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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300057

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300057

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300057
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET MENANT ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 janvier 2023 et 1er février 2023, la SCI Balata, représentée par Me Menant, demande au tribunal de :

1°) suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Matoury a retiré le permis de construire n° PC 9733072110190 accordé le 19 juillet 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Matoury la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- la décision de retrait intervient plus de trois mois après l'octroi du permis, sans procédure contradictoire et se fonde notamment sur un avis défavorable de la direction générale des territoires et de la mer (DGTM) du 2 février 2022 ;

- l'urgence à suspendre est caractérisée dès lors qu'elle a notifié aux entreprises les trois marchés de travaux négociés pour trois opérations à réaliser en simultanée pour l'opération de l'extension II, objet du permis de construire ; tous les ordres de service ont été envoyés aux entreprises le 4 octobre 2022 ; le décalage du démarrage des travaux de l'extension II aura une impact sur le calendrier prévu de réalisation des travaux et engendrera des frais de démobilisation des moyens humains et matériels, conduisant nécessairement à des indemnisations en conséquence de la résiliation des marchés ; la résiliation des marchés de travaux concernant l'extension II aura un impact sur les deux autres opérations, dès lors que les prix ont été établis pour l'ensemble de trois opérations ; la simple actualisation et révision des prix liées au décalage du démarrage des travaux engendrerait un préjudice financier important ; par ailleurs, il y a urgence à suspendre la décision litigieuse dès lors qu'elle est de nature à entraîner des conséquences financières très importantes au regard des candidats locataires qui ont tous validé les réservations de locaux antérieurement à l'arrêté de retrait du permis de construire et ont versé les dépôts de garantie ; en l'absence de suspension de la décision litigieuse, les futurs locataires sont susceptibles d'envisager une installation sur un autre site, ce qui engendrerait une perte de loyer annuel d'un montant de 633 251,20 euros ;

- les moyens tirés du caractère tardif du retrait de la décision, en méconnaissance de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, de l'absence du respect de la procédure contradictoire, qui constitue une garantie pour le titulaire du permis, en méconnaissance des article L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, de l'erreur de droit au regard de l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme et du plan local d'urbanisme

Ni la commune de Matoury ni le préfet de la Guyane n'ont produit de mémoire en défense ou en observation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 5 janvier 2023 sous le numéro 2300020 par laquelle SCI Balata demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pauillac, greffière d'audience,

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Menant pour SCI Balata qui reprend la substance de ses conclusions écrites et précise, notamment, que l'urgence est acquise compte tenu du permis de construire accordé par une décision du 19 juillet 2022, du certificat de non-recours qui lui a été délivré le 20 octobre 2022, des ordres de service délivrés aux entreprises, des factures émises, des engagements pris auprès des futurs locataires, que l'arrêté en litige est illégal pour délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme outrepassé et absence de tout débat contradictoire préalable ;

- et les observations de M. B pour le préfet de la Guyane, qui a indiqué n'avoir rien à ajouter.

La commune de Matoury n'étant pas représentée.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2023 à 9h49, à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 juillet 2022, la commune de Matoury a accordé à la SCI Balata un permis de construire en vue de procéder à la construction d'un bâtiment commercial et l'aménagement de la galerie extérieure du centre commercial. Par un arrêté du 7 novembre 2022, notifié le 28 novembre 2022, la commune de Matoury a retiré le permis de construire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

Sur l'urgence :

4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par une décision du 19 juillet 2022, la commune de Matoury a accordé un permis de construire à la SCI Balata pour la construction d'un bâtiment commercial et l'aménagement de la galerie extérieure du centre commercial existant. Il résulte de l'instruction que la SCI Balata a procédé à l'affichage du permis de construire à compter du 28 juillet 2022, qu'elle a passé plusieurs marchés de travaux et a envoyé la déclaration d'ouverture de chantier correspondant aux permis de construire qui lui ont été accordés pour les opérations situées à Family Plaza, La Goulette neuve et la Goulette Casino Labo, qu'elle a émis un ordre de service le 4 octobre 2022 et qu'elle a obtenu, sur sa demande, un certificat de non-recours délivré par le tribunal administratif de Guyane le 20 octobre 2022. Il n'est pas contesté que les travaux de construction ont commencé. Il résulte également de l'instruction que l'exécution immédiate de l'arrêté en litige, qui a pour objet de retirer l'autorisation précédemment accordée, est de nature à entraîner, notamment en raison du retard apporté à l'opération, un coût économique important pour la société requérante, tenant au report des revenus locatifs des constructions projetées, aux factures qui ont déjà été acquittées et au risque de résiliation des marchés. Si la réalisation des travaux pourrait créer une situation difficilement réversible, il n'est pas soutenu en défense et il ne résulte pas de l'instruction que la suspension de l'exécution de l'arrêté en litige porterait, dans les circonstances de l'espèce, une atteinte grave à un intérêt public ou aux intérêts de tiers. La condition d'urgence doit ainsi être regardée comme remplie.

Sur le doute sérieux :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui ; () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". En outre, l'article L. 122-1 du même code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

6. La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect de la procédure ainsi prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire du permis que l'autorité administrative entend rapporter.

7. Il est soutenu, sans être contredit en défense, que la décision du 7 novembre 2022, qui a procédé au retrait du permis de construire dont avait bénéficié la SCI Balata le 19 juillet 2022, a été prise sans être précédée d'une procédure contradictoire. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure résultant du défaut de respect de la procédure contradictoire, en méconnaissance des article L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire (), tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ". Compte tenu de l'objectif de sécurité juridique poursuivi par le législateur, l'autorité compétente ne peut rapporter un permis de construire, d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, que si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire du permis avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle ce permis a été accordé.

9. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du maire de la commune de Matoury en date du 7 novembre 2022, retirant le permis de construire délivré le 19 juillet 2022, est intervenu au-delà du délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, il est constant que la société requérante n'a pas sollicité le retrait du permis en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de retrait est intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est, en l'état de l'instruction et en l'absence de production du dossier de demande de permis de construire, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

11. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté en litige jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la demande en annulation.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Matoury la somme de 1 200 euros à verser à la SCI Balata en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Matoury a procédé au retrait du permis de construire accordé à la SCI Balata le 19 juillet 2022 est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la demande au principal.

Article 2 : La commune de Matoury versera à la SCI Balata une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Balata et au maire de la commune de Matoury.

Copie, pour information, en sera adressée au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le juge des référés

signé

L. A

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef

Ou par délégation le greffier,

signé

J. LEBOURG

N°2300057

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