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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400526

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400526

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400526
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantROZENBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, M. A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 17 octobre 2023 par lequel le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine, ou de tout autre pays susceptible de l'accueillir, ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une période de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite eu égard, en premier lieu, à son placement au centre de rétention administrative de Matoury depuis le 25 avril 2024, en deuxième lieu, au caractère exécutoire de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et, en dernier lieu, à l'absence de recours ayant, au principal, un effet suspensif ;

- l'arrêté litigieux porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale normale dès lors :

- qu'il est entré en Guyane en 1992 et y est hébergé chez une tante ;

- sa tante et son neveu sont en situation régulière sur le territoire français ;

- il a entamé à plusieurs reprises sans succès des démarches pour régulariser sa situation administrative ;

-il a toute sa vie en France alors que sa compagne et ses deux enfants vivent au Brésil ;

- il est retenu au Centre de Rétention Administrative de Matoury sur la base notamment de la décision du 17 octobre 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français mais la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français a cependant été exécutée ;

-il a été reconduit au Brésil mais est revenu en Guyane quelques jours après ;

- l'arrêté litigieux porterait une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un recours effectif s'il était mis en exécution en méconnaissance de l'instance introduite devant le tribunal administratif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'arrêté litigieux ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Schor, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 29 avril 2024 à 8 heures 00, en présence de Mme Mayen, greffière, ont été entendus :

- le rapport de Mme Schor ;

- et les observations de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. M. B, ressortissant brésilien né en 1970, est entré sur le territoire français en 2018, selon ses déclarations. Par un arrêté du 17 octobre 2023, le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine, ou de tout autre pays susceptible de l'accueillir, ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans. Par la présente requête,

M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

3. En premier lieu, l'article L. 651-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile écarte l'application, en Guyane, des articles L. 614-1 à L. 614-18 de ce code, à l'exception de l'article L. 614-13. Or, par ceux-ci, le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions permettant à l'autorité administrative de signifier à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. En conséquence, sont applicables, en Guyane, les règles de droit commun de la procédure administrative et contentieuse notamment celles relatives au délai de recours.

4. En deuxième lieu, l'article L. 761-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant écarté l'application en Guyane de l'article L. 722-7 du même code, le recours d'un étranger dirigé contre une décision portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le sol français ne suspend pas l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Ainsi, la perspective d'une mise en œuvre à tout moment de la mesure d'éloignement est de nature à caractériser une situation d'urgence ouvrant au juge des référés le pouvoir d'en prononcer la suspension en application notamment des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. En dernier lieu, la circonstance qu'une précédente décision juridictionnelle relative à la suspension de l'exécution d'une mesure d'éloignement devenue définitive ne fait pas obstacle à l'intervention du juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une telle mesure emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

6. Il résulte de l'instruction qu'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans a été édicté et notifié à M. B le 17 octobre 2023. M. B a exercé un recours contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. Par une ordonnance n°2301936 du présent tribunal du 18 octobre 2023, notifiée le jour même à l'intéressé, sa requête a été rejetée, de sorte que, en l'absence d'appel interjeté contre cette ordonnance, l'arrêté du

17 octobre 2023 est devenu définitif le 18 décembre 2023. M. B soutient par ailleurs sans être contesté avoir exécuté les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de destination puisqu'il est retourné dans son pays d'origine. Cependant, il indique être revenu sur le territoire français en dépit de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. A la suite d'une interpellation dans le cadre d'un contrôle aux fins de vérification du droit de circulation ou de séjour le 25 avril 2024, le requérant a été de nouveau placé en rétention au Centre de Rétention Administrative (CRA) de Matoury. Toutefois, il ne se prévaut d'aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait qui, survenu depuis l'intervention de l'arrêté du 17 octobre 2023 et après l'acquisition de son caractère définitif à la suite du rejet de sa première requête, serait de nature à justifier que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative afin, le cas échéant, d'ordonner toutes mesures nécessaires à sauvegarder la liberté fondamentale à laquelle auraient porté atteinte les effets de la mise à exécution de cet arrêté. Enfin et au surplus, il indique que seule une tante et des neveux résident en France, tandis qu'en revanche sa compagne et leurs deux enfants résident dans son pays d'origine. La circonstance qu'une tante et des neveux résident en France n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour et il conserve donc des attaches privées et familiales très proches et intenses dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que les modalités de mise en œuvre de l'arrêté du 17 octobre 2023 excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution et portent atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle présentée par M. B, la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 29 avril 2024.

La juge des référés,

Signé

E. SCHOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

L. MAYEN

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