jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2301165 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Barriquault demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement de réexaminer sa demande et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme B soutient que :
- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ;
- le refus de séjour est fondé sur des faits matériellement inexacts et pris en méconnaissance des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
- le refus de séjour et la mesure d'éloignement sont pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la mesure d'éloignement est fondée sur un refus de séjour illégal
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés les 24 et 25 juillet 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante haïtienne, conteste l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
2. En vertu des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.
3. Née le 16 juillet 1962, Mme B justifie, notamment par son certificat de vaccination, être entrée en France au plus tard le 15 octobre 2003. Elle établit sa présence sur le territoire jusqu'en juillet 2005, puis au cours des années 2009 à 2014. Elle s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire valable du 21 septembre 2015 au 20 mars 2016 et justifie de la continuité de son séjour jusqu'en 2023. Pour refuser de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a notamment relevé que Mme B était entrée " irrégulièrement " en France le 13 janvier 2016. Il ressort, toutefois, de l'attestation délivrée le 26 août 2020 par la compagnie Air France et des cachets apposés sur son passeport qu'à cette date, l'intéressée, qui, ainsi qu'il a été dit, bénéficiait d'une carte de séjour temporaire, rentrait d'Haïti où elle avait séjourné selon ses dires pour des vacances à compter du 23 décembre 2015. Le préfet a, en outre, relevé, l'absence d'activité professionnelle déclarée, alors que l'intéressée, qui a déclaré le 30 août 2016 au centre de formalités des entreprises de la chambre de commerce et d'industrie son activité de commerce de détail, produit ses autorisations d'exercice d'une activité commerciale ambulante jusqu'au 25 août 2024. Le préfet a, enfin, relevé que la présence en France de trois de ses cinq enfants majeurs de nationalité haïtienne n'était pas établie, alors que Mme B produit le titre de séjour de son fils qui bénéficie du statut de réfugié. Ainsi, le préfet a entaché sa décision de plusieurs erreurs de fait. Il ne résulte pas de l'instruction que, dans les circonstances exposées ci-dessus, compte tenu notamment de l'ancienneté du séjour en France de l'intéressée et de ses efforts d'insertion, il aurait légalement pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ces motifs déterminants pour l'examen de son droit au séjour. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation du refus de séjour et, par voie de conséquence, de l'obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours.
4. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, la délivrance d'un récépissé à Mme B et le réexamen de sa demande. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane d'y procéder dans des délais respectifs de quinze jours et de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
5. La requérante ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 14 avril 2023, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à payer à Me Barriquault, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté pris le 17 janvier 2023 par le préfet de la Guyane à l'encontre de Mme B est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer un récépissé à Mme B, puis de réexaminer son droit au séjour dans des délais respectifs de quinze jours et de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Barriquault la somme de 900 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Lacau, première conseillère,
Mme Schor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024
La rapporteure,
Signé
M.T. LACAULe président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER