mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2400888 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TAOUMI |
Vu la procédure suivante :
1) Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2024 à 19h02 sous le n°2400888, le préfet de la Guyane saisit le tribunal, en application de l'article L.159 du code électoral, de la déclaration de candidature de M. H B, au second tour des élections législatives du 6 juillet 2024 dans la 2ème circonscription de la Guyane et conclut à ce que le Tribunal refuse l'enregistrement de la déclaration de candidature de M. B.
Il soutient que :
- M. B qui est arrivé en troisième position à l'issue du premier tour, avec 2,2 pour cent des voix du nombre des électeurs inscrits, ne peut en vertu des dispositions de l'article L.162 du code électoral se maintenir au second tour, de sorte que sa déclaration de candidature doit être déclarée irrecevable ;
- La circonstance que la candidate arrivée en deuxième position à l'issue du premier tour ait annoncé son intention de ne pas se présenter au second tour est sans effet sur la possibilité de M. B de se maintenir au second tour.
Par un mémoire, enregistré le 2 juillet 2024 à 7h47, M. H B, représenté par Me Olivier Taoumi, demande au Tribunal de rejeter la saisine du préfet de la Guyane, d'annuler la décision du 1er juillet 2024 par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un récépissé de candidature en vue du second tour de l'élection législative organisée dans la seconde circonscription de la Guyane le 6 juillet 2024 contestée dans sa requête 2400889, et de l'autoriser à faire acte de candidature en vue du second tour de l'élection législative organisée dans la seconde circonscription de la Guyane le 6 juillet 2024.
Il fait valoir que :
- La décision du Juge constitutionnel sur laquelle repose la décision du préfet de la Guyane n'est pas applicable au cas d'espèce ;
- Il y a lieu de faire œuvre de jurisprudence en se fondant sur les principes suivants :
- En matière de libertés publiques la liberté est le principe et la restriction l'exception ;
- La candidature au second tour est spontanée et n'est pas obligatoire ;
- Le second tour doit, en principe, opposer deux candidats afin de respecter le principe de pluralisme ;
- Autoriser un seul candidat à se maintenir est de nature à altérer la sincérité du scrutin ;
- Dans le silence de la loi, c'est la liberté qui doit primer.
2) Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juillet, à 21h31, et le 2 juillet 2024 sous le n° 2400889, M. H B, représenté par Me TAOUMI, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision du 1er juillet 2024 par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un récépissé de candidature en vue du second tour de l'élection législative organisée dans la seconde circonscription de la Guyane le 6 juillet 2024, et de l'autoriser à faire acte de candidature en vue du second tour de l'élection législative organisée dans la seconde circonscription de la Guyane le 6 juillet 2024.
Il soutient que :
- La question posée est inédite et l'article L.162 du code électoral n'a pas prévu cette hypothèse mais ne l'exclut pas non plus ;
- La décision du Juge constitutionnel sur laquelle repose la décision du préfet de la Guyane n'est pas applicable au cas d'espèce ;
- Il y a lieu de faire œuvre de jurisprudence en se fondant sur les principes suivants :
- En matière de libertés publiques la liberté est le principe et la restriction l'exception ;
- La candidature au second tour est spontanée et n'est pas obligatoire ;
- Le second tour doit, en principe, opposer deux candidats afin de respecter le principe de pluralisme ;
- Autoriser un seul candidat à se maintenir est de nature à altérer la sincérité du scrutin ;
- Dans le silence de la loi, c'est la liberté qui doit primer ;
- Devant le vide juridique, il est préférable de permettre à un second candidat de participer à un scrutin que de l'exclure et d'exposer le scrutin à une annulation par le juge constitutionnel.
