vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2400068 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | MORAGA ROJEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2024, M. E B, représenté par Me Moraga Rojel, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une attestation de demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, jusqu'au réexamen de sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que son éloignement est annoncé pour le 28 janvier 2024 ;
- plusieurs moyens sont susceptibles de faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, à savoir :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- Son droit à être entendu a été méconnu ;
- la décision est entachée de défaut de motivation et d'examen approfondi de sa situation ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la CEDH ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- Elle est illégale en conséquence de l'illégalité de l'OQTF ;
- Elle est insuffisamment motivée ;
- L'article 3 de la CEDH et l'article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ont été méconnus ;
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie d'exception ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- Elle est illégale par voie d'exception ;
- Elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- Le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.612-6 du CESEDA.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Le préfet de la Guyane fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2400066 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 25 janvier 2024, en présence de Mme Prosper, greffière d'audience, M. C, statuant en qualité de juge des référés, a lu son rapport et entendu les observations de Me Moraga Rojel, représentant M. B, qui soulève, en outre, le moyen tiré de l'erreur de fait et fait valoir que le défaut d'examen approfondi de sa situation est un moyen à part entière.
Le préfet de la Guyane n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant haïtien né en 1994, est entré sur le territoire français en 2006 selon ses déclarations. Par la présente requête, il demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'ordonner, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
5. La décision en litige a pour objet d'obliger le requérant à quitter le territoire français et son éloignement est prévu pour le 28 janvier prochain. Par suite, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Il résulte de l'instruction, d'une part, que M. A, précédemment directeur général de la sécurité de la réglementation et des contrôles, qui avait reçu délégation de signature par un arrêté préfectoral du 12 décembre 2023 donnant lui-même délégation à Mme D en cas d'absence ou d'empêchement de M. A, avait cessé ses fonctions à la date de signature de l'arrêté litigieux. D'autre part, l'arrêté litigieux mentionne le 6 avril 2016 comme date d'entrée de M. B sur le territoire français, soit à l'âge de 22 ans, or les pièces du dossier font apparaître une preuve de présence de l'intéressé le 15 juin 2007 et il est produit une ordonnance du juge des référés du Tribunal de céans indiquant que M. B est entré sur le territoire français à l'âge de 12 ans, soit en 2006.
7. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, les moyens tirés du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut d'examen approfondi de la situation de l'intéressé et de l'erreur de fait sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.
8. Par suite, il y a lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, d'ordonner la suspension, dans toutes ses décisions, de l'exécution de l'arrêté en litige.
9. Au regard des motifs de la présente suspension, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande tendant à ce qu'il soit enjoint à l'autorité administrative de lui délivrer une attestation de demande d'asile, demande qui, au demeurant, a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 23 janvier 2024.
10. Il y a lieu en l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 4 janvier 2024 est suspendue.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 900 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E B et au préfet de la Guyane.
Copie pour information sera adressée à la Cimade et au service territorial de la police aux frontières.
Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 26 janvier 2024.
Le président,
Signé
O. C
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef
Ou par délégation le greffier,
Signé
S. PROSPER