jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2201454 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, et régularisée le 24 octobre 2022, Mme C B doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 août 2022 par laquelle le directeur général de sécurité, de la réglementation et des contrôles de la préfecture de la Guyane a rejeté sa demande de prise en charge des frais de repas dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui verser la somme correspond à la prise en charge des frais de repas pour les 84 jours travaillés durant la période d'état d'urgence sanitaire.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- la décision en litige a été prise en méconnaissance des dispositions du décret n° 2020-404 du 7 avril 2020 dès lors qu'elle remplissait les conditions pour la prise en charge de 84 repas ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle revêt un caractère discriminatoire et constitue une rupture dans l'égalité de traitement entre agents d'un même corps.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un courrier en date du 26 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête de Mme B dès lors que la décision en litige présente le caractère d'une décision confirmative de la décision implicite de rejet de sa demande, née le 4 novembre 2021, et devenue définitive le 4 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°2020-404 du 7 avril 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marcisieux ;
- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public ;
- et les observations de Mme A, représentant le préfet de la Guyane et le secrétariat général pour l'administration de la police nationale de Guyane.
Mme B n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, surveillante principale de standard au 3ème échelon, est affectée à la police aux frontières de Saint-Laurent-du-Maroni depuis le 1er septembre 2019. Par un courrier du 3 septembre 2021, l'intéressée a demandé au préfet de la Guyane de prendre en charge les frais de 84 repas dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire pour les périodes du 16 mars 2020 au 17 septembre 2020 et du 17 octobre 2020 au 30 septembre 2021. Par un courrier du 10 août 2022, le directeur général de la sécurité et de la réglementation des contrôles de la préfecture de la Guyane a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision portant rejet de sa demande de prise en charge de ses frais de repas pendant l'état d'urgence sanitaire.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Aux termes l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".
3. En application des dispositions précitées, il est de principe qu'une deuxième décision dont l'objet est le même que la première revêt un caractère confirmatif, dès lors que ne s'est produit entre temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.
4. Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. () ". Toutefois, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". Enfin, l'article L. 231-4 du même code prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.
5. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B a sollicité la prise en charge de ses frais de repas dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire par un courrier du 3 septembre 2021, réceptionné le 7 septembre par l'administration. Le silence gardé par l'administration sur la demande de l'intéressée a fait naître une décision implicite de rejet le 7 novembre 2021, devenue définitive le 8 janvier 2022. Ainsi, en l'absence de changement dans les circonstances de fait ou de droit, la décision du 10 août 2022 rejetant expressément sa demande du 3 septembre 2021, présente un caractère confirmatif de la décision implicite de rejet du 7 novembre 2021 et n'a pas eu pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de Mme B sont irrecevables.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée comme irrecevable.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Guyane.
Copie sera adressée à la cheffe du service du secrétariat général pour l'administration de la police nationale de Guyane.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Marcisieux, conseillère,
Mme Topsi, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
M.-R. MARCISIEUX
Le président,
Signé
O. GUISERIX La greffière,
Signé
S. PROSPER
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER