vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2400822 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | GONDRAN DE ROBERT PIERRE-EDOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juin 2024, la ville de Cayenne représentée par Me Gondran de Robert demande au juge des référés en application de l'article L.521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner à la Collectivité Territoriale de Guyane de communiquer, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à la Ville de Cayenne :
- les différents documents administratifs, techniques et financiers justifiant de l'avancement de l'opération de consolidation et d'aménagement des berges du canal de Laussat ;
- le compte-rendu administratif et technique sur l'état d'avancement de ladite opération précisant les éléments suivants :
* le suivi des travaux de reprise des malfaçons ayant fait l'objet de réserves lors de la réception ;
* les réserves mentionnées au décompte général et définitif des marchés de travaux ;
* les mesures diligentées pour remédier aux malfaçons constatées après la réception ;
* les mesures prises pour la réalisation des travaux non encore exécutés, qui sont nécessaires à l'achèvement de ladite opération ;
* les réclamations des titulaires des marchés conclus dans la cadre de ladite opération ;
- le compte-rendu financier sur l'état d'encaissement et de consommation des sommes prévues à l'annexe 2 du contrat de mandat ;
2°) de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Guyane, la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La ville de Cayenne soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que les éléments transmis sur les désordres de l'ouvrage ne permettent pas à la ville de Cayenne de s'assurer que tout a été mis en œuvre pour vérifier la bonne exécution et la pérennité des travaux de consolidation des berges ; elle s'expose à un risque de prescription des actions en responsabilité contre les constructeurs ; les entreprises titulaires du marché non encore exécuté sont en droit de réclamer des indemnités d'attente à la ville de Cayenne ; les financements prévus pour la réalisation de l'opération de consolidation et d'aménagement des berges du canal de Laussat risquent de devenir caduques ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors que la ville de Cayenne est confrontée à des travaux commandés et non encore exécutés, à des malfaçons constatées, notamment la déformation des palplanches et l'effondrement des berges, à l'arrêt du chantier, à la carence du maître d'ouvrage délégué dans le suivi de l'exécution des marchés de travaux et de maîtrise d'œuvre ainsi qu'à l'augmentation du coût de l'opération ;
- cette mesure ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
La requête a été communiquée à la collectivité territoriale de Guyane le 20 juin 2024, qui n'a produit aucun mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La ville de Cayenne a conclu un contrat de mandat de maîtrise d'ouvrage avec la collectivité territoriale de Guyane le 16 décembre 2013, tendant à la réalisation de l'opération de consolidation et d'aménagement des berges du canal de Laussat. Par un avenant en date du 3 janvier 2022, l'échéance de fin de travaux et la mise à disposition de l'ouvrage, ont été reportés au 31 décembre 2023. Il n'est pas contesté qu'à ce jour, l'ouvrage n'a pas été mis à disposition du maître d'ouvrage. Par la présente requête, la ville de Cayenne demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L.521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à la collectivité territoriale de Guyane, la communication de différents documents administratifs, techniques et financiers justifiant de l'avancement de l'opération de consolidation et d'aménagement des berges du canal de Laussat, le compte-rendu administratif et technique sur l'état d'avancement de ladite opération précisant les éléments suivants : le suivi des travaux de reprise des malfaçons ayant fait l'objet de réserves lors de la réception ; les réserves mentionnées au décompte général et définitif des marchés de travaux ; les mesures diligentées pour remédier aux malfaçons constatées après la réception ; les mesures prises pour la réalisation des travaux non encore exécutés, qui sont nécessaires à l'achèvement de ladite opération ; les réclamations des titulaires des marchés conclus dans le cadre de ladite opération ainsi que la communication du compte-rendu financier sur l'état d'encaissement et de consommation des sommes prévues à l'annexe 2 du contrat de mandat.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Le juge des référés tient de ces dispositions le pouvoir, en cas d'urgence et d'utilité, d'ordonner la communication de documents administratifs.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. La ville de Cayenne fait valoir que la demande présente un caractère urgent eu égard au risque de prescription des actions en responsabilité contre les constructeurs, que les entreprises titulaires du marché non encore exécuté sont en droit de réclamer des indemnités d'attente à la ville de Cayenne dont le montant de la créance risque d'augmenter et que, les financements prévus pour la réalisation de l'opération de consolidation et d'aménagement des berges du canal de Laussat risquent de devenir caduques. Par suite, la demande présentée par la ville de Cayenne satisfait à la condition d'urgence posée par les dispositions précitées.
En ce qui concerne l'utilité de la mesure sollicitée :
4. Pour justifier de l'utilité de la mesure sollicitée, la ville de Cayenne soutient que les travaux commandés n'ont pas encore été exécutés et que des malfaçons ont été constatées, notamment la déformation des palplanches et l'effondrement des berges. Elle fait également valoir une carence du maître d'ouvrage délégué dans le suivi de l'exécution des marchés de travaux et de maîtrise d'œuvre ainsi que l'augmentation du coût de l'opération. Il n'est pas contesté par la collectivité territoriale de Guyane, restée taisante, que les travaux commandés n'auraient pas encore été exécutés et qu'il n'existerait pas de malfaçons dans les travaux déjà effectués. Dès lors, la demande présentée par la ville de Guyane doit être regardée comme présentant un caractère utile au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Par ailleurs, à la date de la présente ordonnance, il ne résulte pas de l'instruction, que la mesure sollicitée se heurterait à une contestation sérieuse et ferait obstacle à l'exécution d'une quelconque décision administrative.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la collectivité territoriale de Guyane de communiquer à la ville de Cayenne les documents mentionnés dans le dispositif de la présente ordonnance, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 50 euros par jour de retard, passé ce délai.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Guyane le versement d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la collectivité territoriale de Guyane de communiquer à la ville de Cayenne, les différents documents administratifs, techniques et financiers justifiant de l'avancement de l'opération de consolidation et d'aménagement des berges du canal de Laussat ; le compte-rendu administratif et technique sur l'état d'avancement de ladite opération précisant les éléments suivants : le suivi des travaux de reprise des malfaçons ayant fait l'objet de réserves lors de la réception ; les réserves mentionnées au décompte général et définitif des marchés de travaux ; les mesures diligentées pour remédier aux malfaçons constatées après la réception ; les mesures prises pour la réalisation des travaux non encore exécutés, qui sont nécessaires à l'achèvement de ladite opération ; les réclamations des titulaires des marchés conclus dans la cadre de ladite opération ; le compte-rendu financier sur l'état d'encaissement et de consommation des sommes prévues à l'annexe 2 du contrat de mandat, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 50 euros par jour de retard, passé ce délai.
Article 2 : La collectivité territoriale de Guyane versera à la ville de Cayenne la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la ville de Cayenne et à la collectivité territoriale de Guyane.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le président,
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier
Signé
MY. METELLUS