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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100885

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100885

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100885
TypeDécision
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPALOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2021, Mme D A, représentée par Me Palou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2020 par lequel le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision portant refus de séjour ne justifie pas de sa compétence ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été transmis à la requérante ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 4 mars 2021, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lacau, première conseillère, pour présider la chambre du tribunal administratif de la Guyane, en application de l'article R. 222-17 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bernabeu ;

- Mme A et le préfet de la Guyane n'étant ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne née en 1979, est, selon ses déclarations, entrée en France en 2017. Elle a sollicité le 2 juin 2020 le bénéfice d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11, 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Par un arrêté du 12 novembre 2020, le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, par un arrêté n° R03-2020-02-27-003 du 27 février 2020, le préfet de la Guyane a donné délégation à M. B, directeur général de la sécurité, de la réglementation et des contrôles, à l'effet de signer les décisions prévues sous la rubrique intitulée " en matière d'éloignement et de contentieux ", et notamment les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français avec et sans délai, les refus de séjour et les interdictions de retour sur le territoire français. Par un arrêté n° R03-2020-10-01-001 du 1er octobre 2020, publié le 2 octobre suivant au recueil des actes administratifs n° R03-2020-219, M. C, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu une subdélégation de signature de la part de M. B pour l'ensemble des décisions relevant de la rubrique précitée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si Mme A soutient que l'arrêté litigieux serait entaché d'un vice de procédure à défaut pour l'administration de lui avoir communiqué l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité préfectorale de joindre cet avis à une décision de refus de titre de séjour en qualité d'étranger malade. En tout état de cause, le préfet de la Guyane a produit en cours d'instance une copie de cet avis, qui a été communiquée à l'intéressée. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Mme A soutient que l'arrêté litigieux porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale dès lors que, présente en France depuis 2017, elle y réside avec ses deux enfants scolarisés. Si Mme A justifie de sa présence depuis 2017, notamment par la production de documents administratifs et médicaux, il est constant qu'entrée sur le territoire français à l'âge de 38 ans, elle a passé la quasi-totalité de sa vie en Haïti, où elle n'allègue pas être dépourvue de tout lien familial. En outre, si Mme A, célibataire, a deux enfants nés en 2009 et 2014, il ne ressort pas des pièces du dossier que les pères respectifs seraient en situation régulière sur le territoire français. Mme A étant dépourvue de toute autre attache familiale en France, la circonstance que ses enfants sont scolarisés en Guyane depuis 2018 n'est pas, à elle seule, de nature à lui conférer un droit au séjour. Enfin, sans emploi, Mme A ne démontre pas une insertion professionnelle au sein de la société française. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent, la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

7. Mme A ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision portant refus de séjour dès lors que, d'une part, elle n'a pas sollicité de titre de séjour sur ce fondement et, d'autre part, le préfet de la Guyane, qui n'y était pas tenu, n'a pas examiné sa situation personnelle au regard de ces dispositions.

8. En dernier lieu, le détournement de procédure allégué n'est pas établi par les pièces du dossier.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme A ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.

10. La décision fixant le pays de destination, fondée sur la mesure d'éloignement précitée, n'est pas dépourvue de base légale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller,

Mme Deleplancque, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé

S. BERNABEU

La première conseillère, présidente d'audience,

Signé

M.-T. LACAU La greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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