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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400515

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400515

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400515
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantJOUAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 et le 25 avril 2024,

M. A B, demande au juge des référés du tribunal administratif de la Guyane, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 avril 2024, par lequel le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a été placé en centre de rétention administrative ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en cas de renvoi dans son pays d'origine, préalablement à l'audience, il serait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours juridictionnel effectif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que M. B ne fournit aucune preuve de l'ancienneté et de la continuité de son séjour en France, n'établit pas la communauté de vie avec la mère de ses deux derniers enfants et ne justifie d'aucun emploi stable ou de conditions de ressources. Il ajoute que la circonstance que sa mère résiderait en France ne saurait lui conférer un droit au séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Schor, en application de l'article

L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 26 avril 2024 à 9 heures 45, en présence de Mme Mercier, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Schor ;

- et les observations de M. B.

Le préfet de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant brésilien né en 1978, est entré en France, selon ses déclarations, en 1990. Il a été interpellé le 23 avril 2024 dans le cadre d'une procédure de vérification du droit de circulation ou de séjour. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit d'y retourner pendant un an. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés du tribunal administratif de la Guyane, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale () ".

4. En premier lieu, eu égard au placement en rétention de M. B le

23 avril 2024, à l'imminence de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et à l'absence de voie de recours ayant un caractère suspensif, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. La décision attaquée indique à la fois, de façon hypothétique, que le requérant serait entré en France à l'âge de 11 ans et, de manière certaine, qu'il est entré en France à l'âge de 11 ans. Le mémoire en défense du préfet de la Guyane tient pour sa part pour acté que le requérant est entré en France à cet âge. Ainsi, M. B doit être regardé comme étant entré en France à l'âge de 11 ans. Il soutient sans être contesté qu'il a été titulaire de plusieurs titres de séjour en France et qu'il n'a pu retirer le dernier, valable jusqu'au 2 août 2023, en raison de problèmes de santé, notamment. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant a deux enfants et une sœur qui sont des ressortissants français, que sa fille mineure est convoquée le 7 mai devant le tribunal judiciaire de Cayenne pour finaliser sa déclaration de nationalité française, tandis que sa compagne et mère de leur enfant est pour sa part titulaire d'une carte de résident sur le territoire français en cours de validité. En outre, il n'est pas contesté que le requérant n'a plus d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de l'ancienneté du séjour en France du requérant, de ses attaches familiales très fortes avec la France et de son absence d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, M. B est fondé à soutenir que l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de cette décision ainsi que, par voie de conséquence, des décisions refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

7. La présente ordonnance n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement, à M. B, d'une somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 23 avril 2024 est suspendue.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de la Guyane.

Copie pour information sera adressée à la CIMADE et au service territorial de la police aux frontières.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La juge des référés,

Signé

E. SCHOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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