jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2400817 |
| Type | Décision |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2024 et 2 juillet 2024, Mme B A demande, dans le dernier état de ses écritures, au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution des décisions du 18 janvier 2024 par lesquelles la directrice interrégionale, cheffe de la mission des services pénitentiaires d'outre-mer, l'a placée en demi-traitement, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité des décisions attaquées.
Mme A soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'elle est en situation de surendettement résultant du non versement de l'intégralité de son traitement ;
- plusieurs moyens sont susceptibles de faire naitre un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées, à savoir l'absence de fondement juridique des décisions attaquées résultant de l'abrogation de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 par l'ordonnance n°2021-1574 du 24 novembre 2021 et la méconnaissance des articles 25 et 47-6 du décret du 14 mars 1986 résultant de l'absence de convocation régulière de Mme A à l'expertise du médecin agréé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le Ministère de la justice conclut au rejet de la requête.
Le Ministère de la justice soutient que :
- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors qu'ayant attendu quatre mois pour introduire le présent référé, Mme A s'est placée elle-même dans la situation d'urgence qu'elle invoque ;
- il y a lieu de procéder à une substitution de base légale en fondant les arrêtés du 18 janvier 2024 sur les articles L. 822-1, L. 822-2 et L. 822-3 du code général de la fonction publique en lieu et place de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le moyen tiré d'un vice de procédure résultant de la méconnaissance de l'article 25 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 est inopérant dès lors qu'aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit un délai spécifique entre la date de convocation et l'expertise médicale réalisée.
La requête a été communiquée le 18 juin 2024 au Centre pénitentiaire de Guyane, qui n'a produit aucune observation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2400432 par laquelle Mme A demande l'annulation des décisions attaquées.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Pauillac, greffière d'audience, M. D a lu son rapport et entendu Mme A et Mme C pour le Centre pénitentiaire de Guyane. Le Ministère de la justice n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, première surveillante depuis le 15 juillet 2017 affectée au centre pénitentiaire de Guyane, a bénéficié de deux arrêts de travail du 4 janvier au 7 février 2021, puis du 4 février au 7 mai 2021. Par un arrêté du 14 janvier 2021, la directrice des ressources humaines du centre pénitentiaire de Guyane a placé Mme A en congé maladie ordinaire du 5 janvier au 7 février 2021. Mme A a sollicité la requalification du congé de maladie ordinaire en congé de maladie imputable au service par un courrier du 1er mars 2021. Par un courrier du 5 mars 2021, la directrice interrégionale, cheffe de la mission des services pénitentiaires d'outre-mer l'a informée de l'absence de transmission par ses soins des documents nécessaires à l'enregistrement de sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa maladie professionnelle. Par un jugement du 27 avril 2023, le tribunal administratif de la Guyane a fait droit à la demande Mme A tendant à l'annulation du l'arrêté du 14 janvier 2021 de la directrice des ressources humaines du centre pénitentiaire de Remire-Montjoly et a enjoint à la directrice interrégionale, cheffe de la mission des services pénitentiaires d'outre-mer de réexaminer la situation administrative de Mme A pour la période courant du 5 janvier au 7 février 2021. Par un jugement du 15 février 2024, le tribunal administratif de la Guyane a annulé par voie de conséquence, les arrêtés du 6 mai 2021 et 19 mai 2021 faisant suite à l'arrêté du 14 janvier 2021, annulé par le jugement du 27 avril 2023 précité. Par un courrier en date du 16 août 2023, notifié le 22 août 2023, Mme A a été convoquée à une expertise médicale. Par un courrier du 17 novembre 2023, notifié le 4 décembre 2023, Mme A a de nouveau été convoquée à une expertise médicale, prévue le 30 novembre 2023. Mme A ne s'est pas présentée à cette expertise. Le 12 décembre 2023, le conseil médical a émis un avis relatif à la situation de Mme A. Par arrêtés en date du 18 janvier 2024, la directrice interrégionale cheffe de la mission des services pénitentiaires de l'outre-mer a placé Mme A en congé maladie ordinaire du 5 janvier 2021 au 6 septembre 2023. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de ces arrêtés.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / ().".
3. Mme A soutient que les décisions du 18 janvier 2024 sont dépourvues de base légale dès lors que l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État qu'elles visent, a été abrogé.
4. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions () ". Les dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 précitée sont désormais codifiées aux articles L. 822-1 à L. 822-5 du code général de la fonction publique.
5. Aux termes de l'article L. 822-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de maladie lorsque la maladie qu'il présente est dûment constatée et le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions ". Aux termes de l'article L. 822-2 du même code : " La durée totale des congés de maladie peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs ". L'article L.822-3 du même code prévoit que : " Au cours de la période définie à l'article L. 822-2, le fonctionnaire en congé de maladie perçoit : 1° Pendant trois mois, l'intégralité de son traitement ;/ 2° Pendant les neuf autres mois, la moitié de son traitement. Il conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence ". En vertu de l'article L.822-4 du même code :
" Lorsque la maladie mettant le fonctionnaire dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions résulte de blessures ou de maladie contractées ou aggravées soit en accomplissant un acte de dévouement dans un intérêt public, soit en exposant ses jours pour sauver la vie d'une ou plusieurs personnes, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise en retraite.
L'intéressé a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par sa maladie ou l'accident ". Enfin, aux termes de l'article L.822-5 du même code : " Le bénéfice des dispositions de la présente section est subordonné à la transmission par le fonctionnaire à son administration de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie ".
6. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
7. Les décisions du 18 janvier 2024 trouvent leur fondement légal dans les dispositions des articles L. 822-1 à L. 822-5 du code général de la fonction publique qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État visées par les décisions en cause, dès lors, en premier lieu, que les dispositions des articles L. 822-1 à L. 822-5 du code général de la fonction publique et de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, en deuxième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes, et, en troisième lieu, que la requérante a été en mesure de produire ses observations sur ce point. Il y a, dès lors, lieu de procéder à la substitution de base légale demandée en défense.
8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'absence de base légale des décisions du 18 janvier 2024 doit être écarté.
9. En l'état de l'instruction, l'autre moyen invoqué n'est pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des arrêtés attaqués. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, il y a lieu de rejeter la requête de Mme A en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au Ministère de la justice et au Centre pénitentiaire de Guyane.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le président,
Signé
O. D
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. PAUILLAC