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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400363

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400363

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400363
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantDENIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2024, M. B A, représenté par Me Denis, demande au juge des référés, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 114 108 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation de ses préjudices résultant de ses conditions de détention pour la période allant du 1er janvier 2019 au 31 octobre 2023, augmentée des intérêts capitalisés ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- les conditions de sa détention constituent une atteinte fautive à sa dignité au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un espace individuel suffisant, que l'absence de cloisonnement des sanitaires ne permettait pas le respect de son intimité, que les obligations en matière d'hygiène et de salubrité n'ont pas été respectées, qu'il y a eu des carences dans la gestion et la distribution des denrées alimentaires et que les conditions matérielles de détention étaient insuffisantes ;

- les fautes de l'administration lui ont causé un préjudice moral, directement lié à ses conditions d'incarcération, ainsi l'obligation de réparation n'est pas sérieusement contestable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le montant de la provision allouée à M. A soit limitée à 530 euros et au rejet du surplus des conclusions.

Le ministre fait valoir que :

- les fautes sur lesquelles le requérant fonde sa demande indemnitaire sont contestables ;

- il n'est pas contesté que le requérant a bénéficié du 1er juillet 2022 au 30 novembre 2023 d'un espace individuel de 3 m² ; cette situation n'a toutefois pas concernée l'intégralité de son temps d'incarcération, en dehors de ces périodes, l'intéressé a pu être hébergé seul en cellule, ou bénéficier d'un espace personnel d'au moins 4,5 m² ;

- un marché a été signé avec une société pour la mise en place de douches et le cloisonnement des sanitaires de l'ensemble des cellules ; des travaux d'aménagement des espaces sanitaires du centre pénitentiaire de Remire-Montjoly sont en cours ;

- les menus sont élaborés selon un plan alimentaire adapté à la culture et aux traditions ultramarines ;

- les cours de promenade font l'objet d'un entretien quotidien ; plusieurs actions ont été déployées afin de lutter contre la prolifération des nuisibles et amoindrir le nombre de nuisibles présents dans l'établissement ;

- en l'absence de faute de l'administration, aucun préjudice ne peut être constaté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénitentiaire ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est détenu au sein du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly depuis le 18 septembre 2015. Il a présenté une demande indemnitaire préalable par un courrier recommandé, réceptionné le 21 novembre 2023. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet de sa demande. Par la présente requête, l'intéressé demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 114 108 euros à titre de provision à valoir sur la réparation des préjudices qu'il estime avoir subi en raison de ses conditions de détention pour la période allant du 1er janvier 2019 au 31 octobre 2023 inclus, augmentée des intérêts capitalisés.

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

En ce qui concerne le principe de responsabilité de l'Etat :

3. L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article D. 349 du code de procédure pénale : " L'incarcération doit être subie dans des conditions satisfaisantes d'hygiène et de salubrité, tant en ce qui concerne l'aménagement et l'entretien des bâtiments, le fonctionnement des services économiques et l'organisation du travail, que l'application des règles de propreté individuelle et la pratique des exercices physiques ". Selon les articles D. 350 et D. 351 de ce code, " les locaux de détention et, en particulier, ceux qui sont destinés au logement, doivent répondre aux exigences de l'hygiène, compte tenu du climat, notamment en ce qui concerne le cubage d'air, l'éclairage, le chauffage et l'aération " et " dans tout local où les détenus séjournent, les fenêtres doivent être suffisamment grandes pour que ceux-ci puissent lire et travailler à la lumière naturelle. L'agencement de ces fenêtres doit permettre l'entrée d'air frais. () Les installations sanitaires doivent être propres et décentes. Elles doivent être réparties d'une façon convenable et leur nombre proportionné à l'effectif des détenus ".

