seraient purement confirmatives de la première décision de rejet et ne pourraient rouvrir les délais de recours contentieux. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires de l’intéressé, enregistrées le 29 décembre 2023 au greffe du tribunal administratif de la Guadeloupe, sont tardives et la fin de non-recevoir opposée en défense par le centre hospitalier de Basse-Terre doit être accueillie.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la directrice du centre hospitalier de la Basse-Terre.
Délibéré après l'audience du 11 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Santoni, président,
Mme Biodore, conseillère,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.
La rapporteuse,
Signé
M. SOLLIER
Le président,
Signé
J.-L. SANTONI
La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière
Signé
L. LUBINO