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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400780

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400780

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400780
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantSTEPHENSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2024, M. A B, représenté par Me Stephenson, demande au juge des référés du tribunal administratif de la Guyane, sur le fondement des dispositions des articles L. 752-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à encontre par le préfet de la Guyane par un arrêté du 23 mai 2024, jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) statue sur son recours formé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dans un délai de trois jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- il présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours par la CNDA, en application des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de l'OFPRA est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son éligibilité au bénéfice d'une protection internationale ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Deleplancque, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 10 juin 2024 à 10 heures 10, en présence de Mme Pauillac, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Deleplancque ;

- les observations de Me Stephenson, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. C, représentant le préfet de la Guyane.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né en 2004, est entré en France, selon ses déclarations, en 2018. Le 30 août 2022, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Cayenne à une peine de deux ans d'emprisonnement avec maintien en détention pour des faits notamment de vol aggravé, de récidive et de transport sans motif légitime d'armes et de munitions. L'intéressé étant placé sous écrou et libérable le 26 mai 2024, le préfet de la Guyane a, par un arrêté du 23 mai 2024, prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. Le 3 juin 2024, alors qu'il était placé en rétention, l'intéressé a formé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 5 juin 2024, lequel a statué en procédure accélérée. Le 8 juin 2024, il a formé un recours à l'encontre de cette décision auprès de la CNDA. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés du tribunal administratif de la Guyane, sur le fondement des dispositions des articles L. 752-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

2. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 752-7 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français, notifiée antérieurement à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, est devenue définitive, l'étranger qui fait l'objet, postérieurement à la décision de l'office, d'une assignation à résidence, ou d'un placement en rétention administrative dans les conditions prévues aux titres III et IV en vue de l'exécution de cette décision portant obligation de quitter le territoire français, peut, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention, demander au président du tribunal administratif de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

3. A supposer même que la procédure prévue aux articles L. 752-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités au point précédent, soit applicable à la présente instance, il ne résulte pas de l'instruction que le tribunal aurait été déjà saisi d'un recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, si l'arrêté du 23 mai 2024 a été notifié antérieurement à la décision de l'OFPRA, ce dernier n'est toutefois pas devenu définitif et peut être contesté par la voie d'un recours pour excès de pouvoir.

4. Dans ces conditions, et alors même que M. B se prévaut de la circonstance selon laquelle l'OFPRA a reconnu qu'il courrait un risque réel de subir une menace grave et individuelle contre sa vie ou sa personne en cas de retour dans son pays d'origine, ce dernier, qui ne remplit pas les conditions prévues aux articles L. 752-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut se fonder sur ces dispositions ainsi que sur l'existence d'éléments sérieux pour solliciter la suspension de sa mesure d'éloignement jusqu'à ce que la CNDA statue sur son recours formé contre la décision de l'OFPRA. Il ne peut par ailleurs utilement se prévaloir de la circonstance selon laquelle l'OFPRA aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de la Guyane.

Copie pour information sera adressée à la CIMADE et au service territorial de la police aux frontières.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 11 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

C. DELEPLANCQUE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. PAUILLAC

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