4. En raison de la situation d'entière dépendance des personnes détenues vis-à-vis de l'administration pénitentiaire, l'appréciation du caractère attentatoire à la dignité des conditions de détention dépend notamment de leur vulnérabilité, appréciée compte tenu de leur âge, de leur état de santé, de leur personnalité et, le cas échéant, de leur handicap, ainsi que de la nature et de la durée des manquements constatés et eu égard aux contraintes qu'implique le maintien de la sécurité et du bon ordre dans les établissements pénitentiaires. Les conditions de détention s'apprécient au regard de l'espace de vie individuel réservé aux personnes détenues, de la promiscuité engendrée, le cas échéant, par la suroccupation des cellules, du respect de l'intimité à laquelle peut prétendre tout détenu, dans les limites inhérentes à la détention, de la configuration des locaux, de l'accès à la lumière, de l'hygiène et de la qualité des installations sanitaires et de chauffage. Seules des conditions de détention qui porteraient atteinte à la dignité humaine, appréciées à l'aune de ces critères et des dispositions précitées du code de procédure pénale, révèlent l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique. Une telle atteinte, si elle est caractérisée, est de nature à engendrer, par elle-même, un préjudice moral pour la personne qui en est la victime qu'il incombe à l'Etat de réparer. A conditions de détention constantes, le seul écoulement du temps aggrave l'intensité du préjudice subi.

5. S'il appartient en principe au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge, outre la réalité du préjudice subi, l'existence de faits de nature à caractériser une faute, il en va différemment, s'agissant d'une demande formée par un détenu ou ancien détenu, lorsque la description faite par le demandeur de ses conditions de détention est suffisamment crédible et précise pour constituer un commencement de preuve de leur caractère indigne. C'est alors à l'administration qu'il revient d'apporter des éléments permettant de réfuter les allégations du demandeur.

6. Pour caractériser l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, M. A soutient qu'il a bénéficié d'un espace individuel insuffisant pour sa période de détention du 1er janvier 2019 au 31 octobre 2023 inclus, qu'il a dû occuper des cellules avec des matelas posés au sol, que les toilettes sont dépourvues de cloisonnement efficace permettant de préserver le respect de son intimité, que les fibres de tissus de rideaux servant de séparation pour les toilettes sont malodorantes et sales alors même qu'il a dû prendre ses repas à proximité immédiate des sanitaires, que les douches étaient en nombre insuffisant au regard du nombre de détenus tandis que l'accès effectif aux douches intérieures n'était pas garanti et régulièrement refusé par les agents, que les sanitaires, les murs de la cour de promenade et les douches étaient dans un état dégradé et insalubre, que les nuisibles proliféraient dans le centre pénitentiaire et qu'il a souffert de sous-nutrition en raison d'un apport calorique insuffisant non adapté à ses besoins individuels et que les conditions de préparation des repas contreviennent à la règlementation en vigueur, dès lors que la nourriture est entreposée devant les cuisines et est exposée à des températures non conformes à la réglementation et que l'insalubrité de la cuisine est manifeste.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du tableau récapitulatif des périodes de détention de M. A versé par l'administration que, durant la période considérée du 1er janvier 2019 au 31 octobre 2023, l'intéressé a été détenu au sein du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly qui connaissait alors une forte surpopulation carcérale, circonstance qui n'est d'ailleurs pas contestée par l'administration. Il a occupé, pendant cette période, une cellule individuelle d'un minimum de 10 m² et des cellules collectives, avec des codétenus, au sein desquelles il a bénéficié d'un minimum d'espace individuel de 4,5 m². Ainsi, pour ces périodes, correspondant à une durée cumulée de 1 604 jours, eu égard notamment au rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté et aux normes fixées par le comité européen pour la prévention de la torture, il n'y a pas lieu de considérer que le requérant se serait trouvé dans des conditions de détention portant atteinte à la dignité humaine.

8. En revanche, placé dans une cellule de 10 mètres carrés avec deux codétenus durant 160 jours (du 12 avril 2023 au 3 mai 2023 et du 14 juin 2023 au 31 octobre 2023), M. A doit être regardé comme ayant occupé pour ces périodes, une cellule collective au sein de laquelle il a disposé d'un espace personnel inférieur à 3 mètres carrés ou compris entre 3 et 4 mètres carrés, sans tenir compte de l'emprise au sol du mobilier, et, en tout état de cause, inférieur aux normes fixées par le comité européen pour la prévention de la torture. Par ailleurs, l'administration reconnaît que M. A n'a pas bénéficié d'un espace individuel au moins égal à 3m² durant 160 jours. La promiscuité qu'a dû subir le requérant pendant cette durée cumulée de 160 jours a, ainsi, été excessive. Il résulte de ce qui précède que la surpopulation supportée alors par M. A lors de sa détention au centre pénitentiaire de Rémire-Monjoly pendant les périodes précitées, caractérisent des conditions de détention attentatoires à la dignité humaine constitutives d'une faute engendrant, par elle-même, un préjudice moral qu'il incombe à l'Etat de réparer.

