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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201760

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201760

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201760
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET SEBAN&ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 décembre 2022 et le 21 avril 2023,

Mme D A, représentée par Me Baghdasarian, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juillet 2022 par laquelle l'Établissement Public Foncier et d'Aménagement de la Guyane a décidé d'exercer son droit de préemption sur les parcelles AK540 et AK1019 situées avenue Gaston Monnerville, route de Saint-Laurent à Saint-Laurent du Maroni ;

2°) de mettre à la charge de l'Établissement Public Foncier et d'Aménagement de la Guyane la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 213-2 et R. 213-7 du code de l'urbanisme car elle est intervenue plus de deux mois après la réception, le 10 mai 2022, de la déclaration d'intention d'aliéner.

Par un mémoire, enregistré le 15 janvier 2024, M. C B, son fils, déclare reprendre l'instance engagée par Mme A, décédée le 7 novembre 2023.

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 11 janvier et le 10 mai 2023 et le

1er février 2024, l'Établissement Public Foncier et d'Aménagement de la Guyane, représenté par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de

Mme A la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un courrier du 28 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la requête serait irrecevable, car les conclusions à fin d'annulation seraient tardives, le recours gracieux du

23 septembre 2022, exercé tardivement contre la décision du 18 juillet 2022 notifiée le

19 juillet 2022, n'ayant pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux.

M. B a présenté le 2 et le 10 septembre 2024 des observations en réponse à ce moyen d'ordre public, qui ont été communiquées le même jour.

L'Établissement Public Foncier et d'Aménagement de la Guyane a présenté le

4 septembre 2024 des observations en réponse à ce moyen d'ordre public, qui ont également été communiquées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor,

- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public,

- et les observations de Me Roy, représentant M. B, venant aux droits de

A et de Me Page, représentant l'Établissement Public Foncier et d'Aménagement de la Guyane.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a souhaité vendre les parcelles AK540 et AK1019 situées avenue Gaston Monnerville, route de Saint-Laurent à Saint-Laurent du Maroni. Par une première déclaration d'intention d'aliéner (DIA) reçue par la commune de Saint-Laurent du Maroni le 10 mai 2022, puis par une seconde déclaration d'intention d'aliéner reçue par la commune le 30 juin 2022, la notaire de Mme A a informé la commune de Saint-Laurent du Maroni qu'elle entendait céder ces parcelles à la SCI Upway. Par une décision du 18 juillet 2022, l'Établissement Public Foncier et d'Aménagement de la Guyane a décidé d'exercer le droit de préemption sur ces parcelles. Par la présente requête, M. B, venant aux droits de feu Mme A, décédée en novembre 2023, demande au tribunal d'annuler cette décision du 18 juillet 2022.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

3. Si Mme A, aux droits de laquelle vient son fils M. B, indique qu'elle a reçu notification de la décision attaquée le 22 juillet 2022, il ressort des pièces du dossier que cette décision attaquée a été notifiée à la notaire de Mme A dès le 19 juillet 2022. Cette notaire ayant signé la déclaration d'intention d'aliéner, elle devait être regardée comme la mandataire de Mme A. En outre, les deux déclarations d'intention d'aliéner des 6 mai et 28 juin 2022, mentionnaient de la même façon que les décisions du titulaire du droit de préemption devaient être notifiées à l'adresse de ce mandataire et non à celle du propriétaire. Par suite, la notification à la notaire de Mme A a fait courir le délai de recours contentieux à son encontre. Dans ces conditions, la décision de préemption du 18 juillet 2022, qui comporte la mention des voies et délais de recours sans qu'il ait été besoin qu'il y soit précisé que devait être prise en compte la notification à la mandataire, doit être regardée comme ayant été valablement notifiée à

Mme A dès le 19 juillet 2022. Il ressort cependant des pièces du dossier que cette dernière n'a exercé un recours gracieux contre cette décision que le 23 septembre 2022, soit plus de deux mois après la notification de la décision attaquée. Ce recours n'a donc pu avoir pour effet de proroger le délai de recours contentieux, de sorte que la requête, introduite le 8 décembre 2022, est elle-même tardive, la circonstance que l'EPFAG ait expressément rejeté ce recours le

14 novembre 2022 n'ayant pu avoir pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux contre la décision du 18 juillet 2022.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de

M. B, venant aux droits de Mme A, sont tardives et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de

M. B, venant aux droits de Mme A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Établissement Public Foncier et d'Aménagement de la Guyane, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B, venant aux droits de Mme A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de

M. B une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par l'EPFAG et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B, venant aux droits de Mme A est rejetée.

Article 2 : M. B versera à l'Établissement Public Foncier et d'Aménagement de la Guyane une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à l'Établissement Public Foncier et d'Aménagement de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

La présidente,

Signé

E. ROLIN

La greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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