vendredi 23 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2400220 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | M'LANAO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 février 2024 à 12 heures 28, M. E B C, représenté par Me M'Lanao, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter sans délai le territoire français prononcée à son encontre le 21 février 2024 par le préfet de la Guyane et " des décisions afférentes " ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
M. B C soutient, d'une part, que l'urgence est caractérisée par son placement en rétention et l'imminence de l'exécution de la mesure d'éloignement, d'autre part, que le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux droits garantis par les stipulations des articles 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2024 à 9 heures 19, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête, en opposant l'absence d'atteinte à une liberté fondamentale.
Par une décision du 28 septembre 2023, le président du tribunal a désigné Mme Lacau, premier conseiller, pour statuer notamment sur les requêtes en référé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le rapport de Mme Lacau, les observations de M. B C et celles de M. D pour le préfet de la Guyane ont été entendus au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2024 à 10 heures 35, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. En vertu de l'article L.521-2 du code de justice administrative, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle, notamment, une personne morale de droit public aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale.
2. Sur le fondement de ces dispositions, M. B C, ressortissant cubain, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 21 février 2024 par le préfet de la Guyane et " des décisions afférentes ".
3. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, d'admettre provisoirement M. B C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
4. Né le 30 mars 1980, entré irrégulièrement en Guyane en mars 2016, M. B C vit maritalement depuis l'année 2018 avec une ressortissante dominicaine avec laquelle il a un fils né le 14 juin 2023. Toutefois, sa compagne, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 29 décembre 2023, se trouve elle aussi en situation irrégulière. Dans ces conditions, il peut poursuivre sa vie privée et familiale hors de France, notamment à Cuba, où il n'est pas dépourvu de toute attache et où il a vécu l'essentiel de sa vie jusqu'à l'âge de trente-cinq ans ou même en République Dominicaine, pays d'origine de sa compagne. Si le requérant indique, enfin, avoir déposé une demande d'admission au séjour le 16 février 2024, il résulte de l'instruction que le préfet a refusé d'enregistrer cette demande. Dans les circonstances de l'affaire, compte tenu, en outre, des conditions de séjour de l'intéressé, qui s'est maintenu en France en dépit du rejet de sa demande d'asile, devenu définitif, et n'a sollicité son admission au séjour sur un autre fondement que le 16 février 2024, l'atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ne peut être regardée comme " grave et manifestement illégale " au sens des dispositions précitées de l'article L.521-2 du code de justice administrative. Le fils de M. B C pouvant repartir avec ses parents, aucune atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'est caractérisée. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que M. B C n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 février 2024. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E B C et au préfet de la Guyane. Une copie en sera adressée au directeur de la police aux frontières de la Guyane et à l'association " La Cimade ".
Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 23 février 2024
Le juge des référés,
Signé
M. A LACAU
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. PAUILLAC