9. En deuxième lieu, M. A soutient que dans la période durant laquelle il s'est trouvé dans une cellule avec d'autres détenus, il n'a pas bénéficié de conditions de détention lui assurant le respect de son intimité en l'absence de cloisonnement des toilettes.

10. Lorsqu'une cellule est occupée par plus d'une personne, l'absence de séparation des sanitaires par une cloison ou par des rideaux permettant de protéger suffisamment l'intimité est de nature tant à porter atteinte à la vie privée des détenus, dans une mesure excédant les restrictions inhérentes à la détention, qu'à les exposer à un traitement inhumain ou dégradant, portant une atteinte grave à ces deux libertés fondamentales.

11. Il résulte certes de l'instruction que l'administration pénitentiaire a procédé à l'acquisition et à l'installation de trois-cents rideaux opaques dans les cellules pour isoler l'entrée de l'espace sanitaire en décembre 2019. Toutefois, pour la période allant du 1er janvier 2019 au mois de décembre 2019, précédant la date d'acquisition des rideaux opaques, le ministre ne conteste pas les allégations de M. A tirées de l'absence de cloisonnement des toilettes de nature à lui assurer le respect de son intimité. Par ailleurs, si le dispositif de cloisonnement des toilettes, fermées par un rideau, peut être regardé comme étant justifié par la nécessité pour l'administration de surveiller la totalité de la cellule tout en permettant d'assurer aux détenus un minimum d'intimité, l'atteinte à leur intimité est néanmoins caractérisée compte tenu de l'aggravation de la promiscuité liée à la suroccupation de la cellule. En outre, le cloisonnement des sanitaires assuré par un simple rideau de douche s'avère insuffisant pour écarter l'existence de risques sanitaires à raison de l'extrême proximité avec le lieu de prise de repas. La matérialité de l'ensemble de ces faits n'est pas contredite par les pièces du dossier ni par l'administration, qui se borne à produire un rapport de présentation d'une consultation en vue de travaux d'installation de douches en cellule et de cloisonnement des sanitaires réalisé en octobre 2022, soit postérieurement à la période de détention de M. A. Dans ces circonstances, les conditions de détention de M. A pendant la période durant laquelle il se trouvait en cellule collective avec d'autres détenus, du 1er janvier 2019 au 31 octobre 2023, soit durant 1 454 jours, doivent être regardées comme caractérisant des conditions de détention attentatoires à la dignité humaine constitutives d'une faute engendrant, par elle-même, un préjudice moral qu'il incombe à l'Etat de réparer.

12. En troisième lieu, si l'état général dégradé d'un centre pénitentiaire est susceptible d'exercer une influence sur l'espace de vie individuel des détenus, au regard duquel s'apprécient les conditions de détention, en se bornant à relever que les conditions d'hygiène du centre pénitentiaire sont déplorables et présentent un risque pour sa santé, que la plupart des douches extérieures étaient endommagées et non fonctionnelles et que les cours de promenade en maison d'arrêt étaient petites, exigües et sans abri, ces considérations générales sur la situation d'insalubrité et de délabrement du centre pénitentiaire ne permettent pas, à elles seules, de traduire l'existence de conditions de détention indignes subies personnellement par M. A. Dans ces conditions, l'état général du centre pénitentiaire n'est pas susceptible de caractériser l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique au titre des conditions de détention.