Par une ordonnance du 2 juillet 2024, M. C, juge au tribunal judiciaire de Cayenne, a été désigné comme membre suppléant du tribunal administratif de la Guyane en application de l'article L. 223-1 du code de justice administrative
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code électoral ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Guiserix ;
- les conclusions de M. Hegesippe, rapporteur public ;
- et les observations de M. G pour le préfet de la Guyane et de Me Taoumi, pour M. B
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées concernent une même déclaration de candidature et présentent à juger les mêmes questions, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 159 du code électoral : " Si une déclaration de candidature ne remplit pas les conditions prévues par les articles précédents, le préfet saisit dans les vingt-quatre heures le tribunal administratif qui statue dans les trois jours. La décision du tribunal ne peut être contestée que devant le conseil constitutionnel saisi de l'élection " ;
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 162 du code électoral : " Les déclarations pour le second tour de scrutin doivent être déposées avant 18 heures le mardi qui suit le premier tour./(.)./ Sous réserve des dispositions de l'article L.163 nul ne peut être candidat au deuxième tour s'il ne s'est présenté au premier tour et s'il n'a obtenu un nombre de suffrage au moins égal à 12.5p. cent du nombre des électeurs inscrits./ Dans le cas où un seul candidat remplit ces conditions, le candidat ayant obtenu après celui-ci le plus grand nombre de suffrage au premier tour peut se maintenir au second./(.)./ (.).Les dispositions (.) de l'article L.159 sont applicables aux déclarations de candidatures pour le second tour de scrutin. Dans ce cas, le tribunal statue dans un délai de vingt-quatre heures. " ;
4. Il résulte des termes des dispositions du quatrième alinéa, précitées, de l'article L 162 du code électoral que dans le cas où un seul candidat recueille au terme du premier tour des élections législatives un nombre de voix au moins égal à 12,5 pour cent du nombre des électeurs inscrits, seul le candidat ayant obtenu au terme de ce premier tour le plus grand nombre de voix après celui-ci peut se maintenir au second tour. Le désistement de ce dernier, avant le second tour, ne saurait permettre de regarder le candidat arrivé en troisième position, comme étant celui ayant obtenu le plus grand nombre de voix après celui ayant obtenu plus de 12.5 pour cent des suffrages au sens et pour l'application de ces dispositions. Seuls les résultats obtenus à l'issue du premier tour de scrutin peuvent être pris en compte pour déterminer en application de l'article L. 162 du code électoral quels candidats peuvent, compte tenu des suffrages qu'ils ont obtenus, se maintenir au second tour des élections législatives.
5. Il est constant qu'à l'issue du premier de tour de scrutin de l'élection du 29 juin 2024, les résultats proclamés pour la 2ème circonscription de la Guyane s'établissaient à 8 307 voix, soit 16,7 pour cent des électeurs inscrits, pour M. A D, 3 516 voix, soit 7,1 pour cent des électeurs inscrits, pour Mme E F et 1 110 voix, soit 2,2 pour cent des électeurs inscrits, pour M. H B. M. D, qui a obtenu plus de 12,5 pour cent des voix et Mme F, candidate ayant obtenu après celui-ci le plus grand nombre de suffrages, étaient donc seuls en droit de se maintenir au second tour du 6 juillet prochain, conformément aux dispositions du quatrième alinéa de l'article L.162. La circonstance, postérieure au premier tour, que Mme F ait décidé de ne pas se présenter au second tour ne saurait avoir eu pour effet, compte tenu des motifs exposés au point 4 de permettre à M. B, seulement placé en troisième position, de se déclarer candidat pour ce second tour. Les autres circonstances invoquées par M. B sont sans incidence.
6. Il résulte de ce qui précède que la candidature de M. B doit être déclarée irrecevable.
D E C I D E :
Article 1er : La candidature de M. H B au second tour des élections législatives du 6 juillet 2024 dans la 2ème circonscription de la Guyane est déclarée irrecevable.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Guyane et à M. H B.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
M. C, juge judiciaire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
O. Guiserix
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
E. Schor
Le greffier,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. PAUILLAC
N°s 2400888 et 2400889