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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400442

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400442

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400442
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantTINOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2024, M. C A, représenté par Me Tinot, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sans délai, l'exécution de la décision par laquelle le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et les décisions afférentes ;

3°) en cas d'éloignement préalable à l'audience, d'enjoindre au préfet de la Guyane d'organiser son retour sur le territoire français ;

4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui accorder un rendez-vous ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans possibilité de former un recours pour excès de pouvoir ayant un caractère suspensif ;

- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors notamment qu'il est entré en 2010 sur le territoire français, soit à l'âge de 16 ans, qu'il a suivi une scolarité sur le territoire et que l'ensemble de sa famille proche est en situation régulière ;

- l'arrêté fixe un pays de destination qui n'est pas celui dont il a la nationalité méconnaissant l'article 8 de la CEDH.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- une nouvelle décision portant fixation du pays de renvoi au Guyana a été édictée le 11 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique, tenue le 12 avril 2024 à 11h10, en présence de Mme Delmestre-Galpe, greffière d'audience :

- le rapport de M. Guiserix, juge des référés ;

- les observations de Me Tinot, avocate de M. A, et les observations de M. B, représentant le préfet de la Guyane.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 11h40 à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guyanien né en 1994, a fait l'objet d'un arrêté du 10 avril 2024, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

4. A l'appui de ses conclusions, M. A se prévaut des circonstances qu'il n'a aucune attache familiale au Guyana, ni au Suriname à l'exception de son père qu'il ne connait pas, qu'il vit en Guyane depuis 2010 où il a été scolarisé en CAP et qu'il réside avec sa mère, qui est en situation régulière sur le territoire de même que plusieurs autres membres de sa famille.

5. Toutefois, l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne démontre pas par les pièces qu'il produit la continuité de son séjour alors qu'il a lui-même déclaré être retourné au Suriname après son entrée sur le territoire français. Il n'établit pas non plus l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille habitant en France. En outre, l'intéressé, qui a précédemment fait l'objet de trois décisions d'éloignement qu'il n'a pas exécutées et qui n'a jamais demandé la régularisation de sa situation, ne produit aucun élément permettant d'établir une intégration dans le tissu économique et social français. Enfin, si l'arrêté du 10 avril 2024 mentionne à tort le Suriname comme pays d'origine de l'intéressé, le préfet de la Guyane a édicté le 11 avril suivant une décision modificative fixant le Guyana, pays dont il a la nationalité, comme pays de renvoi.

6. Dans ces conditions, l'arrêté en litige ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au préfet de la Guyane.

Copie sera adressée pour information au directeur de la police aux frontières de la Guyane et à l'association " La Cimade ".

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 12 avril 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. Guiserix

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

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