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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400683

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400683

vendredi 24 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400683
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantROZENBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mai 2024, M. A D, représenté par Me Masclaux, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sans délai, l'exécution de la décision par laquelle le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et les décisions afférentes ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans possibilité de former un recours pour excès de pouvoir ayant un caractère suspensif ;

- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors notamment qu'il est entré en 2000, à l'âge de six ans, sur le territoire français, qu'il a suivi une scolarité à partir de 2003 sur le territoire et que l'ensemble de sa famille proche y réside et que sa compagne depuis plus de trois ans est en situation régulière;

- en cas de renvoi préalable à l'audience, il serait porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un recours effectif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique, tenue le 24 mai 2024 à 11h00, en présence de Mme Mercier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Guiserix, juge des référés ;

- les observations de Me Masclaux, avocate de M. A D, et les observations de M. C, représentant le préfet de la Guyane.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A D, ressortissant brésilien, né le 22 juillet 1994 à Macapa (Brésil), a fait l'objet d'un arrêté du 23 mai 2024, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français. Par la présente requête, M. A D demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

4. À l'appui de ses conclusions, M. A D se prévaut notamment des circonstances qu'il n'a plus d'attaches familiales au Brésil depuis le décès de sa grand-mère, qu'il vit en Guyane depuis 2000 où il a été scolarisé et qu'il vit depuis trois ans en concubinage, avec une ressortissante haïtienne en situation régulière.

5. L'intéressé, qui produit une attestation de concubinage non dénuée de valeur probante, ne démontre toutefois pas, par les pièces qu'il produit, la continuité de son séjour entre 2016 et 2021, alors que l'intéressé est entré et s'est maintenu, le reste du temps, irrégulièrement sur le territoire et a fait l'objet de deux mesures d'éloignement. Il ne produit, par ailleurs, aucun élément permettant d'établir une intégration dans le tissu économique et social français, se bornant à produire une promesse d'embauche prévoyant une entrée en fonction le 1er mars 2023 à laquelle il n'a pas donné suite, et ne faisant état d'aucun revenus. Enfin, l'intéressé a été condamné pour des faits de violence en réunion, puis en 2023 à nouveau condamné pour des faits de violence sur un militaire de la gendarmerie nationale.

6. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, l'arrêté en litige ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que la requête de M. A D doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A D est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A D et au préfet de la Guyane.

Copie sera adressée pour information au directeur de la police aux frontières de la Guyane et à l'association " La Cimade ".

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 24 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. Guiserix

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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