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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400595

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400595

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400595
TypeDécision

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mai 2024 et le 22 mai 2024, la société Hydreco, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la procédure de passation d'un marché de service ayant pour objet un complément d'inventaire faunistiques et floristiques concernant le lot n° 4 " inventaire des espèces patrimoniales, protégées ou vulnérables marines ou aquatiques " engagée par Le grand port maritime de Guyane ;

2°) de proposer au grand port maritime de Guyane de lancer un nouveau marché avec des critères de temps passé sur le terrain clairement stipulés.

La société requérante soutient que :

- Le GPM a pris un risque en choisissant le prestataire largement moins disant sur la valeur technique en contradiction avec le principe de " meilleure offre technico-économique " ;

- l'offre retenue est anormalement moins-disante dès lors que l'équipe prévue mobilisée sur une période de six semaines ne peut être financée dans le cadre de l'enveloppe financière arrêtée ;

- le découpage en phase décrit dans le mémoire en défense n'est pas mentionné dans le CCTP ;

- la requérante précise qu'elle possède également la connaissance des lieux et des équipes expérimentées et que cet argument ne peut justifier le choix porté sur la société Biotope ;

- enfin, la société Biotope prévoit de passer 22 jours (soit supposément 2 missions de 11 jours) sur le terrain, ce qui est très loin des 6 semaines exigées par le CCTP.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, Le grand port maritime de Guyane conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par Hydreco ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mercier, greffier d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations de M. A, représentant le Grand port maritime de Guyane, les sociétés Hydraco et Biotope étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le Grand port maritime de la Guyane (GPM) a lancé le 5 janvier 2024 une consultation en appel d'offres ouvert en vue de confier à de futurs prestataires des compléments d'inventaires faunistiques, floristiques, et suivi des espèces patrimoniales, vulnérables et protégées sur les espaces portuaires et maritimes autour du port de Dégrad des Cannes dans la perspective de l'élaboration d'une étude d'impact, au titre de la loi sur l'eau, pour la création de nouveaux quais RORO et quai 3. Cette consultation est soumise aux dispositions des articles L. 2124-2, R. 2124-2 1° et R. 2161- 2 à R. 2161-5 du Code de la commande publique. Le lot n°4 porte sur l'Inventaire des espèces patrimoniales, protégées ou vulnérables marines et aquatiques. La société Hydreco a été déclarée attributaire des lots n°3 et n°4, et a été évincée de la consultation portant sur le lot n° 4 pour lequel la société Biotope a été déclarée attributaire. Par la présente requête, la société Hydreco demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative d'annuler la procédure de passation du marché relatif au lot n° 4 " inventaire des espèces patrimoniales, protégées ou vulnérables marines ou aquatiques " engagée par le Grand port maritime de Guyane.

2. En premier lieu, la société requérante fait valoir que la société Biotope prévoit de passer 22 jours - soit supposément 2 missions de 11 jours - sur le terrain, soit une durée inférieure aux 6 semaines mentionnées par le CCTP. Toutefois, il résulte de l'instruction que les stipulations du CCTP (Point 4.4.2 Durée de l'étude) précisaient que la durée d'observations et d'analyse ne pouvait durer plus de huit semaines maximums mais ne fixaient aucun délai minimum. Il est, par ailleurs, précisé au même point que les missions " in situ " devront tenir compte, vis-à-vis du temps de présence des équipes sur place, des marnages, des périodes de la journée ou de la nuit où la présence potentielle des espèces recherchées est la plus importante, ce qui implique qu'une présence continue des équipes n'est pas exigée. Enfin, il est précisé qu'il appartient au futur titulaire de respecter scrupuleusement le délai global d'observations sous peine de se voir infliger des pénalités de retard, cette mention indiquant que la préoccupation du Grand port maritime est relative à la crainte d'un allongement des délais. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de l'offre de l'attributaire, à le supposer invoqué, ne peut qu'être rejeté.

3. En deuxième lieu, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en méconnaissant ou en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.

4. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que le pouvoir adjudicateur aurait dénaturé les offres des sociétés Hydreco et Biotope, dont le prix était près de trois fois inférieur à celui proposé par la première citée, s'agissant du lot n°4.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que, s'agissant du sous-critère 2.1 " composition, constitution et références de l'équipe projet en concordance avec la nature des prestations à prévoir ", les notes obtenues étaient identiques pour les deux offres concurrentes. En revanche, s'agissant du sous-critère 2.2 " Méthodologie afin de mener à bien la présente mission en tenant compte de la durée de la mission et des attendus " l'offre de la société Hydreco a obtenu une note de 20, supérieure à la note de 5 obtenue par la société Biotope, pourtant déclarée attributaire. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que cette évaluation, qui n'est pas en contradiction avec le motif de rejet de l'offre qui a été communiqué à la société requérante, serait fondée sur une erreur matérielle ou révélerait une inexacte application des critères de sélection. Ainsi qu'il a été dit, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel de substituer sa propre appréciation à celle du pouvoir adjudicateur sur ce point. De même, si la société requérante considère qu'un tel choix présente des " risques ", il n'appartient, en tout état de cause, pas au juge du référé précontractuel de substituer sa propre appréciation des mérites des offres à celle du pouvoir adjudicateur.

6. En troisième lieu, la société requérante soutient que l'offre retenue est anormalement moins-disante dès lors que l'équipe prévue mobilisée sur une période de six semaines ne peut être financée dans le cadre de l'enveloppe financière arrêtée. Toutefois, il résulte de l'instruction que, d'une part, le délai d'observation apparaît plus court dans l'offre de la société Biotope, et que, d'autre part, il n'est pas démontré que le montant proposé serait incompatible avec les moyens consacrés sur la durée retenue. Le moyen susvisé ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, la société Hydreco fait valoir que le découpage en phase décrit dans le mémoire en défense n'est pas mentionné dans le CCTP. Toutefois, l'absence de mention d'un phasage n'en interdit pas la proposition si celle-ci répond aux exigences de la consultation, comme en l'espèce, ainsi qu'il a été indiqué au point 2 ci-dessus.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la procédure de passation du lot n° 4, y compris la décision de rejet de son offre et la décision d'attribution du marché à la société Biotope. Ces conclusions doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

ORDONNE :

Article 1er : La requête présentée par la société Hydreco est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Hydreco, au Grand port maritime de Guyane et à la société Biotope.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 24 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. B

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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