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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2400882

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2400882

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2400882
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantMASCLAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 juin et le 12 juillet 2024,

M. E A B, représenté par Me Masclaux, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 mai 2024 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire avec délai de trente jours fixant son pays de renvoi, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée par l'imminence de l'exécution de la mesure d'éloignement, qui entraînerait des conséquences dramatiques eu égard à sa situation personnelle et familiale, alors qu'il est marié, que sa femme attend leur enfant et que l'état de santé de sa belle-fille nécessite des soins médicaux accessibles uniquement en France hexagonale ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué car :

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour est entachée de trois erreurs de fait quant à sa date d'entrée en France, à l'existence de sa belle-fille et à la grossesse de sa femme ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tant en ce qui concerne le volet " salarié " que le volet " vie privée et familiale " ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire à 30 jours méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Le président du tribunal a désigné Mme Schor, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 juin 2024 sous le n°2400881 par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Prosper, greffière d'audience,

- le rapport de Mme Schor, juge des référés,

- et les observations de Me Masclaux, pour M. A B, qui persiste dans ses conclusions et de M. A B.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2024 à 11H40, à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant cubain né en 1985, entré en France en décembre 2020 selon ses déclarations, a sollicité le 12 décembre 2023 son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, l'intéressé demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au juge des référés de suspendre l'exécution, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate d'une telle décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cependant, l'article L. 761-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant écarté l'application en Guyane de l'article L. 722-7 du même code, le recours d'un étranger dirigé contre une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français ne suspend pas l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Dans ce contexte, la perspective d'une mise en œuvre à tout moment de la mesure d'éloignement ainsi décidée est de nature à caractériser une situation d'urgence ouvrant au juge des référés le pouvoir de prononcer la suspension de l'exécution de la décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. L'arrêté du 13 mai 2024, dont la suspension est demandée, est constitué d'une décision de refus d'octroi d'un titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Il en résulte, eu égard au contexte d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le territoire de la Guyane et aux arguments en présence, que la condition d'urgence, prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'attestation de demande d'asile du 4 janvier 2021 et de l'arrêté préfectoral abrogé du 12 juin 2023, que M. A B est entré en France non pas le 17 juin 2023, comme indiqué dans l'arrêté attaqué, mais en décembre 2020. L'ancienneté de son séjour sur le territoire français est donc supérieure d'environ 3,5 ans à celle qui est indiquée dans l'arrêté litigieux, qui indique par ailleurs que " trois ans de présence sur le territoire et vingt-quatre mois d'activité dont huit consécutifs ou non sur les douze derniers mois sont les conditions d'éligibilité au sens de la circulaire Valls ". Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A B est marié avec une ressortissante française. Si ce mariage a été célébré le 15 juin 2024, soit un mois après l'édiction de l'arrêté attaqué, les bans pour ce mariage ont été publiés le 28 mai 2024, avant la notification, le 30 mai 2024, de l'arrêté attaqué, de sorte que le mariage doit être regardé comme correspondant à un projet du couple antérieur et non postérieur à l'édiction de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, dès le 9 janvier 2024, en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " autorise son titulaire à travailler ", M. A B a conclu un contrat de travail à durée déterminée pour un an, manifestant une volonté d'insertion professionnelle dans la société française. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment du jugement du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Cayenne du

14 juin 2024, que l'état de santé de l'enfant Mia, dont la mère est l'épouse du requérant et qui vit avec sa mère et le requérant, nécessite le déménagement de la famille en France hexagonale. Enfin, il ressort du certificat médical du Docteur C du 1er juillet 2024 que Mme D est enceinte depuis au plus tard le 13 mai 2024 et M. A B soutient sans être contesté, alors qu'il a épousé Mme D depuis cette date, qu'il est le père de l'enfant à naître. M. A B soutient également qu'il réside avec Mme D depuis janvier 2023. A cet effet, il produit de nombreuses attestations, notamment deux attestations d'un militaire d'une part, du 20 juin 2024, et d'un gendarme d'autre part, du 21 juin 2024, une preuve de procuration postale donnée le 16 octobre 2023 mentionnant l'adresse identique du couple et une facture de téléphonie mobile de novembre 2023. En se bornant à faire état d'une attestation d'hébergement et d'une facture de la société CanalBox établie au nom de Mme D, le préfet de la Guyane ne conteste pas sérieusement cette allégation, de sorte que M. A B établit la stabilité de sa relation avec une ressortissante française.

7. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'atteinte excessive au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales paraissent, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision de refus de séjour et de la mesure d'éloignement prise à son encontre par l'arrêté litigieux. Par suite, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A B est fondé à demander la suspension, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation visée ci-dessus, de l'exécution de l'arrêté pris à son encontre le 13 mai 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution de la présente ordonnance implique la délivrance à M. A B d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente du jugement de sa requête au fond. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de la Guyane du 13 mai 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. A B, dans l'attente du jugement de la requête au fond, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A B et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé

E. SCHOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

S.PROSPER

N°240088

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