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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400700

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400700

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400700
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantMARCIGUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2024, Mme A , représentée par Me Marciguey, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 19 mars 2024 de refus de renouvellement de titre de séjour par le préfet de la Guyane ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail sous 15 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, jusqu'à ce qu'il soit statué au principal ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- plusieurs moyens sont susceptibles de faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, à savoir, l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation en droit et en fait, la méconnaissance de l'article L.114-5 du code des relations entre le public et de ce que l'administration, en s'abstenant d'examiner sa situation sur le fondement de sa demande, a entaché sa décision d'une erreur de droit ;

- Il est également soulevé le moyen tiré de la violation du droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 423-23 et L.433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- enfin, la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de ses conséquences sur sa situation personnelle notamment au regard de ce qu'elle est en situation régulière depuis mars 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2400699 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Prosper, greffier d'audience, M. C a lu son rapport et entendu Me Marciguey pour la requérante et M. D pour le préfet de la Guyane

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. Mme A, ressortissante chinoise née en 1983, est entrée sur le territoire français en 2007, d'après ses déclarations. En application des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressée a obtenu, du 18 juin 2012 au 17 juin 2021, une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 19 mars 2024, le préfet de la Guyane a refusé de renouveler le titre de séjour de l'intéressée. Par la présente instance, Mme A sollicite du juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qu'il ordonne la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4. Il résulte de l'instruction que Mme A a bénéficié de plusieurs titres de séjour, et de récépissés de demande de renouvellement de titre de séjour sur la période globale courant de juin 2012 à mars 2024. Ces arrêtés ont permis à l'intéressée, qui justifie à l'instance d'un contrat de travail du 1er octobre 2019, de s'insérer dans le tissu économique et social français. Il en résulte, eu égard aux éléments se rapportant à la situation de Mme A et à la présomption évoquée au point précédent, que la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.

Sur la condition du doute sérieux :

5. En l'espèce, l'arrêté attaqué du 19 mars 2024 a été adopté compte tenu des suspicions de fraude sur la reconnaissance de paternité effectuée pour l'enfant français de Mme A. Cependant, il y a lieu de noter que Mme A a, elle-même, saisi le Tribunal judiciaire de Cayenne en vue notamment de voir annuler la reconnaissance de paternité de M. B reçue le 16 août 2011 et que le Tribunal saisi a fait droit à cette demande par un jugement du 22 février 2024.

6. Il résulte de l'instruction que Mme A est entrée sur le territoire français à l'âge de 24 ans et justifie d'une présence continue depuis 2007. Par ailleurs, l'intéressée a bénéficié, ainsi qu'il a été dit au point 4, de plusieurs titres de séjour et démontre l'exercice d'une activité professionnelle. Enfin, il résulte de l'instruction, qu'à la date de la présente ordonnance, l'intéressée peut se prévaloir de sa qualité de mère d'un enfant qui a été scolarisé sur le territoire jusqu'en 2021 et qui y réside et d'une vie commune avec son époux en situation régulière. Il en résulte, dans les circonstances de l'espèce, que le moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'exécution de l'arrêté du 19 mars 2024 doit être suspendue.

8. L'exécution de la présente ordonnance implique la délivrance à Mme A d'une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail, dans l'attente du jugement de sa requête au fond. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane d'y procéder dans un délai de deux mois, à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 19 mars 2024 est suspendue jusqu'au jugement de la requête au fond.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à Mme A, ce dans l'attente du jugement de la requête au fond, une autorisation provisoire de séjour, assortie d'une autorisation de travail, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 900 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. C

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

S.PROSPER

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