vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2401359 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | HATCHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024, M. C B, représenté par Me Hatchi, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 octobre 2024 du préfet de la Guadeloupe l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, lui en interdisant le retour pendant une période de trois ans et fixant le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de réexaminer sa situation et de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;
4°) en cas d'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de mettre en œuvre son retour en Guadeloupe ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est présumée dès lors que la mesure d'éloignement litigieuse peut être exécutée d'office à tout moment ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à mener une vie privée et familiale, protégé par les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, L.613-1, L.423-21, L.423-7 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que s'il a été incarcéré en 2024, il est arrivé en Guadeloupe à l'âge d'un an, que sa mère est en situation irrégulière, que ses frères et sœurs sont de nationalité française et vivent en Guadeloupe, qu'il est père de deux enfants français dont il s'occupe, qu'il vit en concubinage depuis plus de 3 ans avec une femme de nationalité française.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Ismaël, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de M. Santoni
- les observations de Me Hatchi, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
Le préfet de la Guadeloupe n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, le 11 octobre 2024 à 11h15.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant dominicain né le 3 mars 1983 à Goodwill (la Dominique), déclare être entré sur le territoire français à l'âge d'un. Par un arrêté 8 octobre 2024, le préfet de la Guadeloupe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui en interdisant le retour pendant une période de trois ans et fixant le pays de renvoi. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
5. En l'espèce, par une décision du 8 octobre 2024, le préfet de la Guadeloupe a placé l'intéressé en rétention administrative dans l'attente de l'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. De plus, les dispositions de l'article L. 761-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rendent inapplicables en Guadeloupe les dispositions de l'article L. 722-7 du même code dotant les recours contentieux formés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi d'un effet suspensif de l'éloignement effectif de l'étranger concerné. Compte tenu de ces éléments, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est remplie.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
6. En se bornant à soutenir, sans l'établir, que toute sa vie privée et familiale se situe en France, dès lors qu'il est arrivé en Guadeloupe à l'âge d'un an, que sa mère est en situation irrégulière, que ses frères et sœurs sont de nationalité française et vivent en Guadeloupe, qu'il est père de deux enfants français dont il s'occupe, qu'il vit en concubinage depuis plus de 3 ans avec une femme de nationalité française, M. B n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté de mener une vie prive et familiale normale.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet de la Guadeloupe.
Fait à Basse-Terre, le 11 octobre 2024.
Le juge des référés
Signé
J-L. SANTONI
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme
L'adjointe de la greffière en chef
Signé
A. CETOL