vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2400775 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2024, M. D A C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, sans délai, l'exécution de l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) en cas d'éloignement préalable à l'audience, d'enjoindre au préfet de la Guyane d'organiser son retour sur le territoire français ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans possibilité de former un recours pour excès de pouvoir ayant un caractère suspensif, que son placement en rétention administrative constitue un commencement d'exécution de la décision d'éloignement et qu'il est assigné à résidence, dans l'attente de son éloignement, depuis le 5 juin 2024 ;
- l'arrêté en litige porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- en cas de renvoi dans son pays d'origine avant la notification de l'ordonnance à intervenir, il serait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours juridictionnel effectif tel que protégé par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Gillmann, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant dominicain né en 2002, serait entré irrégulièrement sur le territoire français le 2 septembre 2018. L'intéressé a fait l'objet, le 30 mai 2024, d'une interpellation dans le cadre d'une vérification du droit de circulation ou de séjour. Par deux arrêtés du 31 mai 2024, le préfet de la Guyane l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a, d'autre part, placé en rétention administrative. Par la présente requête, M. A C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de la Guyane l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. En l'espèce, M. A C, qui est célibataire et sans enfant, ne justifie ni de la continuité, ni de la stabilité de son séjour en Guyane depuis son arrivée en 2018. S'il résulte de l'instruction que sa mère, son frère et sa sœur, mineurs, résident régulièrement en France, il ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec eux. Le requérant n'établit pas non plus que la demande en adoption simple du 6 juin 2024 présentée par M. B, son beau-père, de nationalité française, aurait été transmise aux services compétents. Ensuite, si l'intéressé produit des témoignages de proches et de son beau-père, une attestation prouvant qu'il était licencié à la fédération française de baseball et de softball en 2019 et une promesse d'embauche du 6 juin 2024 au sein de l'entreprise MJ Auto Occasion, ces seuls éléments ne sont pas de nature à établir d'une intégration suffisante dans le tissu économique et social français. Au surplus, M. A C ne justifie pas non plus que ses deux demandes de titres de séjour du 12 avril 2023 et du 23 février 2024 auraient été enregistrées par les services de la préfecture de la Guyane. Enfin, aucune atteinte au droit au recours effectif garanti par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est caractérisée dans la présente instance. Ainsi, la demande adressée au juge des référés apparaît manifestement mal fondée. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence et sans qu'il y ait lieu non plus d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, que la requête de M. A C doit être rejetée, dans toutes ses conclusions, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A C.
Copie sera adressée pour information au préfet de la Guyane et à l'association " CIMADE ".
Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 7 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé
J. GILLMANN
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. PAUILLAC