vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2400786 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BOURRIE-LATOUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, M. B A représenté par la SELARL Bourrié-Latour, agissant par Me Bourrié, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté n° 0340/2024 du 22 avril 2024 par lequel le préfet de la Guyane a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de 9 mois, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais non compris dans les dépens.
Il soutient que :
- sa requête en référé suspension est recevable compte tenu de l'existence d'une requête distincte en annulation de la décision contestée ;
- la condition d'urgence est remplie :
-la suspension de son permis de conduire pour une durée de 9 mois risque de porter atteinte à sa situation professionnelle et familiale ;
- Il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
- il existe un vice de légalité en raison de l'absence de date à partir de laquelle l'intéressé pourra obtenir un titre de conduite ;
- la décision attaquée est entachée d'inexactitude matérielle des faits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête:
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et que les moyens soulevés par la partie requérante sont inopérants.
Vu :
- l'arrêté préfectoral en date du 22 avril 2024 ;
- la requête à fin d'annulation de cet arrêté enregistrée sous le n°2400785
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 25 juin 2024 en présence de Mme Metellus, greffière d'audience, M. D a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Bourrié, représentant M. A, requérant présent, ainsi que les observations de M. C représentant le préfet de la Guyane.
La clôture de l'instruction a été prononcée par le juge des référés à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté n°0340/2024 en date du 22 avril 2024, le préfet de la Guyane a suspendu la validité du permis de conduire de M. A, pour une durée de 9 mois à compter de la date de retrait de ce titre. Par la présente requête, M. A demande, sur le fondement de l'article L521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté préfectoral.
Sur les conclusions à fin de suspension présentées sur le fondement de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " ; aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. " ; enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "
S'agissant de l'urgence :
3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonnée le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
4. M. A soutient que la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors qu'il exerce en qualité d'agent d'exploitation à la Direction de l'Environnement de l'Aménagement et du Logement de la Guyane, et que la détention de son permis de conduire est une nécessité compte tenu de la nature des missions qui lui sont confiées. Il doit dès lors effectuer quotidiennement des trajets avec son véhicule pour se rendre sur son lieu de travail, et ce, à toute heure du jour et de la nuit. M. A soutient, en outre, que la suspension de la validité de son permis de conduire entrainera des difficultés sur ses déplacements quotidiens, qui peuvent s'apprécier au regard de la différence entre le temps de trajet nécessaire pour rejoindre son lieu de travail depuis son domicile lorsqu'il se déplace en voiture, et celui nécessaire lorsqu'il emprunte les transports en commun depuis son domicile. Toutefois, M. A ne fait état d'aucun élément qui pourrait laisser penser qu'il serait privé de toutes alternatives pour pallier une perte de mobilité due à la suspension de la validité de son permis de conduire.
5. Le préfet de la Guyane fait valoir que l'arrêté litigieux répond à un intérêt public qui est celui de la sécurité des usagers de la route. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'il est, d'une part, reproché à l'intéressé un excès de vitesse supérieure à 40km/h (149 km/h enregistrés, pour une limitation de la vitesse de 80), et, d'autre part, qu'il est relevé que l'intéressé est coutumier de ce genre d'infraction (4 depuis 2018), au regard de son relevé d'information intégral (RII). En raison de la réitération des infractions routières dont le requérant s'est rendu coupable et de la gravité de la dernière, il existe un intérêt public à ce que le permis de conduire de M. A soit suspendu pour une durée de 9 mois. L'urgence ne peut donc plus se borner à la seule prise en compte des intérêts du requérant, qui s'est rendu coupable d'une infraction d'une particulière gravité portant directement atteinte aux exigences inhérentes à la sécurité routière. Par suite, cette atteinte fait obstacle à ce que puisse être regardée comme remplie la condition d'urgence au sens des articles L521-1 et R522-1 précités du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute réel et sérieux quant à la légalité de la décision, que la requête susvisée doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le président,
Signé
O. D
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
M-Y. METELUS