13. En quatrième lieu, M. A indique avoir été exposé à une insalubrité patente, notamment en raison de la présence de cafards, rats et autres nuisibles au sein de l'établissement pénitentiaire. Toutefois, de telles considérations générales ne permettent pas, à elles seules, de traduire l'existence de conditions de détention indignes subies personnellement par M. A, tandis qu'il résulte de l'instruction qu'afin de lutter contre la présence de nuisibles qui prolifèrent notamment en raison du climat tropical, l'administration mène des campagnes de désinfection trimestrielles, devenues mensuelles depuis 2022, contre les nuisibles et organise l'intervention, à raison d'environ deux à trois fois par mois, d'une entreprise de dératisation, de désinsectisation et de démoustication. Dans ces conditions, la seule présence de nuisibles au sein de l'établissement ne saurait être regardée comme un facteur de mauvaises conditions de détention de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

14. En dernier lieu, M. A ne justifie pas de manière non sérieusement contestable, faute en particulier de tout justificatif d'une dégradation significative de son état de santé, que les repas servis dans l'établissement pénitentiaire dans lequel il a été incarcéré étaient insuffisants en termes d'apport calorique ou de qualité et seraient de nature à révéler des conditions de détention qui porteraient atteinte à la dignité humaine.

15. Il résulte de ce qui précède que l'obligation dont se prévaut M. A à l'encontre de l'Etat, au titre des périodes mentionnées au point 8 et 11, n'est pas sérieusement contestable.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

16. Il résulte de ce qui précède que, malgré les contraintes inhérentes à l'exercice des missions confiées à l'administration pénitentiaire, les conditions matérielles de détention de M. A, décrites aux points 8 et 11, que ce dernier a subies pendant sa période d'incarcération, doivent être regardées comme atteignant un degré de gravité tel que l'obligation invoquée à ce titre, peut être regardée comme non sérieusement contestable. En revanche, l'existence ou la gravité des autres manquements invoqués par le requérant ne sont pas, en l'état de l'instruction, suffisamment établis pour justifier la condamnation de l'Etat à lui verser une provision à ce titre. Dans ces conditions, compte tenu de la nature des manquements relevés, de leur durée et eu égard à l'aggravation de l'intensité du préjudice subi au fil du temps, mais aussi de la contestation sérieuse exprimée par l'administration pénitentiaire et notamment tirée de l'amélioration constante des installations depuis au moins 2022, il sera fait en l'état de l'instruction, une juste appréciation du préjudice moral subi par M. A en lui accordant une provision globale de 9 500 euros tous intérêts compris au jour de la présente décision en réparation du préjudice moral supporté du fait de son incarcération au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly dans des conditions attentatoires à la dignité humaine, pour les périodes mentionnées aux points 8 et 11.

Sur les frais liés au litige :

17. Aux termes de l'article 18 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance ". Aux termes de l'article 36 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " A l'exception des situation dans lesquelles un avocat est désigné ou commis d'office, l'aide juridictionnelle () est demandée avant la fin de l'instance ou de la procédure concernée, sans préjudice de l'application des articles L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée ". Aux termes de l'article 37 du décret précité : " L'aide juridictionnelle et les aides à l'intervention de l'avocat () sont demandées au moyen d'un formulaire homologué CERFA. () La demande d'aide est déposée ou adressée par l'intéressé ou par tout mandataire au bureau d'aide juridictionnelle établi au siège du tribunal dans le ressort duquel est fixé le domicile du demandeur, ou déposée auprès d'un service d'accueil unique du justiciable situé dans le ressort de la juridiction compétente ou dans le ressort duquel est fixé le domicile du demandeur. La demande est ensuite transmise sans délai au bureau d'aide juridictionnelle compétent () ".

18. Si M. A soutient avoir sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ne l'établit pas notamment par la production du formulaire de demande d'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, Me Denis ne peut se prévaloir des dispositions précitées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions de la requête présentées sur le fondement de cet article ne peuvent donc qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 9 500 euros à titre de provision à valoir sur la réparation de son préjudice moral subi en raison de ses conditions de détention au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly pour la période courant du 1er janvier 2024 au 31 octobre 2024, tous intérêts compris au jour de la présente ordonnance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au garde des sceaux ministre de la justice .

Copie, pour information, en sera adressée au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. GUISERIX

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. PAUILLAC

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