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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400868

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400868

samedi 29 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400868
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantJOUNEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, M. A E B D, représenté par Me Jouneaux, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté par lequel le préfet de la Guyane lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et les décisions afférentes ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui remettre une attestation de demande d'asile, ainsi qu'un dossier de demande d'asile à transmettre à l'OFPRA ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'urgence est caractérisée par son placement en rétention administrative et l'imminence de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

- le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit constitutionnel d'asile, qui est une liberté fondamentale au sens de la jurisprudence du Conseil d'Etat, notamment le " droit de solliciter l'asile ", il est également porté atteinte à son droit de ne pas être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants droit garanti par l'article 3 de la CEDH car il fait l'objet de persécution au Pérou.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le Préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés

fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Metellus, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu Me Jouneaux, pour la requérante, le préfet de la Guyane n'étant ni présent, ni représenté

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu de l'article L.521-2 du code de justice administrative, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle, notamment, une personne morale de droit public aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. Sur le fondement de ces dispositions, M. B D, ressortissant péruvien, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 26 juin 2024 par le préfet de la Guyane et des décisions afférentes.

2. Il y a lieu, en l'espèce, d'admettre provisoirement M. B D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. En premier lieu, entré irrégulièrement en France il y a un mois selon les déclarations de l'intéressé en provenance du Pérou, M. B D expose être persécuté par des gangs vénézuéliens sévissant au Pérou et n'avoir pu solliciter son admission au séjour au titre de l'asile avant son placement en rétention administrative. Il résulte, toutefois, de l'instruction que si la SPADA a été fermée du 11 au 18 juin 2024, ainsi que le souligne le conseil du requérant à la barre qui ajoute que le centre de la Croix-Rouge a été débordé, le requérant, qui déclare être entré il y a un mois et qui ne justifie pas s'être présenté et avoir été empêché, ne démontre pas ne pas avoir pu solliciter son admission au titre de l'asile. Par ailleurs, l'intéressé placé au Centre de rétention administrative ne conteste pas être à même de présenter sa demande depuis le centre de rétention. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement du 26 juin 2024 n'a, par elle-même, porté aucune atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.

4. En second lieu, les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissant respectivement le droit à la vie et le droit de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la mesure d'éloignement, qui n'a pas par elle-même pour effet de renvoyer l'intéressé dans son pays d'origine. En admettant que M. B D ait entendu invoquer ces stipulations à l'encontre de la décision distincte fixant le pays de renvoi, il fait état des persécutions qu'il subirait, toutefois, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que les autorités péruviennes ne seraient pas en mesure d'assurer sa protection.

5. Compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, la requête de M. B D est mal-fondée. Elle peut dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er r : M. M. B D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, et au Préfet de la Guyane.

Copie sera adressée pour information au directeur de la police aux frontières de la Guyane et à l'association " La Cimade ".

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 29 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

O. C

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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