jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2201456 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, Mme C B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 août 2022 par laquelle le directeur général de sécurité, de la réglementation et des contrôles de la préfecture de la Guyane a rejeté sa demande de prise en charge des frais de repas dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, réceptionnée le 12 juillet 2021 par le service territorial de la police aux frontières de la Guyane ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui verser la somme correspond à la prise en charge des frais de repas pour les 131 jours travaillés durant la période d'état d'urgence sanitaire.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- la décision en litige a été prise en méconnaissance des dispositions du décret n°2020-404 du 7 avril 2020 dès lors qu'elle remplissait les conditions pour la prise en charge de 131 repas ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle revêt un caractère discriminatoire et constitue une rupture dans l'égalité de traitement entre agents d'un même corps.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un courrier en date du 18 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête de Mme B dès lors que la décision en litige présente le caractère d'une décision confirmative de la décision implicite de rejet de sa demande, née le 12 septembre 2021, et devenue définitive le 13 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°2020-404 du 7 avril 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Deleplancque ;
- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;
- et les observations de Mme A, représentant le préfet de la Guyane et le secrétariat général pour l'administration de la police nationale de Guyane.
Mme B n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, gardien de la paix, est affectée à la police aux frontières de Saint-Georges depuis le 1er mai 2016. Par un courrier du 7 juillet 2021, réceptionné le 12 juillet suivant par le service territorial de la police aux frontières, l'intéressée a demandé au préfet de la Guyane de prendre en charge les frais de 131 repas dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. Par un courrier du 10 août 2022, le directeur général de la sécurité et de la réglementation des contrôles de la préfecture de la Guyane a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision portant rejet de sa demande de prise en charge de ses frais de repas pendant l'état d'urgence sanitaire.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Aux termes l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".
3. En application des dispositions précitées, il est de principe qu'une deuxième décision dont l'objet est le même que la première revêt un caractère confirmatif, dès lors que ne s'est produit entre temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.
4. Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. () ". Toutefois, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". Enfin, l'article L. 231-4 du même code prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.
5. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B a sollicité la prise en charge de ses frais de repas dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire par un courrier du 7 juillet 2021, réceptionné le 12 juillet suivant. Le silence gardé par l'administration sur la demande de l'intéressée a fait naître une décision implicite de rejet le 12 septembre 2021, devenue définitive le 13 novembre 2021. Ainsi, en l'absence de changement dans les circonstances de fait ou de droit, la décision du 10 août 2022 rejetant expressément sa demande du 7 juillet 2021, présente un caractère confirmatif de la décision implicite de rejet du 12 septembre 2021 et n'a pas eu pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de Mme B sont irrecevables.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête, que celle-ci doit être rejetée comme irrecevable.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Guyane.
Copie sera adressée à la cheffe du service du secrétariat général pour l'administration de la police nationale de Guyane.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
C. DELEPLANCQUE
Le président,
Signé
O. GUISERIX La greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER